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Vaccination obligatoire ou l’incapacité à convaincre?

«Pour critiquer les gens il faut les connaître, et pour les connaître, il faut les aimer» - Coluche

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Ils sont plusieurs à la souhaiter, cette obligation. Plusieurs sont d’avis qu’il s’agit là d’une étape essentielle vers le bien commun sanitaire. Comme l’écrit l’avocat Alain Lemieux, «Il se peut bien qu’on se jette massivement sur la vaccination, mais rien ne garantit une observance optimale, gracieuseté des abstentionnistes ou négationnistes.

«Une vaccination obligatoire est peut-être une solution...» Même son de cloche chez le médecin Patrick Parisé, qui évoque dans sa lettre L’unique solution est la vaccination de masse que: «La vaccination, c’est l’intervention en santé publique et en médecine préventive la plus efficace. Tout cela est démontré et prouvé depuis longtemps. Ne pas le reconnaître, c’est faire du négationnisme dangereux.» Ces personnes, tout en évoquant la question des préjugés à prendre en compte dans la communication gouvernementale, semblent célébrer la méthode forte.

Des questions sur les vaccins

Les bonnes intentions sont là, mais cette attitude n’occulte-t-elle pas quelques éléments? Notamment que les citoyens ont bel et bien droit d’avoir des questionnements sur les vaccins et que cela ne fait pas d’eux des négationnistes dangereux. Plutôt que négationnistes, pourquoi ne pas voir en grande majorité des gens intéressés? Prudents? Sceptiques? Ou encore curieux? Pourquoi ouvrir la porte à la polarisation aussi rapidement en les discréditant d’office de la sorte?

Quand on n’écoute pas, qu’on sert rapidement des arguments d’autorité, tout en cataloguant rapidement l’Autre à diverses tendances, on ne convainc pas, on se gargarise l’esprit bien davantage. Et puis, la plupart ne sont pas farouchement opposés; ils se questionnent avant tout et/ou n’ont pas le réflexe de «sauter sur le vaccin».

Plusieurs se feront peut-être vacciner quand davantage de données de sécurité seront disponibles? Car les interrogations et les doutes sont légitimes et valides. Notamment, car les procédures d’évaluation des vaccins ont été plus rapides qu’à l’accoutumée. Que c’est la première fois qu’on utilise des vaccins à ARN messager sur de larges populations, donc on ne connaît pas encore les effets secondaires à long terme. On ignore pour l’instant si les vaccins sont en mesure d’empêcher la transmission du virus. Ensuite, l’immunité collective n’est pas nécessairement acquise avec l’arrivée des vaccins. De par les diverses souches du virus par exemple, il faudra vraisemblablement se refaire vacciner.

Les vaccins disponibles agissant principalement comme protection individuelle, il est plus probable que cela améliore grandement nos chances d’éviter les formes graves de la maladie. En cela, c’est une excellente nouvelle pour les populations à risque. Considérant que le virus SRAS-CoV-2 est très contagieux, mais que la COVID-19, elle, n’est pas grandement létale, il faut reconnaître que le rapport bénéfice/risque n’est pas le même pour chacun. Dépendamment de notre âge et considérant les comorbidités associées au décès par COVID-19 (obésité, maladie cardiovasculaire ou respiratoire, anémie, etc.). La priorité, ce sont les personnes vulnérables.

D’autres solutions

Le vaccin est un formidable outil, mais ce n’est pas une panacée. Il ne mettra sûrement pas fin à la pandémie. En cela, les vaccins ne peuvent aucunement pallier à des manquements sanitaires. Les pistes de solution demeurent essentiellement de dépister massivement, de tracer, d’isoler et de soigner. De la part du gouvernement, ce sont les actes d’humilité, de transparence – en finir avec la «communication politique» permanente. Ce sont des gestes barrières et préventifs, une bonne hygiène de vie et des gouvernements qui investissent dans les déterminants sociaux de la santé.

C’est aussi un système de santé qui protège son personnel soignant avec du bon matériel, de même qu’il met fin à sa gestion technocratique déshumanisante. Concernant la vaccination, dans un document de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), le Comité sur l'immunisation du Québec souligne qu’«...une telle mesure [l’obligation de vaccination] ne ferait certainement pas l’unanimité et risquerait de provoquer des débats houleux et des réactions hostiles peu utiles à la défense de la cause. [...] Il semble donc que c’est dans la voie de l’information objective sans contrainte qu’il conviendrait de s’engager».

Par ailleurs, si le débat autour de l’obligation ou non est intéressant, ce désir d’obligation de vaccination invite parfois certains à pousser le bouchon un peu loin, soit à prendre des mesures contre ceux qui n’auront pas le vaccin. Leur interdire par exemple d’exercer une activité, une profession, de se rendre dans certains lieux publics, ou encore d’instaurer un «passeport santé».

Rajoutez une mairesse québécoise qui invite ses compatriotes à la dénonciation. Et vous avez une idée de comment il fait bon vivre dans une société dite libérale. C’est à croire que ces gens-là s’offusqueraient à peine d’un système national de réputation des citoyens dès lors qu’il pourrait faire l’étalage de leurs vertus. Encore là, j’aimerais bien y croire: que les bonnes intentions pavent un devenir collectif harmonieux.

Étienne Boudou-Laforce

Intervenant social

Québec

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