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M. Roberge, un nouveau danger vous guette

Jean Francois Roberge
Photo d'archives Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

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Monsieur le ministre,

Vous êtes beaucoup critiqué. Quand on occupe la fonction qui est la vôtre, c’est inévitable.

Mais vos priorités sont les bonnes. 

Vous avez déjà posé des gestes importants, comme d’ordonner une refonte complète du cours d’éthique et culture religieuse.

Prudence

Un nouveau danger vous guette. Je m’excuse un peu de vous le dire.

Vos collègues Carmant et Girault ont rendu public leur plan de lutte contre le racisme.

Le pire a été évité. On y trouve même de bonnes choses.

Il est proposé d’éduquer les jeunes à la question du racisme « tout au long de leur parcours scolaire ».

De prime abord, difficile d’être contre.

Pourtant, quand on y pense, les jeunes d’aujourd’hui sont sans doute la génération la moins « raciste » de tous les temps, ayant grandi dans une société multiethnique.

Regardez les amis de nos enfants. Mais bon...

Vous êtes un homme débordé. Vous ne pouvez être partout. Vous devez déléguer. 

Vous allez voir, des gens très gentils se proposeront pour vous aider. 

C’est le danger dont je vous parlais.

De quoi sera faite cette formation ? Qui seront les formateurs ?

Vous savez sans doute, Monsieur le Ministre, qu’il y a un véritable business de l’antiracisme.

Des militants professionnels ont repéré un filon lucratif. 

Vous voulez des programmes « éducatifs » ? Tout est déjà prêt.

Ils vous adapteront en un tour de main les formations clés en main conçues aux États-Unis. Ça se vend comme des petits pains chauds.

Vous en avez eu un aperçu avec les capsules « éducatives » diffusées par Télé-Québec pendant la pandémie.

Ils ont construit tout un vocabulaire qui fait très scientifique : « privilège blanc », fragilité blanche », « intersectionnalité », tout un fatras dont je n’ai pas le temps de vous parler.

C’est facile à résumer : il y a du racisme partout, tout le temps, et il est largement inconscient. 

Tout y passe : les blagues, les mots, les regards, l’art, le logement, les CV, les notes à l’école, etc.

On justifiera la censure et l’autocensure en disant qu’il faut « comprendre la douleur ». 

Les bons sentiments sont enrobés dans une culpabilisation plus ou moins subtile.

Dans le milieu scolaire, les cadres et les profs, qui veulent le moins de trouble possible, n’y verront que du feu... ou tairont leur malaise... ou y croient eux-mêmes.

La première mouture du cours ECR s’appuyait sur les travaux d’apparence savante de Leroux, Taylor et cie. Ça impressionnait.

Maintenant, si vous demandez sur quoi on s’appuiera, on vous balancera autant de références « savantes » que vous voudrez : Cargle, Oluo, Kendi, Imani, Eddo-Lodge, DiAngelo, etc.

Ils sont convaincus et convaincants, car comme disait Merleau-Ponty : « L’assurance d’être porteur du vrai est vertigineuse ». 

Citoyens

Méfiez-vous, Monsieur le Ministre. 

On veut des citoyens, pas des petits robots.

C’est quoi un citoyen ? Lisez Dewey, Arendt, Baillargeon, etc.

Le problème de l’ancien ECR était qu’il fallait abdiquer tout esprit critique devant la religion. 

Qu’on ne nous ramène pas le même dogmatisme au nom de l’antiracisme.

Donnez-nous, Monsieur le Ministre, une occasion de vous dire merci.