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Et maintenant la loi martiale!

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Photo AFP Des partisans de Donald Trump venus saluer le président sortant sur son terrain de golf de Sterling, en Virginie, le 13 décembre dernier.

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Donald Trump songerait à imposer la loi martiale à 4 États remportés par Joe Biden lors des dernières élections, pour les obliger à tenir de nouvelles élections. La suggestion serait venue de Michael Flynn, un ex-conseiller à la Sécurité de Trump. On peut dire que Trump a trouvé quelqu’un d’au moins aussi fou que lui.

John Bolton, lui aussi ex-conseiller à la sécurité de Trump, assure qu’il est impossible d’utiliser la loi martiale pour tenir de nouvelles élections. Il ajoute que ce genre de proposition d’hurluberlu ne l’étonne pas : c’était son lot quotidien, quand il était dans l’entourage de Trump.

À sa face même, une telle proposition est irrecevable et inconstitutionnelle. Elle aurait cependant provoqué un débat mouvementé entre les conseillers de la Maison-Blanche.

Le clown débile s’accroche et il y a longtemps qu’il n’amuse plus.

Conséquences dangereuses

Mais les conséquences de son obstination à refuser sa défaite sont dangereuses.

Elle nourrit les passions de personnes généralement peu éduquées, et au jugement vacillant, qui viennent jusque dans ces pages tenter de défendre l’indéfendable, avec une assurance qu’ils calquent sur les poses théâtrales de Trump. 

Elle jette un doute inutile et calomnieux sur des journalistes et des chroniqueurs qui pourtant font leur travail honnêtement, au meilleur des connaissances qu’ils ont accumulées, souvent pendant une longue carrière. 

Elle place sur un pied d’égalité les propos d’universitaires, de savants, de spécialistes de tous horizons, qui ont dédié leur vie à la connaissance, avec les perceptions de quidams qui se demandent pourquoi leurs sensations ne vaudraient pas autant que « les vérités alternatives » de Trump. 

Ils ont raison, elles valent autant, c’est-à-dire rien.

Trump a déchaîné les passions d’une partie de la population contre les autorités médiatiques, scientifiques, juridiques, économiques et politiques qui osaient lui tenir tête. 

Non pas que les propos de ces autorités ne doivent pas être discutés ou contestés. Au contraire. Mais de manière logique et rationnelle. Avec des arguments, des chiffres, des faits. 

Perte de confiance

Or, Trump évolue dans le domaine de la croyance. C’est ce qui le rend si populaire auprès des fondamentalistes religieux ou idéologiques. Ils retrouvent chez lui une pensée simpliste qui leur est familière, qui les rassure et qui leur procure l’illusion d’avoir prise sur le monde.

La présidence de Trump a détruit en partie l’autorité des élites américaines, quoique les élites économiques sont moins touchées. C’est que Trump est le grand prêtre du culte du veau d’or.

Un pays qui n’a plus confiance en ses élites court à sa perte. Pourtant les élites américaines ne sont pas corrompues comme au Liban, ni incompétentes comme au Mozambique, ni terrifiées et bâillonnées comme en Chine. Loin de là.

Mais Trump les discrédite sans relâche, pour consolider son pouvoir. L’idée dangereuse d’imposer la loi martiale à des États qui ont voté Biden ne sert qu’à cela.