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Les actionnaires de Transat tenus dans l’ignorance

Le voyagiste n’a révélé qu’au dernier moment l’existence d’une offre concurrente

Air Transat
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Jean-Marc Eustache est à la tête de Transat depuis 1987.

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Les actionnaires de Transat ont entériné hier la version réduite de l’offre d’achat d’Air Canada sans savoir qu’une autre proposition d’au moins 6 $ par action avait été déposée.

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Quarante minutes avant la tenue de l’assemblée virtuelle, Transat a confirmé dans un communiqué avoir reçu, à la fin novembre, une « proposition non sollicitée d’un investisseur privé qui n’est pas activement impliqué dans les secteurs du transport aérien et du tourisme ».

Dans le communiqué, l’entreprise n’a donné aucun détail sur l’offre. Puis, en conférence de presse téléphonique après l’assemblée, Transat a révélé que l’offre se chiffrait à au moins 6 $ par action.

Le magnat immobilier Vincent Chiara, qui a tenté d’acheter Transat l’an dernier, ne s’intéresse plus au dossier. De son côté, le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, a fait savoir lundi qu’à titre personnel il continuait à suivre la situation « de près ».

Jean-Yves Leblanc, président du comité spécial du conseil de Transat chargé de superviser la vente de l’entreprise, a soutenu hier que l’offre non sollicitée ne respectait pas tous les critères établis par l’entreprise.

« Nous n’avons pas à donner un pointage critère par critère, sinon que de vous dire que la proposition ne se qualifiait pas comme supérieure », a-t-il dit.

« Soyons clairs, si on avait eu une proposition sérieuse et financée qui répond à tous les critères, eh bien c’est sûr que le comité spécial [l’]aurait recommandée au conseil et l’aurait présentée [aux] actionnaires », a déclaré le PDG de Transat, Jean-Marc Eustache.

Le dirigeant a assuré que l’entreprise a étudié en profondeur l’offre concurrente et qu’elle a donné accès au surenchérisseur à tous les documents confidentiels remis à Air Canada. « Nous avons fait un comité spécial [lundi] qui a duré trois heures, puis un conseil d’administration qui a duré trois heures et qui s’est terminé à huit heures le soir », a-t-il précisé.

L’offre d’Air Canada est de 5 $ par action de Transat (190 M$ au total), soit nettement moins que les 18 $ (720 M$) offerts l’an dernier, avant que la pandémie de coronavirus ne ravage l’industrie aérienne. 

Vote positif à 91,1 %

Les actionnaires de Transat ont approuvé la deuxième mouture de l’offre dans une proportion de 91,1 %. Le taux de participation s’est élevé à 60,3 %.

La Caisse de dépôt, qui détient un peu plus de 5,8 % de Transat, n’a pas voulu dire, hier, si elle s’est prononcée en faveur. Elle ne communiquera son vote que la semaine prochaine. Pour sa part, le Fonds de solidarité FTQ, qui détient près de 11,6 % de Transat, a appuyé la transaction.

« C’est une offre imparfaite, mais c’était la seule sur la table », a affirmé un porte-parole du Fonds, Patrick McQuilken, en refusant de commenter la révélation tardive d’une proposition concurrente.

Le vote des actionnaires sera soumis à la Cour supérieure vendredi. L’aval d’Ottawa et de la Commission européenne est attendu d’ici la mi-février, sans quoi la transaction avortera.

M. Leblanc a admis que l’offre non sollicitée aurait « possiblement » fait face à moins de résistance de la part des autorités puisqu’elle n’aurait pas entraîné, en principe, de réduction marquée de la concurrence.

Pour apaiser les craintes de Bruxelles à cet égard, Air Canada a proposé d’abandonner 27 liaisons entre le Canada et l’Europe, a indiqué M. Eustache.

Trois questions à Jean-Marc Eustache 

Question : Transat pourrait-elle survivre seule ?

Réponse : Ça fait 10 ans que Transat perd de l’argent l’hiver et ne fait de l’argent qu’une année sur deux, l’été [...] Vous pouvez donc imaginer que Transat avait besoin d’une alliance, d’une alliance forte avec quelqu’un de bien installé. L’alliance ne pouvait se faire qu’avec quelqu’un dans notre métier parce que c’est un métier complexe. [...] Transat seule, à terme, avait beaucoup de chances — c’est malheureux ce que je vais dire — de devenir de plus en plus petite et de devenir obsolète.

Question : Si la transaction avec Air Canada réussit, est-ce que la marque Transat sera maintenue ?​

Réponse : Je ne peux pas répondre pour Air Canada. Mais je pense que Transat, c’est un bon nom [qui a une] bonne réputation. On a des avions : des Airbus A330, des A321LR. L’A321LR est imbattable. [...]. On a de très bons employés. Et on a Vacances Transat, qui est excellent.

Question : Que dites-vous aux clients qui, depuis des mois, attendent des remboursements pour leurs vols annulés en raison de la pandémie ?

Réponse : On ne fait pas quelque chose d’illégal, soyons clairs. [...] Ce sont nos clients qui nous font vivre, ce sont eux qui ont fait notre réputation. [...] Moi, j’aime mes clients. Je suis extrêmement malheureux de ne pas les rembourser. Ça me ferait plaisir de les rembourser, mais pour ça, il faut que j’obtienne de l’aide [de l’État].