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Des acquittements qui font doublement mal!

Éric Salvail
Pierre-Paul Poulin / Le Journal de Montréal / Agence QMI

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L’acquittement de Gilbert Rozon et d’Éric Salvail ne contribuera pas à accroître la confiance des victimes d’agressions sexuelles envers les tribunaux.

Pour une très grande majorité de citoyens, les deux individus étaient coupables quoiqu’en disent les juristes sur la validité de la décision des juges fondée sur le doute raisonnable.

Même les juges n’ont pas vraiment cru la version des accusés.

Le doute des citoyens, à l’égard des deux accusés, semble sans appel pour une bonne proportion d’entre eux et ils demeureront condamnés par le tribunal de l’opinion publique.

Les accusés en payeront un certain prix en se voyant privés de retourner à une vie publique profitable, ils génèreront cependant un sentiment d’injustice chez beaucoup de victimes et de leurs sympathisants.

Le dépit est tellement grand, qu’on remet en question le système judiciaire, qu’on incite d’éventuelles victimes à verser dans la dénonciation publique plutôt que de se retourner vers les tribunaux et, plus préoccupant, à induire l’idée que toute accusation est fondée.

La présomption d’innocence en prend pour son rhume quand des coupables apparents s’en tirent trop facilement!

Dans ma vie professionnelle, notre syndicat local a représenté devant les tribunaux quelques enseignants qui avaient fait l’objet d’allégations d’attouchements ou d’agressions sexuelles sur des enfants.

Tous furent acquittés mais leur carrière a été brisée. Pourtant, ils étaient innocents et le syndicat s’en était assuré avec des enquêtes méticuleuses. N’ayant pas d’obligation de représentation dans pareil dossier, le syndicat voulait surtout s’assurer de ne pas apparaître comme défenseur de violeurs d’enfants.

À l’époque, la tendance était de croire que les enfants ne pouvaient pas mentir et à prendre comme vérité avérée toutes les accusations qu’ils portaient.

Les recherches et les avis d’experts étaient plus nuancés et menaient à d’autres conclusions dans plusieurs occasions.

L’expérience et les discussions avec les diverses autorités au niveau provincial ont tout de même permis de faire évoluer les pratiques et de réduire considérablement les fausses allégations à l’égard d’enseignants, évitant ainsi de ruiner la carrière de certains qui n’avaient rien à se reprocher.

Après l’instauration de nouvelles pratiques, une baisse sensible des fausses allégations a été observée. Les enseignants accusés l’étaient avec des preuves mieux étayées et les verdicts de culpabilité plus fréquents.

C’est ce que j’espère pour les victimes d’agressions sexuelles, un processus qui leur permettra d’obtenir justice devant les tribunaux tout en évitant que des innocents se voient persécuter parce que sujets à des interprétations douteuses ou à de fausses accusations.

L’acquittement de Gilbert Rozon et d’Éric Salvail a mis à mal la crédibilité de nos tribunaux et a renforcé la conviction que c’est en dehors de ceux-ci que justice peut être faite.

Souhaitons que l’amertume fasse tout de même place à la créativité et que les différents acteurs politiques et sociaux puissent imaginer un processus qui procurera justice aux victimes tout en préservant la réputation des innocents!