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Jayden Struble: l'espoir le plus fascinant du CH

Jayden Struble: l'espoir le plus fascinant du CH
Photo Agence QMI, Steve Madden

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Marc Bergevin est sans doute l’un des directeurs généraux les plus costauds de l’histoire de la Ligue nationale de hockey (LNH). Cela n’a pas empêché l'homme aux énormes biceps de se laisser emporter au sujet de la musculature de Jayden Struble à la table du repêchage, en 2019.

«Ce gars-là est un Dieu grec», s’était exclamé le directeur général du Canadien de Montréal.

Sélectionné au 46e rang cette année-là, Struble est un spécimen. Il est probablement l’espoir le plus fascinant du Tricolore à l’heure actuelle, aussi arbitraire et subjectif soit ce qualificatif.

L’entraîneur-chef de Struble à l’Université Northeastern, le Montréalais Jim Madigan, n’a jamais rien vu de tel chez un de ses joueurs. Et il en a dirigé quelques-uns qui ont atteint la LNH, dont le défenseur des Ducks d’Anaheim Josh Manson.

«Manson avait la force physique. Mais chez ce jeune, les qualités athlétiques crèvent le plafond. On n’a eu personne comme lui. Il a le corps d’un receveur de la NFL. Il est découpé au couteau», confie-t-il au TVASports.ca.

Struble possède aussi dans son arsenal un atout qui ne s’enseigne pas. Il est méchant. Il est dur. Il veut faire mal aux autres. À Montréal, de gros bonhommes comme Jarred Tinordi et Guillaume Latendresse ont souvent senti la pression de jouer de façon brutale et agressive même si ce n’était pas dans leur nature. C’est inné chez Struble.

«Quand il est sur la glace, nos gars gagnent 15 livres et 2 pouces, illustre Madigan. Il est robuste et surtout, il aime jouer de façon robuste. Beaucoup de joueurs n’aiment pas être méchants. Il sait qu’il devra répondre de ses actes et jeter les gants. Je l’ai vu se battre dans les ligues d’été. Il devra apprendre à se protéger contre les gars de 6 pi et 4 po, mais ça ne diminuera pas sa robustesse.»

Le spectre de Zach Bogosian

Retour en 2008. À la traditionnelle séance d’évaluation des espoirs, plus communément appelée «Combine», Zach Bogosian a l’air d’un adulte de 28 ans parmi une bande de mômes.

Au repêchage, Bogosian est sélectionné au troisième rang par les Thrashers d’Atlanta devant Alex Pietrangelo et Erik Karlsson, un Suédois maigre comme un poulet qui paraissait très loin des grandes ligues.

Leçon apprise : se méfier de ces espoirs qui jouissent d’une avance considérable sur les autres en termes de maturité physique.

Les aptitudes physiques de Struble sautaient également aux yeux lors du «Combine» de 2019, à Buffalo. Le jeune homme a pulvérisé la compétition, se classant au premier rang dans 5 des 18 tests.

Or, Struble n’est pas qu’un paquet de muscles sur patins. C’est là qu’il se distingue de certains phénomènes physiques de sa trempe, ceux qui ont connu leur heure de gloire durant la fameuse «Dead Puck Era», cette période durant laquelle l'accrochage était omniprésent, avant le lock-out de 2004. C’est aussi ce qui explique pourquoi les limites de son potentiel demeurent une parfaite énigme.

«Il a des habiletés excellentes avec la rondelle, note Madigan. Les gens ne le remarquent pas, car ils ne voient que le côté robuste et le corps d’athlète. Il bouge la rondelle. Il a un très bon tir.»

Le 19 décembre dernier, dans un match nul de 3 à 3 face à Providence, le talent de Struble ne faisait aucun doute. Tôt en première période, le puissant arrière s'est emparé de la rondelle le long de la rampe, y est allé d'une sublime passe en pivotant sur lui-même et a suivi le jeu pour finalement profiter d'une rondelle libre aux abords du filet adverse.

Struble a ajouté une aide plus tard dans le match. Il revendique quatre points en autant de rencontres jusqu'ici cette saison. Alors voilà pour le mythe du défenseur physique aux aptitudes limitées.

Apprentissage

Avec ou sans la rondelle, il est impossible de ne pas remarquer Struble sur une patinoire. Ironiquement, il s’agit en quelque sorte de l’un de ses défauts.

Struble veut avoir un impact. Tout de suite, maintenant, immédiatement. Même si le résultat est divertissant, souvent spectaculaire, il manque un peu de structure dans son jeu.

Bien qu’il soit conscient de ce qu’il doit corriger, l'athlète de 6 pi et 194 lb n’a pas eu beaucoup d’occasions de mettre en pratique les directives de son entraîneur.

La saison 2019-2020 ne représente pas un échantillon très concluant. Struble s’est blessé au camp de perfectionnement du Canadien à l’été 2019. Il a ensuite raté les matchs préparatoires de son équipe dans la NCAA, puis les quatre premiers de la saison. Fin octobre, il a finalement commencé à jouer.

«Autour du mois de décembre, il a commencé à bien jouer, à apprendre nos systèmes, raconte Madigan. Et il s’est blessé le 1er février. Une entorse à une cheville. Vraiment de la malchance.»

«Donc, il se met à travailler sur la structure de son jeu, il se blesse, il revient à notre camp d’entraînement cette année et, au mois d'octobre, il aggrave une blessure à l'aine au camp d’évaluation de l’équipe nationale junior des États-Unis...»

Madigan touche du bois, mais la santé semble enfin sourire à Struble. On peut enfin voir de quoi il est réellement capable.

«Cela fait quelques semaines qu’il est en santé ici. Et il a été très bon. Il travaille sur sa structure. Ce que je veux dire par là, c’est qu’il apprend à choisir ses moments pour appuyer l’attaque. Il vient davantage en aide à son partenaire de défense.

«Il apprend à faire bon usage de sa robustesse : quand il doit laisser le jeu venir à lui et quand s’interposer et frapper quelqu’un. Ce sont les aspects sur lesquels on travaille. Mais c’est un jeune homme dur et méchant. Quand il est sur la glace, l’autre équipe le sait.»

Afin de prévenir une autre blessure, Struble doit d’ailleurs se présenter à la patinoire bien avant le début des entraînements. «Il doit se préparer avant chaque séance. Il arrive 30 minutes en avance pour faire ses échauffements», explique Madigan.

Un contraste évident

En Jayden Struble et Jordan Harris, le Canadien de Montréal compte sur deux espoirs de qualité peaufinant leur jeu à l’Université Northeastern. Deux espoirs que leur entraîneur Jim Madigan voit éventuellement occuper des rôles de troisième ou quatrième défenseur dans la LNH.

La comparaison s’arrête là. Car les personnalités des deux coéquipiers sont complètement aux antipodes.

«Jayden est l’antithèse de Jordan, souligne Madigan. Il y a un gros contraste. Jayden est intimidant. Il aime parler. Il nargue les joueurs sur la glace. Il veut faire les choses tout de suite, alors que Jordan est serein à l’idée d'attendre le bon moment.»

Si Jordan est un leader silencieux, posé, laissant son jeu sur la patinoire faire le travail, Jayden est le joueur avec la personnalité vibrante qui met de la vie dans le vestiaire.

«Il aime faire des blagues et embarquer les gars avec lui, mentionne son entraîneur. Il est très loyal. Il encourage ses coéquipiers et prend plaisir à les voir connaître du succès. Il a besoin de moins de structure dans la vie, ce qui fonctionne pour lui. Mais il en ajoute quand même un peu dans son jeu pour pouvoir mieux gérer ce qui se passe sur la patinoire. Il a une attitude insouciante et je l’entends de façon positive. Il apprécie la vie chaque jour, avec un sourire au visage.»

Le plan pour Struble cette saison est de le faire jouer de 20 à 22 minutes par match et de lui confier du temps en désavantage numérique ainsi que sur la deuxième vague du jeu de puissance. Harris, lui, assumera le plus grand rôle et recevra 25 minutes ou plus par rencontre.

C’est Harris qui est le plus près de la LNH à l’heure actuelle, et pas seulement en raison de son âge. Son style calme et équilibré devrait faciliter sa transition chez les professionnels. Struble, lui, devra apprendre à mettre ses grandes habiletés à contribution sans tomber dans le piège de trop en faire.

N'empêche, c'est probablement Struble qui a le potentiel offensif le plus intrigant. S’il parvient à trouver le proverbial juste milieu, il risque d’en donner pour leur argent aux partisans du Canadien...