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Un autre très dur coup pour les détaillants québécois

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Les nouvelles restrictions annoncées mardi par le gouvernement assènent un coup de plus à l’industrie déjà mal en point du commerce de détail québécois.

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«C’est difficile pour tout le monde, reconnaît la pdg des lunetteries BonLook, Sophie Boulanger. Les mois de confinement nous ont fait excessivement mal et ça recommence aujourd’hui. On va passer à travers, mais j’ai bien peur que ces nouvelles mesures en achèvent quelques autres.»

Le premier ministre a confirmé hier, qu’à compter du 25 décembre, tous les commerces jugés non essentiels seront tenus de demeurer fermer jusqu’au 11 janvier 2021. Cette mesure fait partie de la dernière salve de resserrements imaginée pour réduire la pression sur le réseau hospitalier, a expliqué François Legault. 

  • Écoutez l'entrevue de Pierre Nantel avec Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales pour le Conseil canadien du commerce de détail, sur QUB radio:   

Des coupures inévitables

Les grands détaillants de marchandises générales comme Costco et Walmart pourront demeurer ouverts. Mais contrairement au printemps, il leur sera interdit désormais de vendre des articles considérés «non essentiels», tels que des vêtements ou des articles de cuisine.

Les aires de circulation des centres commerciaux demeureront ouvertes pour permettre l’accès aux commerces qui ne sont pas visés par les fermetures, comme les pharmacies, épiceries et quincailleries. Les détaillants d’articles de mode ou de sports, ne font pas partie des catégories visées par les mesures d’exception.

«Ma première pensée va à tous nos employés, des gens vraiment extraordinaires, a d’abord réagi hier Martin Boucher, le pdg du Groupe Boucher Sports, propriétaire de 28 magasins des enseignes Sports Experts et Atmosphère, entre autres.

«Avant de penser aux ventes que nous allons perdre (...), je pense à mes employés. On va essayer de faire le maximum pour en garder le plus possible, mais c’est évident qu’il va avoir des coupes.»

Les conséquences de ces fermetures irritent d’autant plus que l’industrie soutient ne constituer en rien un risque de contamination pour les employés ou leurs clients. «Cela fait mal, poursuit M. Boucher, ouvertement déçu. J’aimerais bien savoir combien d’employés le gouvernement va licencier de son côté avant les Fêtes».

  • Écoutez Peter Simons, le président-directeur-général des magasins Simons, au micro de Geneviève Pettersen à QUB radio

Achalandage en baisse

La pdg de la chaîne québécoise de vêtements mode Tristan, dit comprendre la situation délicate dans laquelle se trouve le gouvernement actuellement. Mais elle demeure tout de même difficile à accepter, en particulier note Lili Fortin, en cette période où chacun est déjà affaibli. «Notre industrie est résiliante. Mais il est certain que c’est un nouveau coup dur pour tous.»

Il l’est d’autant plus que la plupart des détaillants n’ont toujours pas réussi à récupérer leur niveau de ventes de l’an dernier, résultat des fermetures imposées au printemps. Comment le pourraient-ils? Le trafic est en baisse de 60% depuis le début de l’année, soutient Mme Fortin.

Cette chute d’achalandage est justement au cœur des réflexions actuelles de la présidente des lunetteries BonLook. Parce que la chaîne offre des services d’optométrie, il lui serait permis de conserver ses boutiques ouvertes.

Mais comme la plupart sont situées dans des centres commerciaux, souvent désertés, «vaut-il la peine de les maintenir ouvertes?», s’interroge Sophie Boucher. Pour l’heure, 7 de ses 10 boutiques torontoises sont fermées. Idem pour celle de Winnipeg. Hier, sa réflexion se poursuivait quant au sort à réserver aux 13 boutiques québécoise.

Les dollars de la survie

Pour sa part, le pdg de la Maison Simons dit être solidaire des décisions du gouvernement. «Je les supporte, a confié Peter Simons. Je comprends les difficultés. (...) La priorité, c’est la santé de nos clients et de la population». 

Il tentera de ne pas faire de mise à pied en raison de ce nouveau confinement. «C’est sûr qu’il y a des travailleurs saisonniers qui étaient présents pour le commerce en ligne et le Vendredi Fou. Mais nous ne sommes pas là pour l’instant. On va essayer d’occuper tout le monde. Nous planifions cela présentement.» 

Le pdg du Conseil québécois du commerce de détail, Stéphane Drouin, confirme que les temps pourraient être difficilement plus compliqués pour les détaillants. «Perdre la semaine d’après-Noël dans un tel contexte est épouvantable. Leur détresse est réelle. Chaque dollar de vente sert à leur survie actuellement.»

En conférence de presse, le premier ministre du Québec a dit hier travailler avec le gouvernement fédéral afin d’accroître le soutien aux détaillants. Il est question que cette aide contribue au paiement de leurs loyers ou aux salaires de leurs employés.

Des travailleurs craintifs

Pendant ce temps, des travailleurs du secteur du détail nous ont exprimé leur crainte de voir les centres commerciaux être soudainement pris d’assaut par la clientèle et ainsi se transformer en important foyer de propagation.

«Plusieurs de mes consoeurs ont déjà attrapé la Covid, s’inquiète l’employée d’une boutique d’articles pour enfants à Saint-Jean-sur-Richelieu. Maintenant que les ventes du Boxing day sont compromises, les clients ne seront que plus nombreux en même temps. Finalement, c’est comme s’il n’était pas annulé, mais simplement devancé.»

Certes, les propriétaires de boutiques en seront probablement heureux. Mais le travail des employés pourrait lui s’avérer à la fois plus compliqué et dangereux, explique-t-elle, sous le couvert de l’anonymat.

«Si vous saviez combien les gens ne font pas attention: neuf clients sur dix attendent d’être avertis avant de désinfecter leurs mains. C’en est vraiment décourageant.»

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