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Qui est Angela Merkel, le modèle de François Legault?

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Lorsqu’est venu le temps, cette semaine, de défendre l’imposition de nouvelles mesures sanitaires pour le temps des Fêtes, François Legault a dit s’inspirer directement de l’Allemagne, reconnaissant même au passage être un «admirateur» de la chancelière du plus grand pays d’Europe, Angela Merkel. Mais le parcours du premier ministre du Québec fait-il vraiment honneur à celui de son modèle?

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Sur le plan idéologique, il est vrai qu’Angela Merkel et François Legault ne sont pas si éloignés. Les deux sont à la tête de partis de centre droit et ils sont parvenus à rallier des gens de différents horizons politiques.

Alors que François Legault a bâti la Coalition avenir Québec (CAQ) avec des fédéralistes et d’anciens souverainistes, Angela Merkel dirige, depuis 2013, un gouvernement de coalition avec le SPD, le principal parti de centre gauche en Allemagne.

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C’est à peu près ici que s’arrêtent les ressemblances entre les deux politiciens. Car la chancelière allemande a un parcours bien différent de celui de François Legault, ce prospère homme d’affaires qui a été nommé ministre par Lucien Bouchard en 1998 avant même d’être élu député.

Angela Merkel, elle, a connu une ascension plus lente.

Née en 1954, elle grandit en Allemagne de l’Est communiste, où la religion est vue comme suspecte, dans une famille où la foi est omniprésente. Son père est pasteur protestant et a décidé, de son propre gré, de déménager sa petite famille dans l’Est afin d’y prêcher l’évangile.

Frondeuse comme lui, Angela Merkel, une chimiste de formation, mène une brillante carrière dans le milieu scientifique avant de se lancer en politique avec l’Union chrétienne-démocrate (CDU) après la réunification allemande, au début des années 90.

Le chancelier de l’époque, Helmut Kohl, en fera sa dauphine et elle lui succède à la tête de la CDU. En 2005, lors du retour de la droite au pouvoir, elle fracasse le plafond de verre et devient la première femme à accéder à la fonction de chef du gouvernement allemand.

Réélue trois fois depuis, ses 15 ans de règne sont marqués par la sortie de l’Allemagne du nucléaire et la crise de la dette grecque, lors de laquelle elle tient mordicus à ce qu’une politique d’austérité des plus rigoureuses soit imposée à la Grèce, quitte à asphyxier le pays.

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Populaire malgré tout en Allemagne, Angela Merkel le restera jusqu’en 2015, quand elle décide d’ouvrir la porte à des centaines de milliers de demandeurs d’asile venus de Syrie et d’Irak.

Conservatrice à l’origine en matière d’immigration, à l’instar de François Legault, la chancelière allemande change son fusil d’épaule peu de temps après avoir été confrontée sur un plateau de télévision par une adolescente palestinienne, en pleurs, car sa famille risquait l’expulsion.

Après son revirement, Angela Merkel voit une partie de son électorat lui tourner le dos, alors que l’extrême droite renaît de ses cendres, 70 ans après la fin du régime nazi.

Celle que l’on surnomme «Mutti» – littéralement «maman» en allemand – retrouve de sa superbe avec la crise de la COVID-19. Scientifique de profession, elle a su vulgariser l’importance des règles sanitaires.

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À l’image du premier ministre québécois, elle jouit d’un taux de satisfaction record aujourd’hui, avoisinant les 75%.

Sur le terrain, les résultats sont toutefois bien différents dans les deux nations. L’Allemagne a été beaucoup moins touchée par la pandémie que ses voisins européens lors de la première vague, alors que le Québec est de loin l’endroit le plus endeuillé au Canada.

Des mesures de confinement strictes  

François Legault dit vrai quand il affirme s’être inspiré de l’Allemagne pour ce deuxième confinement: les mesures sanitaires qui sont imposées depuis jeudi ressemblent à s’y méprendre à celles que Berlin a mises en place quelques jours plus tôt.

Fait rare dans un pays fédéral: le gouvernement Merkel a réussi à s’entendre avec les 16 länder, l’équivalent canadien des provinces, pour imposer aux Allemands ce second confinement.

Il a été décidé que les écoles seront fermées pour un mois. Le télétravail est aussi obligatoire.

Les commerces non essentiels sont également fermés jusqu’au 10 janvier.

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Là-dessus, le premier ministre Legault a un peu dérogé de l’approche allemande, puisqu’au Québec, les magasins non essentiels ne fermeront leurs portes qu’après le 25 décembre, afin de permettre à tous de compléter leurs emplettes des Fêtes.

Le premier ministre québécois s’est aussi visiblement inspiré de l’Allemagne pour les festivités de Noël. Après de multiples revirements sur le nombre de personnes admises autour de la table à Noël, François Legault a finalement adouci sa position et a tranché que les personnes qui vivent seules, comme les aînés et les étudiants, pourront rejoindre leur famille immédiate pendant le congé des Fêtes.

En Allemagne, les membres de la famille proche peuvent se rencontrer entre le 24 et le 26 décembre.

Tant ici que là-bas, les festivités du Nouvel An ne sont pas tolérées.

L’Allemagne a pu maîtriser la courbe de contagion lors de la première vague mais, maintenant, la situation est hors de contrôle, forçant le gouvernement à adopter ces mesures temporaires.

Angela Merkel en quelques dates    

  • 1954: naissance à Hambourg de Angela Dorothea Kasner  
  • 1977: elle se marie avec le physicien Ulrich Merkel. Elle divorcera en 1982, mais garde son nom  
  • 1978: diplômée de physique de l'Université de Leipzig. Elle obtiendra son doctorat en 1986  
  • 1990: entre à l'Union chrétienne-démocrate (CDU), puis devient ministre l’année suivante dans le gouvernement d’Helmut Kohl
  • 2000: elle devient présidente de l'Union chrétienne-démocrate (CDU)  
  • 2005: elle devient chancelière à la tête d’un gouvernement de grande coalition (avec les sociaux-démocrates du SPD). Elle remporte un quatrième mandat en 2017  
  • 2011: après la catastrophe nucléaire de Fukushima, elle enclenche le retrait progressif de l'Allemagne de l'énergie nucléaire  
  • 2015: elle annonce que l’Allemagne va faire sa part en accueillant un million de migrants, ce qui lui fait perdre son leadership et son aura  
  • 2020: sa cote de popularité atteint à nouveau des sommets en raison de sa gestion de la crise  
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