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Annus horribilis

Annus horribilis
AFP

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L’année 2021 commence sur la même note que se termine l’année 2020, avec une pandémie qui ne montre aucun signe de faiblesse — 80 millions de personnes infectées et 1,8 million de morts —, une augmentation des nouveaux cas au Québec, entre autres, un taux de chômage dû à la COVID-19 en ascension, un secteur culturel dont on se demande comment il fera pour s’en remettre, une industrie touristique tout autant malmenée, la pire récession mondiale en 75 ans... N’en rajoutez plus, la coupe des malheurs et calamités est pleine.

L’humanité vit dans le confinement depuis des mois, dans ce qu’on appelle la désormais nouvelle normalité. On laisse ainsi entendre que plus rien ne sera pareil. Avant, c’était il y a 10 mois. Après, c’est ce qu’on vit aujourd’hui. Confinement plus ou moins strict, quarantaine, masque protecteur, lavage fréquent des mains et désinfection des lieux publics, distanciation sociale, réduction des déplacements internationaux et vaccins divers. Nouvelle réalité.

Cette pandémie n’a pas empêché, cependant, la terre de tourner. Et ici, en Amérique, 2020 a connu son lot de victoires, de reculs et de luttes sanglantes. Le retour du MAS en Bolivie est certainement l’événement le plus marquant de l’année. Moins d’un an après le coup d’État qui a chassé du pouvoir le président Evo Morales et son équipe, le Mouvement vers le socialisme revient en force à la suite d’élections sous haute surveillance. Exit la droite qui a tout de même eu le temps, pendant ce bref intermède, de déconstruire les grandes conquêtes sociales. Le nouveau gouvernement devra soigner sa droite et restructurer très certainement l’armée putschiste qui a participé au coup d’État.

Autre victoire éclatante, celle de l’équipe de Nicolas Maduro au Venezuela, malgré l’imposant arsenal terroriste — escarmouches, tentatives de magnicide, appel au meurtre, sabotage d’installations pétrolières, campagnes de diffamation à l’échelle nationale et internationale, etc. — déployé contre lui par l’empire états-unien. Mais une victoire tout de même fragile en raison du faible taux de participation et du refus de reconnaître la légitimité de la nouvelle assemblée nationale de la part de l’Union européenne.

Le Pérou, l’Équateur et le Chili, trois gouvernements de droite, ont été le théâtre de manifestations sanglantes, avec blessés, morts et disparus. Signalons une grande victoire pour les femmes argentines: l’avortement vient tout juste d’être légalisé dans ce pays, tandis que, de l’autre côté de la cordillère des Andes, il est toujours interdit. Au Brésil, le président d’extrême droite devra affronter bientôt un Parti des travailleurs ragaillardi depuis la libération du leader charismatique Lula. Il vient également de perdre son principal allié, le président Trump. 

La défaite de Trump, en novembre dernier, et l’arrivée d’un président démocrate à la Maison-Blanche, dans quelques semaines, suscitent un vent d’espoir, à Cuba tout particulièrement, qui a subi pendant les quatre ans de gouverne républicaine un renforcement de l’inhumain blocus, le plus long de l’humanité. On peut à tout le moins souhaiter, dans un premier temps, un retour à la situation que l'on connaissait sous le président Obama. L’île en a grand besoin.

La Colombie et le Mexique demeurent les pays les plus violents de l’hémisphère Sud. Plus de 200 ex-guérilleros des FARC ont été assassinés depuis la signature des accords de paix, en 2016. Tandis qu’au Mexique, le président de gauche López Obrador peine à contrôler le narcotrafic à ses différentes frontières.

Et le Québec?

Dans ce contexte agité de hauts et de bas, de revirements de situation, de violences et difficultés de toutes sortes, le Québec fait figure d’oasis de paix. Ici, comme ailleurs, nous sommes touchés par la crise économique due à la pandémie. La solidarité devra jouer un grand rôle lorsque viendra la reprise. 

Deux combats retiennent l’attention: le renforcement de la loi 101, surtout à Montréal, où la situation risque de devenir irréversible si rien n’est fait. Et la loi 21 sur la neutralité des employés de l’État, contestée en cour par le gouvernement fédéral et ses alliés. 

Dans ces deux cas, le Québec devra serrer les rangs. Ce peut être l’occasion, on ne sait jamais, de refaire le plein de nos forces et de montrer une belle unanimité, en prévision du prochain scrutin.

Plus que jamais, il nous faut penser comme un pays. Une phrase que j’ai apprise à Cuba et qui dit tout le sens de notre combat.

Bonne et heureuse année 2021. Pour le Québec et les Québécois, le meilleur.