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La « magie » boursière du PAPE, pas pour tout le monde

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Illustration Adobe Stock

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L’entrée en Bourse fracassante du producteur de boisson énergisante Guru, en novembre dernier, a fait la vie facile aux titreurs des journaux. 

À la clôture de sa première journée de négociations, l’action de l’entreprise québécoise avait grimpé de 56 % : « Débuts stimulants », a-t-on pu lire le lendemain.

D’autres gros noms ont depuis fait leurs premiers pas en Bourse, et avec panache. Airbnb a vu son titre plus que doubler dès la première journée, il y a une douzaine de jours. Doordash, devenue publique la semaine précédente, a connu un début à peine moins spectaculaire. L’entreprise derrière la populaire appli de livraison de repas a grimpé de plus de 80 % à la première séance.

En comparaison d’un CPG qui offre à peine 1 % par année, la perspective de doubler sa mise en moins de 24 heures est alléchante.

Mais comment fonctionnent ces introductions en Bourse et sont-elles à ce point payantes ?  

Un PAPE, c’est quoi ça ?

Si vous discutez avec un professionnel de l’industrie, il vous parlera d’IPO (initial public offering). Si votre interlocuteur se soucie du français, il dira plutôt « PAPE », pour « premier appel public à l’épargne ». C’est l’opération par laquelle une entreprise fait son entrée en Bourse. 

Il s’agit d’un lourd et coûteux processus qui s’étend sur des semaines, voire des mois. Son déroulement est minutieusement orchestré avec l’aide de banquiers. Le prix initial de l’action est déterminé à la suite d’une tournée de grands investisseurs institutionnels, comme les gestionnaires de caisses de retraite et de fonds de placement.

Effet de rareté

Au moment du PAPE, une fraction seulement de l’entreprise est offerte au public par une émission limitée d’actions. Le but ? Que le titre fasse « pop » ! Dès le départ, on crée un effet de rareté de manière à ce que l’action gagne rapidement de la valeur. 

Parmi les premiers à s’enrichir, on trouve les investisseurs privés qui ont financé le développement de l’entreprise avant son introduction en Bourse. 

La banque d’affaires qui a piloté l’opération s’en met dans les poches au passage, et bien sûr les fondateurs et les dirigeants de la société. 

Les grands investisseurs, qui ont accès aux actions à leur prix initial, font généralement la passe.  

« Le petit investisseur est le dernier invité au party », souligne Michel Villa, gestionnaire de portefeuille et formateur boursier.  

Règle générale, l’investisseur individuel n’a pas la chance d’acheter les actions au prix initial. À l’ouverture de la première séance de négociations, le titre s’échange déjà nettement au-dessus du prix établi.

Pour cette raison, Jos Bleau peut rarement se targuer d’avoir connu un rendement mirobolant au jour 1 d’un PAPE. 

Pour la suite, c’est comme tout investissement : sans une analyse, c’est du gambling.  

Une bulle ?

  • Le contexte est favorable aux PAPE. Les investisseurs sont optimistes, les cours boursiers sont élevés et, avec l’arrivée des vaccins et la fin prévisible de la pandémie, ce climat pourrait encore durer.
  • Au Canada, on n’a pas vu autant d’argent récolté au cours de premiers appels publics à l’épargne depuis 2014 : près de 7,26 G$ de dollars ont été levés auprès des investisseurs par l’intermédiaire de 88 PAPE. 
  • Aux États-Unis, 19 titres d’entreprise ont doublé au cours de la première journée de négociation. En 1999, il y en a eu 78, et en 2000, 117.
  • Les PAPE ne sont pas tous des succès. Celui de Facebook, en 2012, a plus ou moins été un fiasco. Au printemps, l’action avait été offerte au prix initial de 38 $. À la fin de l’été, l’action avait reculé de 47 %, à 20 $. À long terme, Facebook s’est tout de même révélé tout un investissement pour ceux qui l’ont acheté au premier jour.