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Le Québec, mauvais par nature?

Mathieu Lacombe
Photo d’archives Malgré tout, la dénonciation de M. Lacombe prête flanc à la critique. Il a précisé avoir «honte» que son université (il en est un diplômé) «tolère qu’un de ses professeurs tienne ce genre de propos».

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Le professeur Amir Attaran, de l’Université d’Ottawa, s’est de nouveau attiré les foudres du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, jeudi sur Twitter.

Féroce critique de la gestion de la pandémie par les provinces, ce professeur de droit et de médecine avait pourfendu le gouvernement Legault.

Ce dernier aurait opté pour « la voie immorale et non scientifique de Donald Trump ». L’Américain et le Québécois sont tous deux, selon Attaran, des nationalistes, et leur seule « réussite fut d’envoyer leurs compatriotes à l’abattoir ».

Aux États-Unis, la COVID est responsable de 300 000 morts. Si le Québec avait une population comparable, il en aurait presque autant, 293 000 : « La nation québécoise est encore un échec. »

Liberté universitaire

On comprend le ministre Lacombe d’avoir réagi. Un peu plus, et Legault était comparé... à Pol Pot, comme le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon le fut le mois dernier, par un autre universitaire, Kyle Matthews, de l’Université Condordia.

Malgré tout, la dénonciation de M. Lacombe prête flanc à la critique. Il a précisé avoir « honte » que son université (il en est un diplômé) « tolère qu’un de ses professeurs tienne ce genre de propos ». Autrement dit, il souhaiterait que l’institution intervienne pour faire taire M. Attaran...

Précisons : les universitaires ont le droit de s’exprimer. Cessons de demander aux directions de les recadrer. N’a-t-on pas défendu la « liberté académique » dans le débat sur le mot qui commence par « n », dans la même université ?

La professeure Verushka Lieutenant-Duval fut suspendue pour avoir utilisé le fameux mot dans son enseignement.

Elle a été réintégrée, certes, mais sans que le recteur l’entende. Pourtant, la professeure n’avait aucune intention blessante. Elle ne souhaitait qu’exposer une situation où le mot avait été récupéré ironiquement, comme le terme « queer » le fut par certains LGBT. Il ne s’agissait aucunement, de sa part, de dévaloriser un groupe d’êtres humains.

Essentialisme

Or, c’est justement ce type de généralisation stigmatisante que semblent souvent sous-tendre les propos d’Attaran à l’endroit du Québec. Dans la controverse sur le fameux mot, lui-même était d’ailleurs intervenu pour souligner que les signataires d’une lettre en appui à Mme Lieutenant-Duval qu’il jugeait « offensante » étaient « presque tous des francophones », les anglophones ayant refusé. (À l’époque – quelle ironie –, M. Attaran était du côté des censeurs !)

Dans ses diatribes contre la gestion québécoise de la COVID, on perçoit chez M. Attaran une sorte d’« essentialisation » des Québécois. Par nature, ils auraient quelque chose d’inquiétant. M. Attaran est très dur contre l’Alberta de Jason Kenney, mais jamais avec ce type de présupposé.

En juin déjà, il notait que, dans son université, il y avait « beaucoup de racisme ». Lui-même disait être l’objet de propos discriminatoires « la plupart du temps » par des gens qui commençaient par lui dire « bonjour ». M. Lacombe l’avait critiqué à l’époque aussi.

Après le cafouillage de l’autoroute 13, un autre universitaire, Andrew Potter, de McGill, avait soutenu que l’événement révélait que le Québec était une société « presque aliénée pathologiquement ».

Je déteste crier à la « québecophobie ». On doit évidemment pouvoir critiquer le Québec. Mais quelle autre minorité culturelle ou nationale dans notre Dominion a droit à des généralisations de ce type de la part d’universitaires ?