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Le télétravail est toujours refusé à des employés

Le secteur public, notamment celui de la santé, est loin d’être exemplaire

GEN - JOHANNE FONTAINE
Photo Martin Alarie Johanne Fontaine, présidente du Syndicat du personnel de bureau, des techniciens et professionnels de l’administration du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, où bon nombre d’employés doivent encore se rendre au bureau.

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Employée de bibliothèque qui se tourne les pouces, ingénieur d’Hydro-Québec présent pour rien. Des travailleurs se font encore refuser le télétravail pour des raisons arbitraires, alors qu’il est censé être obligatoire.

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«C’est aberrant», s’étonne Béatrice (nom fictif), qui doit chaque jour se rendre dans un CLSC de la Rive-Sud de Montréal pour accomplir un travail administratif qui pourrait facilement être fait à la maison.

«Il y a des gens qui font le même travail que moi et qui sont en télétravail depuis mars. Et moi, ça m’est carrément refusé parce que je n’ai pas les mêmes gestionnaires», explique-t-elle.

Depuis plusieurs semaines, François Legault répète en point de presse l’importance de privilégier le télétravail. Mardi, cette option est devenue obligatoire pour tous les employés de bureau des secteurs public et privé jusqu’au 11 janvier. 

Le Journal a toutefois recueilli une dizaine de témoignages de travailleurs d’une panoplie de domaines qui se le font encore refuser. Ils ont tous préféré garder l’anonymat pour ne pas subir de représailles.

«Même avant la pandémie, mes réunions étaient en visioconférence», témoigne Stéphane (nom fictif), ingénieur chez Hydro-Québec.

«Pitonneux de clavier»

Ce «pitonneux de clavier» dit devoir se rendre au bureau de la société d’État deux à trois jours par semaine, alors qu’il n’y voit aucune valeur ajoutée.

Hydro-Québec assure toutefois encourager le télétravail, sans pouvoir commenter ce cas précis.

Carolanne (nom fictif) travaille à la bibliothèque de l’UQAM. Le campus étant pratiquement déserté, les étudiants à servir se font rares, raconte-t-elle. «Je lis les nouvelles, je fais du Facebook. Dans ma journée, j’ai peut-être 1h30 de travail.»

Entre payer des employés à ne rien faire sur place ou les payer à ne rien faire à la maison, la seconde option ne serait-elle pas préférable, d’un point de vue de santé publique? suggère-t-elle.

De son côté, l’UQAM explique que ce genre de travail ne peut être fait à la maison et qu’il est difficile de prévoir la quantité de demandes des usagers.

La santé, mauvais élève

Ironiquement, le milieu de la santé est loin d’être exemplaire. Plusieurs représentants syndicaux se sont fait dire que la consigne du télétravail obligatoire ne s’appliquait pas à leur secteur.

«Hier, on a été inondés d’appels, de plaintes à ce sujet», raconte Johanne Fontaine, qui représente quelque 1500 employés de bureau et professionnels de l’administration du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Par exemple, des gens qui s’occupent des paies ou des horaires s’étonnent qu’on leur refuse le télétravail. «Il y a un manque de volonté de certains gestionnaires», avoue Mme Fontaine, qui comprend toutefois que le CIUSSS est lui-même soumis à beaucoup de contraintes. 

De son côté, le CIUSSS indique que plusieurs centaines d’employés sont déjà en télétravail et dit chercher à étendre cette pratique.

«Cowboys» de l’éducation

Le milieu scolaire ne fait pas meilleure figure, selon ce qu’observe Éric Pronovost, président de la Fédération du personnel de soutien scolaire.

Certains techniciens en travaux pratiques, ces employés qui aident à préparer les laboratoires de sciences, sont obligés de se rendre à l’école, alors qu’il n’y a plus de labos sur les lieux... ni d’élèves, illustre-t-il.

«J’ai des cowboys qui se pensent plus hauts que le premier ministre, présentement», dit-il de certains dirigeants d’établissement. Des refus arbitraires émanent d’au moins 12 des 19 centres de services où il a des membres, estime-t-il.

«Le message du ministre, il n’est pas entendu et il ne passe pas», dit-il, outré.