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L’école transformée en champ de mines

STOCKQMI-ÉCOLE
Photo d’archives

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Dans une récente chronique (15 décembre), j’expliquais que les fanatismes religieux et racialiste transforment l’école en un champ de mines.

Les plus à risque ? Les profs, évidemment.

Ceux de la France, qui vivent depuis des années ce qui monte chez nous, sont sur la ligne de feu.

Excédés, effrayés, ils parlent davantage.

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Caroline L. (nom fictif) enseigne le droit à Aix-Marseille. Elle a prononcé les mots « religions sexuellement transmissibles » dans un cours de maîtrise.

Elle a reçu d’innombrables menaces de mort et, en prime, une plainte de la Ligue des droits de l’homme pour « injure raciale ».

Elle voulait dire qu’une religion, au lieu d’être une réalité biologique, est une vision du monde, un ensemble d’idées qui peut donc être analysé et critiqué comme toute autre idéologie.

Delphine Girard, prof de français au secondaire, a vu monter le durcissement idéologique des élèves en quelques années.

« Les réactions sont de plus en plus vives et de plus en plus politiques, comme si les élèves étaient vraiment les vecteurs d’une pensée, d’un discours construit, politique, venant de gens cherchant à promouvoir un communautarisme religieux toujours plus fort », dit-elle.

Une autre, qui préfère l’anonymat, avoue : « Sur les sujets de laïcité, je me suis beaucoup autocensurée ».

Après la tuerie de Charlie Hebdo, en a-t-elle parlé avec ses élèves ?

Non. Après la minute de silence, elle a changé de sujet : « C’était lâche. Mais je ne voulais surtout pas faire de vague ».

Une représentante syndicale, Angélique Adamik, souligne l’ingérence accrue des parents :

« Les parents d’élèves s’immiscent de plus en plus dans l’école et questionnent la pédagogie des enseignants. Quand un parent n’est pas d’accord avec ce qui se passe, il envoie un courrier au proviseur, puis ça monte au rectorat, et ensuite, c’est à nous qu’on demande de rendre des comptes ».

Le journaliste Frédéric Béghin rapporte les tensions liées aux convictions religieuses, à la cafétéria : il ne s’agit plus seulement de ne pas manger ceci ou cela ; maintenant, on ne veut plus s’asseoir à côté de celui qui fait autrement.

Nier

Cette radicalisation se reflétera souvent dans la réécriture des manuels pédagogiques.

Bruno Riondel, trente ans d’enseignement de l’histoire au secondaire, explique :

« Les ouvrages et les programmes présentent un islam médiéval révisé, tolérant et défenseur des savoirs, alors qu’ils stigmatisent l’Occident chrétien, un monde sombre marqué par les croisades, l’Inquisition ou l’emprise religieuse sur les sociétés. Curieusement, les concepteurs des programmes s’alignent sans nuances sur le point de vue musulman. »

Tout cela est nié, caché, refoulé, relativisé, déformé, tout plutôt que d’appeler un chat un chat, avec la palme de la mauvaise foi, dès qu’il est question de la France, revenant au New York Times.

Après la décapitation de Samuel Paty, le quotidien avait titré : « French Police Shoot and Kill Man After a Fatal Knife Attack on the Street ».

L’assassinat d’un prof par un fanatique religieux était présenté comme une supposée bavure policière.

J’ai beaucoup de peine à comprendre pourquoi nous serions à l’abri de ce qui se passe là-bas.