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Lumière sur la monstruosité

LIVRES - Martine Desjardins:
Photo Ben Pelosse Martine Desjardins

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Lauréate de plusieurs prix pour Maleficium, L’évocation et La chambre verte, l’écrivaine Martine Desjardins revient cette année avec un roman d’horreur gothique à haute teneur symbolique et mythologique, traitant de monstruosité et de pression sociale : Méduse. À travers un personnage de jeune femme qu’on trouve différente des autres, donc affreuse, elle montre les effets de la honte du corps, de l’oppression et, en même temps, le pouvoir de la féminité.

Méduse, c’est l’histoire d’une petite fille qui marche tête baissée, le visage caché derrière ses cheveux, pour épargner aux autres de voir ses difformités. Elle-même n’ose pas se regarder dans le miroir. On la surnomme Méduse depuis si longtemps qu’elle en a même oublié son vrai prénom.

Méduse finit par être chassée de chez elle. On l’enferme dans l’Athenaeum, un institut pour jeunes filles malformées construit au bord d’un lac infesté de méduses. Dans cet endroit particulièrement sinistre, les filles doivent se soumettre aux cruautés de gens appelés « bienfaiteurs ». Quand elle en sort enfin, Méduse sème la destruction.

Martine Desjardins, écrivaine inspirée, extrêmement lucide et talentueuse, explique en entrevue que Méduse est un roman hybride. « Je voulais faire un roman d’apprentissage. J’avais commencé à écrire et j’ai commencé à réfléchir au personnage de Méduse. C’est une figure mythologique tellement importante, tellement intéressante ! », dit-elle.

« En art, surtout en art décoratif, elle était beaucoup employée, mais en littérature, on ne la trouve pas comme personnage. Je me suis demandé si je ne pouvais pas faire un roman d’apprentissage, raconté par le monstre. Je voulais transposer l’histoire de Méduse dans le cadre d’un roman d’horreur gothique. Finalement, les deux univers ne sont pas si différents que ça. »

Elle a créé tout un univers, mystérieux, rempli de résonnances symboliques et extrêmement cohérent. Le processus d’écriture a été long et complexe. « J’essaie toujours de travailler au plus près possible de l’inconscient. Ce livre m’est venu comme un rêve, avec une logique de rêve, qui ne se suit pas. Tout était là, mais les articulations étaient à la mauvaise place. »

 La pression sociale

 Son roman fait écho à des monstruosités qui ont marqué – et marquent encore – l’Histoire. « Il y a des résonnances dans beaucoup de choses. Pour moi, toutes les forces qui agissent contre Méduse, le courant dans lequel elle est emportée, c’est la pression sociale. »

« Ce que je voulais exprimer par ce personnage, c’est toute forme de pression sociale qui s’exerce sur l’individu pour qu’il se conforme aux règles, à la normalité, à ce qui est bienséant et acceptable, pour faire partie du groupe qu’est la société. Qu’est-ce qui arrive quand quelqu’un ne peut pas y répondre et qu’il est écarté ? »

L’idée que Méduse n’est pas normale ne vient pas d’elle, mais des autres. « Je pense que tout son cheminement, finalement, c’est pour arriver à voir d’elle-même qui elle est. » 

Dans le roman, elle aborde la honte du corps, mais Martine Desjardins est préoccupée par toute forme de honte. « Ça peut être une faiblesse, une maladie, un trouble psychologique, de la tristesse, de la dépression, l’origine sociale de quelqu’un : c’est tout ce qu’on essaie d’enterrer pour que les autres ne nous jugent pas. »

  • Martine Desjardins est née à Mont-Royal et y vit toujours.
  • Elle est lauréate du prix Ringuet pour L’Évocation et a reçu deux fois le prix Jacques-Brossard pour Maleficium et pour La chambre verte, lesquels ont aussi été sélectionnés au prix des Horizons imaginaires.
Méduse<br/>
Martine Desjardins<br/>
Éd. Alto, 216 pages.
Photo courtoisie
Méduse
Martine Desjardins
Éd. Alto, 216 pages.