/weekend
Navigation

Repousser ses limites

WE 1219 Lhasa
Photo courtoisie, Alexandra Karam La chanteuse américano­-mexicaine Lhasa de Sela.

Coup d'oeil sur cet article

Loin d’avoir connu la facilité, la chanteuse américano-mexicaine Lhasa de Sela, qui a vécu au Québec et qui a été emportée trop tôt, à l’âge de 37 ans, par un cancer du sein, a fait l’objet d’une biographie. Écrite par le journaliste culturel Fred Goodman l’année dernière, l’ouvrage récemment traduit en français raconte le parcours de cette femme courageuse qui a choisi de repousser ses propres limites.

Ce n’est que dans les quelques jours qui ont suivi le départ tragique de la musicienne Lhasa de Sela – qui utilise comme nom de scène Lhasa –, décédée le jour de l’An à Montréal en 2010, que le journaliste américain spécialisé en musique et ex-chroniqueur au magazine Rolling Stone, Fred Coodman, en fait la découverte pour la première fois en regardant l’émission Shocking Blue sur les ondes de WBAI à New York. 

« Sa musique envoûtante, ambitieuse et raffinée, qui de plus est d’une grande maturité émotionnelle, m’a renversé », confie d’emblée le biographe Fred Coodman. « Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu une musique aussi intelligente, et surtout, je me questionnais à savoir comment je pouvais n’avoir jamais entendu parler d’elle. »

Si Lhasa était une vedette au Canada et dans plusieurs endroits d’Europe, elle était pratiquement inconnue aux États-Unis, son pays natal. En 13 ans de carrière, seul son dernier album a été produit complètement en anglais, les autres étaient soit en espagnol, soit un mélange d’espagnol, de français et d’anglais.

« Elle souhaitait ardemment s’imposer aux États-Unis, mais la maladie l’a emportée avant qu’elle y parvienne », souligne l’auteur et journaliste, qui a également écrit pour le New York Times.

Véritable amoureux de la musique de Lhasa, le New-Yorkais Fred Coodman décide d’écrire sa biographie, afin de lui rendre hommage, souhaitant en quelque sorte la garder vivante, elle et sa musique. « C’est injuste, elle n’a pas été appréciée à sa juste valeur ! clame l’auteur. Ç’a été ma source de motivation pour écrire ce livre. » Rapidement, il prend contact avec sa mère. C’est elle, d’ailleurs, qui lui a fourni les nombreuses photos que l’on retrouve dans son livre.

À sa mère s’ajoutent des amis, des musiciens et des collaborateurs, dont Patrick Watson, Yves Desrosiers ainsi que son ancien amoureux, Thomas Hellman, qui lui ont fait plusieurs confidences sur la chanteuse connue pour ses mélanges de style, du country-folk américain à la musique mexicaine en passant par le jazz et la chanson française. 

Son ouvrage est un très long travail, où il nous fait des révélations tant sur la carrière de la chanteuse, qui a vendu plus d’un million d’albums, que sur sa vie familiale très particulière. Sa mère est américaine et son père, mexicain. Ils lui ont offert une vie instable de bohème, vivant pendant des années au Mexique et aux États-Unis dans un autobus scolaire transformé en caravane. Déjà, à 13 ans, elle chantait dans des cafés de San Francisco. À 18 ans, elle est venue à Montréal, où ses sœurs étudiaient à l’École nationale de cirque. Puis elle a passé une partie de sa vie adulte entre le Québec et la France. « Elle aimait vivre à Montréal, particulièrement pour la gentillesse des gens [...] et la chaleur qu’ils dégagent », rapporte l’auteur. C’est lorsqu’elle a voulu perfectionner son français qu’elle est partie vivre quelques années à Marseille, où elle a monté avec ses sœurs des spectacles de cirque. « Elle cherchait aussi sa place à l’échelle internationale », précise le biographe.

Source d’inspiration

<strong><em>Envoûtante Lhasa</em><br>Fred Goodman</strong><br>Les Éditions du Boréal<br>192 pages
Photo courtoisie
Envoûtante Lhasa
Fred Goodman

Les Éditions du Boréal
192 pages

L’auteur met l’accent, dans son ouvrage, sur l’idée que Lhasa a été une source d’inspiration, et qu’elle le demeure malgré sa disparition.

« C’était une aventurière et une philosophe », lance le journaliste avec respect. Elle avait également un côté new age. « Elle était constamment dans une quête intérieure et spirituelle, espérant que sa musique serait une force permettant de guérir et d’apaiser. » Fred Goodman estime que Lhasa était dotée d’une grande sensibilité et d’une profondeur remarquable. « Ses amis m’ont parlé d’elle avec chaleur, amour et respect, tout en évoquant son grand talent », indique le biographe.

Provoquer la magie

Ceux qui l’ont connue s’entendent pour dire que Lhasa était dotée d’un charisme extraordinaire, ce quelque chose de particulier, tant dans sa voix, sa manière de chanter, que dans sa personnalité. 

« Elle était une personne très empathique et aimante envers son public et c’est ce qui faisait partie de la magie du personnage », estime Fred Goodman.

Malgré sa grande admiration pour Lhasa, l’auteur a voulu faire preuve d’objectivité sans complaisance dans son livre, en abordant aussi des côtés plus sombres de la chanteuse. 

« Elle avait une forte personnalité et elle était têtue. Son équipe l’aimait, même si elle pouvait être difficile », fait remarquer le biographe, qui ajoute qu’elle pouvait facilement mettre un terme à des collaborations avec des musiciens, même s’ils étaient des amis. Elle avait également beaucoup de mal à entretenir des relations amoureuses stables. « Mais elle était aussi ambitieuse, déterminée et très exigeante. »

Lorsque la chanteuse a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein stade 4, elle a refusé pendant longtemps des traitements médicaux, préférant des traitements quelque peu ésotériques. « Elle portait une tristesse en elle, d’ailleurs ses chansons sont imprégnées de mélancolie, et le succès ne l’a pas nécessairement rendue heureuse, mais en revanche elle avait la force de réaliser des choses remarquables », conclut Fred Goodman.


On peut visiter le site officiel de Lhasa de Sela : lhasadesela.com