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5 raisons d’être optimistes avec l’arrivée de 2021

Les scientifiques ont réalisé des progrès extraordinaires pour combattre la pandémie de COVID-19

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L’année 2020 a été marquée par un effort sans précédent de la communauté scientifique internationale pour mieux comprendre le coronavirus responsable de la pandémie de COVID-19, pour adapter des médicaments déjà disponibles afin que la mortalité due à cette maladie diminue, tout en développant en parallèle des vaccins et de nouveaux agents thérapeutiques capables de neutraliser le virus et de mettre un terme à la pandémie. Tout un programme ! Mais la bonne nouvelle est que la science a réussi de véritables exploits et qu’on peut avancer au moins 5 raisons d’être optimistes pour l’année 2021. 

• À lire aussi: COVID-19: la fin de la pandémie en 2021?

1. SUR LE PLAN TISSULAIRE : on a identifié les mécanismes responsables de l’agressivité de ce virus

Un travailleur d’un hôpital de Greater Noida, en Inde, œuvre auprès d’un patient infecté par la COVID-19 et placé sous respirateur aux soins intensifs.
Photo d'archives, AFP
Un travailleur d’un hôpital de Greater Noida, en Inde, œuvre auprès d’un patient infecté par la COVID-19 et placé sous respirateur aux soins intensifs.

Dès les premiers mois de la pandémie, il est devenu apparent que la COVID-19 présentait un profil clinique atypique très différent des infections respiratoires communes. Bien sûr, les poumons sont les principaux organes touchés par l’infection, mais le virus cause également l’apparition de désordres cliniques extrêmement bizarres pour ce type d’infections, notamment des défaillances de plusieurs autres organes vitaux (cœur, rein, cerveau) qui augmentent considérablement le risque de mortalité. 

Un des principaux facteurs responsables de ces atteintes périphériques est le très dangereux duo inflammation-coagulation. Chez certains patients, la réponse inflammatoire provoquée par l’infection devient tellement disproportionnée qu’elle cause plus de tort que le virus lui-même : c’est ce qu’on appelle communément la tempête de cytokines, un phénomène caractérisé par le fait que l’immunité devient anarchique et ne parvient plus à distinguer correctement l’ennemi à combattre (le virus) des cellules de l’individu. 

En plus de causer des dommages aux poumons et à d’autres organes, le choc inflammatoire peut aussi entraîner la formation anormale de caillots (thromboses) qui bloquent l’arrivée de sang aux organes vitaux (poumons, cœur, cerveau, reins) et peuvent causer plusieurs accidents graves (infarctus, AVC, embolie pulmonaire, défaillance rénale) qui haussent le risque de décès. 

Point positif : L’importance de la réaction inflammatoire et de coagulation dans la pathogénicité du coronavirus fait en sorte qu’on peut réduire substantiellement les dommages causés par l’infection en traitant spécifiquement ces désordres, même sans médicaments efficaces contre le virus. C’est pour cette raison que des médicaments anti-inflammatoires très communs comme les corticostéroïdes se sont avérés être parmi les plus efficaces pour réduire la mortalité chez les patients atteints de formes sévères de la COVID-19.  


2. SUR LE PLAN POPULATIONNEL: on comprend mieux les facteurs de risque de complications cliniques de la Covid-19

Une porte donnant accès à une « zone chaude » du CHSLD Fernand-Laroque, à Laval, un établissement qui a été durement frappé par le virus.
Photo d'archives, Agence QMI
Une porte donnant accès à une « zone chaude » du CHSLD Fernand-Laroque, à Laval, un établissement qui a été durement frappé par le virus.

Il est maintenant clairement établi que la sévérité de la COVID-19 varie considérablement d’une personne à l’autre et que certains facteurs peuvent accélérer considérablement le développement d’atteintes graves. 

L’âge 

L’âge est de très loin le principal facteur de risque de COVID-19 sévère : au Québec, 73 % des décès causés par la COVID-19 sont survenus chez des patients de plus de 80 ans, tandis que ces décès sont extrêmement rares chez les jeunes adultes et les enfants. 

Seulement 0,5 % des décès ont touché les moins de 50 ans, soit 45 personnes sur plus de 8000 décès, pour l’ensemble du Québec et pour toute la durée de la pandémie de neuf mois ; rappelons que le cancer, à lui seul, tue plus de 60 personnes par jour, au Québec.

La diminution constante de l’efficacité du système immunitaire au cours du vieillissement contribue grandement à cette plus grande vulnérabilité des personnes âgées au virus. Ceci est particulièrement vrai pour les hommes, dont la réponse immunitaire est plus faible que celle des femmes et diminue aussi plus rapidement avec l’âge. Au Québec, les données recueillies jusqu’à maintenant révèlent d’ailleurs que le taux standardisé de mortalité est d’environ 30 % plus élevé chez les hommes que chez les femmes.

Point positif : L’efficacité d’interventions non pharmacologiques de base (masque, ventilation, hygiène de base, distanciation sociale) est maintenant bien démontrée et ces actions très simples sont maintenant adoptées par la très grande majorité de la population. L’arrivée d’un vaccin ne doit pas provoquer de relâchement, mais au contraire nous inciter à redoubler d’efforts pendant encore quelques mois pour protéger cette population vulnérable. 

Comorbidités et obésité 

Une analyse récente de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révèle que 97 % des décès causés par la COVID-19 sont survenus chez des patients ayant une comorbidité, c’est-à-dire qu’ils étaient déjà atteints d’une maladie au moment de l’infection. 

Étant donné que le vieillissement est souvent associé à une hausse importante de l’incidence de plusieurs maladies chroniques (diabète, cancer, maladies cardiovasculaires, respiratoires et rénales, entre autres), il n’y a pas de doute que ces maladies contribuent au taux de mortalité élevé de la COVID-19 observé chez les personnes très âgées.

Ces comorbidités touchent également certaines personnes plus jeunes et peuvent augmenter le risque de développer des complications potentiellement mortelles de la maladie. 

Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne l’obésité : plusieurs études réalisées dans le monde indiquent que les personnes obèses ont plus de risques d’être infectées par le coronavirus, d’être hospitalisées pour traiter l’infection et de décéder de la maladie. 

Chez les adultes ayant moins de 60 ans, un segment de la population qui ne devrait normalement pas être à haut risque de complications, le risque d’être atteint d’une forme sévère de la COVID-19 est deux fois plus élevé chez les obèses que chez les patients de poids normal. 

Plusieurs facteurs expliquent cet impact négatif du surpoids : 1) les poumons des personnes obèses ne fonctionnent pas de façon optimale (la cage thoracique des patients obèses est comprimée par l’excès de graisse), ils sont donc plus sensibles aux infections pulmonaires ; 2) l’obésité cause plusieurs débalancements du métabolisme (résistance à l’insuline, hyperglycémie, inflammation chronique) qui favorisent le développement de pathologies (hypertension, dyslipidémies, diabète de type 2, maladies rénales et hépatiques) qui sont toutes d’importants facteurs de risque de mortalité liée à la COVID-19 ; 3) l’obésité perturbe le système immunitaire et le rend moins efficace pour combattre l’infection.

Point positif : La pandémie montre bien que les maladies infectieuses ciblent préférentiellement les personnes les plus fragiles et sont donc indissociables de l’état de santé général de la population. S’il y a bien une leçon positive que le coronavirus pourrait nous enseigner, c’est que notre société est étonnamment passive face à la hausse alarmante de l’obésité et de plusieurs maladies chroniques résultantes qui frappent de plein fouet notre population, incluant les jeunes. On peut faire beaucoup plus pour encourager l’adoption de saines habitudes de vie qui peuvent réduire l’obésité et améliorer l’espérance de vie en bonne santé, tout en atténuant l’impact désastreux des maladies infectieuses comme la COVID-19 sur la société.

Carence en vitamine D 

Plusieurs études récentes indiquent qu’une carence en vitamine D est associée à un risque accru de développer des formes graves de la COVID-19 et d’en décéder. Cette association est particulièrement problématique en hiver, car la diminution de la durée d’ensoleillement provoque une augmentation du nombre de personnes carencées en vitamine D au beau milieu d’une période où on observe une hausse de la transmission du coronavirus. 

Point positif : La prise quotidienne de suppléments contenant 1000 UI de vitamine D est certainement une façon simple de diminuer les risques de complications découlant de cette maladie infectieuse, d’ici à ce que le vaccin soit répandu. 


3. SUR LE PLAN MOLÉCULAIRE : notre meilleure connaissance de la biochimie du coronavirus permet de le neutraliser efficacement

Illustration Adobe Stock

La science avance en accumulant un ensemble de découvertes qui, mises en commun, permettent de mieux comprendre un phénomène et de cerner ses principales caractéristiques. 

Dans le cas du coronavirus actuel, c’est l’accumulation de ces petites avancées sur des virus similaires qui a permis de faire très rapidement des pas de géant dans la compréhension des principales étapes impliquées dans son action infectieuse.  

Nouveaux médicaments

Les études sur les structures de deux coronavirus responsables de plus petites épidémies (SRAS en 2002 et MERS en 2012) avaient en effet montré que les structures en forme de pics à la surface de cette famille de virus sont absolument essentielles pour permettre leur entrée dans les cellules.  

On a rapidement observé qu’un phénomène identique était à l’œuvre pour le coronavirus actuel, c’est-à-dire qu’une protéine présente au niveau de ses spicules (la protéine S) possède une très forte affinité pour un récepteur appelé ACE2 présent à la surface des cellules (en particulier celles du système respiratoire et des vaisseaux sanguins) et que l’interaction avec cette protéine facilite la translocation du virus à l’intérieur des cellules où il peut se reproduire. 

Les structures moléculaires à très haute résolution des protéines impliquées dans cette interaction ont déjà été déterminées par cryomicroscopie électronique et, à plus long terme, elles devraient permettre de concevoir une toute nouvelle génération de médicaments antiviraux destinés à bloquer l’entrée des coronavirus.

Point positif : Même si le virus était inconnu il y a un an à peine, on a pu immédiatement focaliser sur ce qui devait s’avérer être le talon d’Achille moléculaire du virus, la protéine S, sans laquelle il ne peut parvenir à infecter nos cellules et s’y reproduire. La majorité des vaccins ciblent cette protéine du virus, ce qui laisse à penser que les autres vaccins en phase 3 seront tout aussi efficaces. 


4. SUR LE PLAN IMMUNITAIRE : la réponse immunitaire au virus est excellente

Le Canada a approuvé le bamlanivimab pour traiter les patients qui présentent une forme légère ou modérée de la COVID-19 mais qui pourraient voir la maladie évoluer vers une forme grave en raison de leur état de santé.
Capture d'écran
Le Canada a approuvé le bamlanivimab pour traiter les patients qui présentent une forme légère ou modérée de la COVID-19 mais qui pourraient voir la maladie évoluer vers une forme grave en raison de leur état de santé.

Globalement, on estime que le taux de mortalité associé à la COVID-19 se situe aux environs de 1 %, ce qui indique que le système immunitaire parvient à neutraliser le virus dans la très grande majorité (99 %) des cas. 

Ceci est également supporté par plusieurs études montrant que l’infection provoque une production d’anticorps capables de neutraliser le virus en bloquant la protéine S, qui est absolument essentielle pour son entrée dans les cellules. 

Piliers

Les autres piliers de la réponse immunitaire, en particulier les deux types de lymphocytes T (CD4+ et CD8+) qui éliminent les cellules infectées, sont également fortement activés, ce qui permet une réponse immunitaire coordonnée et surtout le développement d’une mémoire durable qui va permettre de neutraliser rapidement l’infection en cas d’exposition répétée au virus. 

D’ailleurs, même si des cas de réinfection ont été rapportés, ces situations semblent extrêmement rares et ne sont pas associées au développement de formes graves de la maladie.

Point positif 1 : Des anticorps très performants, capables de neutraliser le virus même en très faibles concentrations, ont été isolés de patients ayant survécu au virus. Ces anticorps ont servi de tremplin pour la fabrication d’anticorps monoclonaux synthétiques, et un de ces médicaments (bamlanivimab) est maintenant approuvé au Canada pour traiter les patients qui présentent une forme légère ou modérée de la COVID-19 et dont l’état de santé présente un risque élevé d’évoluer vers une forme grave de la maladie et/ou de mener à une hospitalisation.

Point positif 2 : La recherche a également identifié des variations génétiques (en ce qui concerne les protéines interférons, notre première ligne de défense contre les infections virales) qui diminuent la réponse immunitaire chez 15 % des cas graves de COVID-19. Ces personnes sont plus à risque d’être hospitalisées, même si elles ne présentent pas de facteurs de risque apparents. Des interférons synthétiques utilisés depuis plusieurs années pour traiter d’autres maladies (sclérose en plaques, hépatite C) sont déjà disponibles et pourraient être utilisés pour traiter ces patients très malades. 


5. SUR LE PLAN VACCINAL : les vaccins contre le virus présentent une efficacité extraordinaire

Gisèle Lévesque a été la toute première personne à recevoir le vaccin contre la COVID-19, au Canada. La dame de 89 ans réside au CHSLD Saint-Antoine, à Québec.
Photo courtoisie
Gisèle Lévesque a été la toute première personne à recevoir le vaccin contre la COVID-19, au Canada. La dame de 89 ans réside au CHSLD Saint-Antoine, à Québec.

Il y a présentement 61 vaccins différents qui sont en développement et 14 qui ont atteint les études cliniques de phase 3, la dernière étape avant l’approbation.

Deux de ces vaccins, fabriqués par Pfizer/BioNTech et Moderna, ont déjà été approuvés au Canada et commencent à être administrés aux personnes considérées comme les plus à risque. Il s’agit d’un exploit scientifique ahurissant si l’on tient compte du fait que le virus n’était même pas connu il y a un an à peine et que la structure de son matériel génétique n’a été déterminée qu’en janvier dernier.

Nanoparticules

Ces deux vaccins consistent en nanoparticules contenant l’ARN messager (ARNm) dictant la synthèse de la protéine S du virus. Lorsqu’injectées chez un patient, les cellules utilisent cet ARNm comme tremplin pour fabriquer un fragment de cette protéine, ce qui permet aux cellules immunitaires d’entrer en contact avec cet antigène et de développer une réponse immunitaire destinée à le neutraliser. Les données récoltées au cours des essais cliniques de phase 3 indiquent une immunité robuste qui permet une réduction de 95 % de l’incidence de COVID-19, une protection remarquable et du même ordre que certains vaccins bien établis comme celui contre la rougeole. 

Il faut aussi mentionner que cette approche basée sur l’ARN viral permet une grande souplesse si des mutations du virus modifiaient la structure de la protéine ciblée par le vaccin et l’empêchait d’induire une réponse immunitaire efficace. 

On pourrait alors rapidement remettre en branle la production d’un nouveau vaccin simplement en modifiant l’ARNm pour qu’il produise la forme mutée de la protéine. 

Cette possibilité de contre-attaquer rapidement en cas de dérive antigénique du coronavirus représente donc un énorme avantage de ce type de vaccin.

Évidemment, les vaccins ne vont pas immédiatement mettre un terme à la pandémie actuelle. Dans un premier temps, la vaccination des personnes âgées, plus vulnérables, devrait réduire rapidement le nombre de décès (91 % des morts avaient plus de 70 ans) ; la vaccination du personnel de première ligne devrait également nous assurer du maintien de notre capacité de réponse hospitalière. 

Dans un second temps, plusieurs millions de doses seront produites, mises en circulation et administrées au plus grand nombre de personnes possible pour permettre d’arriver à une immunité de groupe. 

Il semble très probable qu’en 2021, suffisamment de personnes auront été vaccinées pour que le virus ait de la difficulté à trouver un hôte vulnérable à infecter. 

Dans ce cas, même si le virus continue à circuler, les éclosions seront très circonscrites et de faible durée et on peut anticiper un retour à une vie normale.  

CONCLUSION : ON PEUT ÊTRE SEREIN

2020 aura été une année très difficile, mais les progrès réalisés par la science nous permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. Ce que nous avons appris de cette pandémie nous servira pour les combats à venir contre d’autres virus. L’humanité sort grandie de cette épreuve et sera mieux préparée scientifiquement, mais aussi au niveau pharmaceutique, politique, décisionnel et logistique. L’année 2021 consacrera la victoire du génie humain à surmonter les défis auxquels il est confronté, comme il l’a si bien fait durant toute son évolution !