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Quand faut-il réclamer sa rente du Régime des rentes du Québec?

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Les Québécois peuvent réclamer leur rente du RRQ dès l’âge de 60 ans ou retarder les premiers versements de la prestation jusqu’à l’âge de 70 ans. Plus on attend, plus la rente sera bonifiée. On a déjà expliqué le principe.

Mais ne risque-t-on pas de laisser de l’argent sur la table à regarder le temps passer sans toucher sa RRQ ? C’est la question du lecteur Benoît, qui traduit une crainte largement répandue.

Nombreux sont les retraités qui s’empressent de demander leur rente de crainte de ne pas profiter pleinement des sommes cotisées au régime. Quelque 60 % des Québécois réclament la prestation dès 60 ans. Moins de 15 % commencent à la recevoir à l’âge prévu, soit 65 ans.

En recevant leur rente le plus rapidement possible, les bénéficiaires du régime de retraite public cherchent à prévenir le risque de mourir tôt. En planification de retraite, le vrai risque, pourtant, est de survivre à son épargne, donc de mourir tard.

Mais revenons à la question de départ : qui est le plus susceptible de laisser de l’argent sur la table ? Celui qui attend de fêter son 65e anniversaire avant de réclamer son dû ou celui qui le fait dès 60 ans ?

Les points à considérer

Pour ce genre de question, il faut un bon outil de calcul. À l’aide d’Excel, l’actuaire et planificateur financier Daniel Laverdière en a conçu un juste pour notre besoin. Le directeur du centre d’expertise de Banque Nationale Gestion privée 1859 connaît parfaitement les mécanismes en cause et est aussi à l’aise avec un chiffrier que Tomas Tatar avec une rondelle. On le remercie.

L’âge auquel on décide de percevoir sa rente affectera le montant de celle-ci la vie durant. Pour recevoir 100 % de sa rente, il faut la réclamer à 65 ans. En devançant la demande à 60 ans, on profite du RRQ cinq ans de plus, mais avec une prestation amputée de 36 %.

D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Je ne les énumérerai pas tous, mais rappelons le plus important : l’âge du décès.

Un autre qui n’est pas à négliger : le rendement obtenu sur l’épargne. En choisissant la rente le plus tôt possible, on pige moins dans son bas de laine dans les premières années. Plus le rendement est élevé, plus l’option de la rente à 60 ans est favorable.

Que disent les chiffres

Prenons deux voisins du même âge qui cessent de travailler à 60 ans. Le premier réclame sa rente du RRQ dès le départ, l’autre attend à 65 ans.

Dans notre scénario, nous avons retenu comme hypothèse une inflation de 2 % et une hausse des salaires un peu supérieure, à 2,5 % (cette donnée influence le montant de la rente à 65 ans). Nous avons supposé aussi un rendement sur l’épargne de 3,5 %. Nous avons également présumé que nos retraités touchaient la prestation maximale.

Entre 60 et 65 ans, l’avantage se concentre bien entendu du côté de celui qui a opté pour la rente précoce. Le bénéficiaire touche 8390 $ dès 60 ans, une prestation qui augmente de 2 % par année par la suite. Après cinq ans, celui-ci aura touché près de 41 000 $.

Son voisin qui attend son 65e anniversaire pour demander sa rente n’a toujours pas reçu un dollar du RRQ. Mais au moment où sa prestation commence à entrer, elle s’élève à un peu plus de 14 800 $ par année, indexée à 2 %. À ce moment-là, la prestation de l’autre retraité atteint 9265 $.

L’avantage financier accumulé au départ par le premier se met alors à fondre tranquillement. Quand nos deux voisins célébreront leur 74e anniversaire, ils auront reçu, au cumulatif, les mêmes sommes en provenance du régime.

Dès lors, l’avantage basculera en faveur du second et ne cessera de grandir aussi longtemps que les deux voisins vivront.

Qui laisse de l’argent sur la table ?

Dans le cas d’un décès prématuré, celui qui aura attendu à 65 ans pour toucher le RRQ sera perdant, mais comme il ne respire plus, il n’aura pas vraiment l’occasion de regretter sa décision. 

Si le bénéficiaire vit longtemps, il risque au contraire de ressentir les conséquences d’avoir choisi la rente à 60 ans. Au tournant de 74 ans, il se trouve désavantagé. Arrivé à l’âge de 90 ans, il aura laissé sur la table plus de 60 000 $ (plus de 47 000 en dollars d’aujourd’hui). Et chaque année que sa vie continue, il creuse un peu plus sa perte.  

Et si on touche le SRG ?  

Cela change la donne considérablement, car chaque dollar qu’on reçoit du RRQ retranche environ 0,50 $ en Supplément de revenu garanti (SRG). Selon nos calculs, il est plus avantageux de demander la rente du RRQ à 60 ans si on prévoit de recevoir des prestations importantes en provenance du SRG. On y reviendra.