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Les trois contradictions de cette année 2020

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Nous avons tous, à divers degrés, cette fâcheuse tendance à nous contredire. Plus que jamais, nous en avons fait la preuve en cette année de crise. 

L’humeur changeante de l’opinion publique, les dérapages des médias sociaux et l’isolement ont probablement contribué à nous mélanger les idées. 

Voici trois cas qui justifient un sérieux exercice collectif d’introspection.  

1. L’accès aux données

L’année 2020 s’est amorcée avec le scandale Desjardins. Comme presque tous les Québécois, mes données ont été subtilisées par un employé malhonnête. On a su, plus tard, que Desjardins n’a rien fait pour nous protéger. Un contact me dit même qu’après le dévoilement du scandale, les gens du marketing avaient toujours accès à des tonnes de données personnelles. 

Comment se fait-il que les Québécois soient si peu en colère ? Je ne comprends pas. Comment se fait-il que nos lois soient aussi peu punitives à ce sujet ? C’est inexplicable. 

Ce qui est encore plus inexplicable, c’est qu’en même temps, le gouvernement du Québec ait tant tardé avant de permettre aux Québécois d’adopter l’application Alerte COVID... en invoquant l’argument de la protection des données personnelles. Alors que même le commissaire à la vie privée la jugeait sécuritaire. Pour plaire aux électeurs, tous les partis politiques se sont initialement opposés à l’application. 

Pendant que la colère cessait de gronder contre Desjardins, on trouvait aussi l’énergie de s’opposer à l’utilisation de données médicales à des fins de recherche scientifique. Des données rendues anonymes, dont l’usage pourrait sauver des vies. Trouvez l’erreur !

2. Les changements climatiques

Le télétravail a modifié nos habitudes de vie. À un tel point que plusieurs familles ont quitté la ville pour de verts pâturages. Il est fort à parier que le télétravail se poursuivra après la crise, mais il est illusoire de penser que nous ne retournerons pas au bureau.  

Qu’arrivera-t-il à ceux qui ont élu domicile à 150 kilomètres de leur lieu de travail ? 

Après le confinement, ils recommenceront à se déplacer plusieurs jours par semaine. La quête de verdure aura donc eu comme effet d’étendre la banlieue encore plus loin. 

Ce phénomène a un nom : l’étalement urbain. Est-ce que nos nouvelles habitudes de vie augmenteront la pression pour convertir des terres agricoles en secteurs résidentiels ? Ça reste à voir. Mais dans tous les cas, les comportements adoptés par plusieurs sont hautement incompatibles avec nos ambitions de vaincre le changement climatique. 

3. Les exportations

Nos commerces font partie de notre quotidien. 

Ils sont presque des membres de la famille. Un esprit de famille qui ressort toujours dans l’adversité. 

C’est dans cet esprit que les Québécois se sont tournés vers le commerce local pendant la pandémie. Je fais partie de ceux qui ont décidé d’encourager les restaurants, de payer plus de pourboires et de faire affaire avec des magasins à plus petite surface. 

Cependant, je crains qu’une vague de protectionnisme s’empare de nous tous. Les derniers mois nous ont causé une espèce d’amnésie collective. Nous avons oublié que nous sommes une petite économie dont la richesse collective dépend des exportations. 

Oui, le commerce local est important. Une réalité s’impose toutefois : la pandémie a exposé au grand jour notre retard en matière de commerce en ligne. Nous faisions pitié. L’internet haute vitesse n’est même pas disponible partout au Québec. C’est déplorable. 

Avec l’arrivée du télétravail et avec les changements structurels que subira notre économie suite à la pandémie, nous devons nous concentrer sur notre productivité. Nous devons former notre main-d’œuvre et nous assurer que nos exportateurs seront prêts pour la relance. 


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG UQAM