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Une firme de guichets scrutée par la police

L’entreprise de la région montréalaise intéresse les autorités à la suite d’une série de fraudes aux États-Unis

Eurovap
Photo Pierre-Paul Poulin Les policiers ont mené une perquisition dans des locaux liés à Astracoins à Laval. Un livret de dépôt a notamment été saisi.

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Les autorités québécoises et américaines ont dans leur mire une entreprise de Mascouche propriétaire de guichets automatiques à la suite d’une série de fraudes par cartes de crédit et de vols d’identité aux États-Unis.

C’est ce que révèlent des documents judiciaires obtenus par notre Bureau d’enquête au sujet d’Astracoins. 

Des bureaux liés à l’entreprise à Laval, ainsi que la voiture Mercedes de son propriétaire, Lenz Pétion, ont été perquisitionnés par la police en octobre. 

Des liasses d’argent liquide totalisant 8135 $, trouvées dans le véhicule du jeune homme de 28 ans, et un livret de dépôt ont été saisis. 

Selon son profil LinkedIn, il serait dans le processus pour devenir ingénieur. On peut aussi y lire qu’il aurait étudié à l’Université Concordia de 2015 à 2019. 

Dans plusieurs commerces de Montréal, dont des garages, des restaurants et des dépanneurs, Astracoins exploite un réseau de guichets automatiques et de guichets bitcoin, une cryptomonnaie dont la valeur a explosé récemment. 

À la fin novembre, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a réclamé une ordonnance de blocage sur les comptes de banque de l’entreprise et une suspension temporaire de son permis d’exploitation.

L’AMF a publié un communiqué jeudi pour indiquer que le tribunal les lui avait accordées. 

Aucune accusation n’a été portée dans le dossier.

Victime américaine

Selon ce qui ressort des documents liés à la demande d’ordonnance, la division des enquêtes sur les crimes économiques de la Sûreté du Québec (SQ) et l’AMF auraient été alertées sur Astracoins à la suite d’une demande d’assistance de la police aux États-Unis.

Une entreprise de guichets de l’Oregon, Goldstar ATM, serait la victime alléguée d’« une série de fraudes par cartes de crédit, de vols d’identité et de possession de biens criminellement obtenus », selon les allégations de l’Autorité des marchés financiers. 

« L’enquête de la Sûreté du Québec, qui est toujours en cours, a amené les enquêteurs à s’intéresser aux activités de la société 9391-2475 Québec inc. [Astracoins] et à son dirigeant, Lenz Pétion », allègue l’AMF dans une procédure pour obtenir les ordonnances de blocage.

Les documents ne permettent pas de comprendre le lien qui existerait entre la fraude alléguée aux États-Unis et l’entreprise de Mascouche ni ce qui a mis les autorités sur la piste d’Astracoins. 

Illégaux

Ils permettent toutefois de lire les arguments mis de l’avant par l’AMF afin d’obtenir des ordonnances contre Astracoins. 

On peut y lire que des vérifications effectuées par des policiers auraient permis de découvrir que de nombreux guichets d’Astracoins ne font l’objet d’aucun enregistrement auprès de l’Autorité des marchés financiers.

L’entreprise détient un permis pour quatre guichets, mais elle en exploiterait au moins 17, a dénombré la police.

« L’exploitation du guichet était donc illégale », est-il indiqué dans le document.

Un rendez-vous préalable...

Dans un garage de Montréal-Nord, on devait même curieusement appeler et prendre rendez-vous pour pouvoir utiliser un guichet bitcoin d’Astracoins. 

Peu de temps après des vérifications des autorités quant à ce guichet, la police aurait observé Pétion le transporter du garage vers un entrepôt U-Haul de la Rive-Nord.

Les documents soulignent également que l’adresse affichée comme celle d’Astracoins sur son site web est celle d’un commerce d’articles de vapotage de Laval, dont la vitrine est tapissée de papier brun de manière à empêcher de voir l’intérieur du commerce.

Les policiers auraient observé deux agents de Garda s’y rendre et prendre possession du contenu d’un coffre-fort pour le compte d’Astracoins. 

Des collectes d’argent totalisant près de 100 000 $ auraient été confiées à Garda et à la Banque de Montréal, selon un livret de dépôt retrouvé sur place.

L’AMF estime de plus qu’Astracoins « fait preuve de négligence en laissant le propriétaire [d’un] restaurant alimenter lui-même en billet automatique [le guichet] se trouvant dans son établissement et pour lequel aucune autorisation d’exploitation n’est rattachée ». 

L’AMF ignorant qui est responsable de l’approvisionnement en argent de ce guichet, celle-ci ne peut avoir les habilitations sécuritaires nécessaires pour ce faire.


Notre Bureau d’enquête avait révélé en 2016 l’existence de nombreux problèmes dans les guichets automatiques, des années après l’entrée en vigueur d’une loi censée faire le ménage dans l’industrie soupçonnée de permettre le blanchiment d’argent. En 2019, Le Journal avait rapporté qu’il y avait encore des centaines de guichets illégaux au Québec.


À la suite de la publication de cet article, le propriétaire d'Eurovap a contacté notre Bureau d'enquête pour préciser que les locaux perquisitionnés par la police n'étaient plus occupés par son entreprise depuis deux ans, bien que la vitrine montre toujours ses couleurs.