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Budgets discrétionnaires: le tabou des ministres

Parlement
Photo d'archives Le ministre Simon Jolin-Barrette a dépensé 70 % de son budget discrétionnaire dans des circonscriptions caquistes.

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Saviez-vous qu’une vingtaine de millions de dollars de fonds publics seront dépensés cette année par les ministres québécois, sans reddition de comptes et sans encadrement clair ?

• À lire aussi: Les bas de Noël des ministres

Saviez-vous que souvent, cet argent qui devrait servir à tous les Québécois est plutôt saupoudré de façon partisane ?

Parfois même, des ministres s’en servent comme arme politique pour faire taire certains députés d’opposition qui posent des questions embarrassantes.

Notre Bureau d’enquête s’attaque aujourd’hui à l’un des tabous les plus tenaces de la politique québécoise : les budgets discrétionnaires des ministres.

Je vous invite à lire le dossier préparé par mes collègues, Annabelle Blais et Philippe Langlois.

En cette période des Fêtes, vous trouverez notamment un dossier intitulé Les bas de Noël des ministres, qui montre les organisations qui ont été les plus choyées par la « générosité » de ces élus. 

Un outil en ligne est également accessible pour voir la liste complète des organismes qui ont reçu des fonds publics.

Pourquoi tant de mystère ?

Il existe autour des budgets discrétionnaires un halo de mystère difficile à expliquer. Imaginez : le gouvernement du Québec a pu nous confirmer que l’enveloppe pourrait doubler cette année, mais n’était pas en mesure d’évaluer quelle somme d’argent serait dépensée. Il semble que chaque ministère prend ses propres décisions.

Même le Conseil du trésor n’est pas intéressé à savoir combien les ministres saupoudrent à gauche et à droite, au total.

Quant aux ministères eux-mêmes, seulement trois d’entre eux ont voulu dire combien ils avaient dépensé cette année en budget discrétionnaire. On parle de fonds publics, je vous le rappelle !

Il a fallu que notre Bureau d’enquête passe de longues heures à compiler les listes de subventions pour avoir une idée de l’ampleur de la dépense.

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Gros malaise

Sur la colline parlementaire, il y a clairement un malaise entourant ces dépenses. En coulisses, certains élus ou membres du personnel politique ont dénoncé les dons partisans, mais bien peu ont voulu en parler à visage découvert.

Il y a de quoi être inquiet, particulièrement quand on se remémore les documents du cabinet de l’ex-ministre libérale, Christine St-Pierre, publiés cet été par TVA Nouvelles. L’entourage de la ministre considérait qu’il était inutile de dépenser du discrétionnaire dans des circonscriptions « ingagnables » et « remplies de péquistes ».

Pas étonnant qu’un comité d’experts ait recommandé en 2014, dans un rapport resté sans suite, d’abolir les budgets discrétionnaires

Contactez-nous

Devant un brouillard si épais, nous avons besoin de vous, chers lecteurs.

Vous êtes au courant de liens familiaux ou politiques entre un ministre et un organisme qui a reçu des fonds publics ? Vous constatez une apparence de favoritisme ? Contactez-nous en toute confidentialité à jdm-scoop@quebecormedia.com. Nos journalistes enquêteront.

Joyeuses Fêtes

En terminant, permettez-moi, chères lectrices et chers lecteurs, de vous souhaiter un très joyeux Noël et une bonne année. Soyez assurés que toute l’équipe du Bureau d’enquête sera fidèle au poste en 2021.

Nous continuerons de dénoncer des situations d’intérêt public, de demander des comptes aux élus sur les décisions qu’ils prennent et sur la façon dont ils gèrent l’argent des contribuables, et de vous présenter des dossiers fascinants concernant, par exemple, le crime organisé, les paradis fiscaux et les bandits en cravate. 

Jean-Louis Fortin, directeur du Bureau d’enquête