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Fêter quoi?

GEN-NOEL-COVID
Joël Lemay / Agence QMI

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Est-il vrai qu’on finit par ressembler à ses ennemis, comme l’affirmait l’écrivain argentin Borges? Je préférerais, et de loin, ressembler à mes amis, même si j’en ai très peu, malgré ma longue liste d’«amis» sur Facebook.

Aujourd’hui, 23 décembre 2020, je me sens l’âme à la tristesse. Je trouve que, contrairement aux autres années, il n’y a pas de raisons de fêter Noël et la fin de l’année. Il y a toujours cette pandémie qui sévit plus que jamais. Les nouveaux cas de COVID-19 explosent au Québec et, même si je n’y suis pas, je crains le pire. Cette pandémie a polarisé la société québécoise comme jamais auparavant et je peine à trouver un consensus apaisant qui redonnerait confiance en l’humanité. Les complotistes ne désarment pas et s’opposent toujours aussi bien au port du masque sanitaire qu’au futur vaccin, certains se réclamant de Trump. Chaque nouvelle mesure que prend le gouvernement Legault pour protéger les citoyens soulève des tollés de protestations, certaines virulentes, malgré l’unanimité, sur la question, des formations politiques présentes à l’Assemblée nationale.

Il y a aussi les départs vers le Sud, loin du froid et de la neige, qui suscitent la grogne. On accuse les vacanciers de manquer de solidarité et de faire preuve d’insouciance envers ceux qui restent. J’avoue que c’est un peu dur comme accusation, mais, devant le manque d’informations, je préfère ne pas porter de jugement. Tout ce que je sais, c’est que la situation sanitaire du tourisme à Cuba correspond aux normes strictes fixées par l’OMS. Mais qu’en est-il, par exemple, de la Floride, du Mexique et de la République dominicaine, pour ne citer que ces trois autres destinations soleil? Et comment va s’effectuer le retour au Québec? Les vacanciers devront-ils se soumettre à un autre test PCR et s’isoler pendant quelques jours? Là-dessus, la société québécoise est divisée, et ça m’attriste.

Pas d’accalmie non plus quant aux accusations de racisme systémique dont on affuble le Québec. Cela me fait mal, cela me déconcerte, cela me déboussole. Il faut avoir la couenne dure pour revendiquer un pays pour le Québec, un pays laïque et démocratique, qui possède les pleins pouvoirs de son développement. Nos ennemis sont nombreux et puissants, et ils comptent sur notre division pour triompher et imposer leur volonté. Ces accusations malveillantes et non fondées sapent notre fierté, notre joie de vivre, nos projets. Une autre raison de me sentir triste.

Quant à ma situation personnelle, il n’y a pas de quoi me réjouir. Il n’y a toujours pas de liaison Montréal-La Havane et, lorsque les vols commerciaux seront rétablis entre ces deux villes, serai-je prêt à plonger au milieu de la tempête de la COVID-19 — plus de 2000 nouveaux cas hier! —, alors qu’ici, à La Havane, je me sens en sécurité et protégé? Ce qui m’attriste le plus, c’est que mes deux jeunes enfants ne seront pas à mes côtés à Noël et au jour de l’An. Eux aussi sont tristes.

Et puis, sur la scène internationale, il n’y a pas lieu de me réjouir. L’homme de Cro-Magnon semble refuser de quitter la Maison-Blanche. Tout peut encore arriver, le pire surtout, de la part de la bête blessée. Le Venezuela, le Nicaragua et Cuba sont toujours dans sa ligne de mire et il aimerait bien mettre le feu aux poudres avant d’être obligé de tirer sa révérence. Cuba en arrache, en ce moment, avec ces 10 mois sans tourisme et tous les efforts titanesques pour protéger sa population contre la COVID-19, malgré un blocus qui n’a jamais été aussi violent. Comme si ce n’était pas assez, l’ennemi américain multiplie les attaques sur internet, encourage au sabotage moyennant rémunération et lance des campagnes de désinformation. Comme on dit à Cuba, Dieu les a mis au monde et le diable les paie. Mais si nous ne sommes pas vigilants, ce pourrait bien être nous qui allons devoir payer la note. Rien pour me réjouir.

À bien y penser, je vais demeurer seul, sans faire la fête et sans Minuit, chrétiens. Désolé de gâcher votre party.