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Se vautrer dans l’erreur

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Photo d'archives, AFP En 2016, Hillary Clinton avait reçu 2,8 millions de votes de plus que Donald Trump.

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Je vous défie de convaincre un homme, persuadé d’avoir raison, qu’il est dans l’erreur. Imaginez maintenant faire changer d’idée à tout un parti politique ! En alimentant l’illusion que la victoire lui a été volée, Donald Trump empêche le parti républicain de se remettre en question. Il en a pourtant bien besoin.

C’est vrai que Trump, avec 74 millions de voix, en a récolté plus que tout autre candidat gagnant à la course à la présidence américaine. Son problème, c’est qu’il a été devancé par Joe Biden qui en a amassé encore davantage.

C’est vrai aussi que le parti républicain, loin de manger la volée annoncée, a fait des gains à la Chambre des représentants et pourrait garder le contrôle du Sénat si ses deux candidats remportent les sièges de sénateur en jeu en Géorgie.

Comme le mirage d’une fraude électorale massive, l’apparent succès des républicains cache une réalité plus sombre : ils ont perdu du terrain chez les femmes, les jeunes, les minorités et les résidents des banlieues. Ils sont restés solides chez les hommes — les hommes blancs en particulier — et les évangélistes, des électorats qui diminuent en proportion de la population.

L’AUDACE DE RECONNAÎTRE SES TORTS

En 2012, après la défaite de Mitt Romney devant Barack Obama, le parti républicain s’était lancé dans un auto-examen complet. Plus de 2600 personnes avaient été directement consultées, 36 000 autres avaient pris part à une évaluation en ligne. Des sondages et des focus groups s’étaient succédé, ce qui avait abouti à un rapport touffu d’une centaine de pages.

On y disait essentiellement que le Grand Old Party devait s’ouvrir aux minorités, aux néo-Américains et à l’électorat féminin, réfractaire au chauvinisme du programme du parti. En d’autres mots, ratisser plus large pour recueillir plus de votes et gagner l’élection présidentielle. Assez simple, merci !

Cette grande analyse, Trump l’a écartée quatre ans plus tard, capitalisant plutôt sur sa célébrité, un populisme simpliste et la candidature peu inspirante — même pour de nombreux démocrates — de Hillary Clinton pour réussir à se faufiler vers la victoire.  

LA RÉPONSE ? MOINS DE DÉMOCRATIE !

En 2016, Clinton avait reçu 2,8 millions de votes de plus que Trump. Cette année, l’écart en faveur du candidat démocrate dépasse les cinq millions de voix. En fait, depuis trente ans, sauf pour une élection présidentielle, les démocrates ont systématiquement empoché plus de votes à la grandeur du pays que les républicains.

Comment renverser la tendance ? En empêchant les gens de voter ! Rand Paul, le sénateur républicain du Kentucky, dénonçait cette semaine la volonté des autorités de Géorgie de faire parvenir des bulletins de vote aux électeurs qui n’ont pas l’habitude de se prononcer, parce que ce sont les démocrates, à son avis, qui vont en bénéficier.

En mars dernier déjà, Donald Trump, dans une interview à FOX News, avait conclu qu’accepter l’inscription tardive sur les listes électorales et l’élargissement du vote par correspondance et par anticipation allait signifier que « vous n’auriez plus jamais un républicain élu dans ce pays ».

Cette fois-ci donc, pas de grandes introspections pour les républicains. Ils ont perdu la présidentielle, mais comme dans Lego Movie, « Everything is awesome! » Si seulement les Américains pouvaient arrêter de voter pour leurs adversaires. Ou arrêter de voter tout court.