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Bergevin: la chance lui a souri

Marc Bergevin
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin Des circonstances heureuses pour le grand manitou du Canadien Marc Bergevin.

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Il faut croire que les astres étaient bien alignés. Alors qu’on s’apprêtait à disputer un match contre les Sabres de Buffalo, match prévu au Centre Bell le 12 mars, le coronavirus a frappé.

Il a frappé avec une telle force que, presque un an plus tard, on ne sait toujours pas quand et comment on parviendra à reprendre une vie normale, si jamais c’est possible.

Donc, plutôt que de disputer ce match, la Ligue nationale stoppa les activités.  

Vous vous rappelez sans doute que Bergevin et son groupe avaient déjà baissé les bras. Ils avaient liquidé quelques effectifs à la date limite sans faire de nouvelles acquisitions. Bref, la saison prenait fin quatre semaines plus tôt que prévu. On se demandait comment on aborderait la prochaine année. On avait des plans, mais on entretenait aussi beaucoup d’incertitude.

Dame Chance

Malgré tous les bouleversements créés par la pandémie, la chance a tendu la main à Bergevin. Imaginez s’il avait disputé le match contre les Sabres et que son équipe avait perdu le match, le Canadien n’aurait jamais participé aux séries éliminatoires, ce sont les Sabres qui auraient été la 24e équipe.

Bergevin et son organisation seraient tombés dans l’oubli, disparaissant de la circulation pour huit à neuf mois.

Bon, admettons qu’il aurait eu une chance de gagner à la loterie Alexis Lafrenière, qui sait ?

Mais, tout allait tellement mal à ce moment-là. Sauf que, j’en conviens, c’était une possibilité. 

Oublions Lafrenière.

On peut donc présumer que l’on aurait évalué les effectifs avec moins de générosité que l’évaluation qui a suivi les séries éliminatoires ? 

Solide impression

Par conséquent, Bergevin a donc sauté sur l’occasion, obtenant ainsi l’opportunité de revoir son modèle d’affaires et de se présenter sur le marché des transactions et des joueurs autonomes avec beaucoup d’assurance, d’autant plus que Geoff Molson lui a non seulement fait confiance, mais il lui a également fourni les ressources financières. Le propriétaire a lui aussi été encouragé par le résultat des séries. Après tout, le Canadien n’a-t-il pas créé une solide impression lors des deux rondes éliminatoires disputées contre les Penguins et les Flyers ?

– Jesperi Kotkaniemi n’a-t-il pas sauté sur l’opportunité pour connaître une certaine éclosion, après avoir passé les dernières semaines du calendrier régulier à Laval, dans la Ligue américaine ? Va-t-il répéter ? On le verra bien.  

– Nick Suzuki n’a-t-il pas profité de cette tribune, celle qu’offre une participation aux séries éliminatoires, pour démontrer son leadership et sa polyvalence, s’affichant comme le meilleur joueur de centre de la formation ? N’est-on pas en mesure de s’attendre à une saison exceptionnelle de la part du jeune homme après tout ce qu’il a démontré l’an dernier ?

– Max Domi n’a-t-il pas convaincu son patron de l’échanger à une autre formation ? Maintenant, Josh Anderson a beaucoup à prouver. 

– Carey Price a démontré qu’il pouvait faire encore la différence.

Joueurs robustes

Bergevin a joué ses cartes en attaquant le marché avec énormément d’audace. Le Canadien allait devenir une équipe différente, c’était évident. C’était une petite formation ; Bergevin a carrément changé la personnalité de son équipe en embauchant quatre attaquants dont le plus petit mesure 6 pi 1 po, et c’est Tyler Toffoli, les autres étant Josh Anderson, Michael Frolik et Corey Perry.

À la ligne bleue, il a conclu une transaction pour obtenir Joel Edmundson et il avait déjà accordé un contrat à Alexander Romanov, un joueur fort prometteur. Finalement, il a résolu un problème en obtenant Jake Allen des Blues. Évidemment, il ne lui reste plus d’espace de manœuvre, 1,1 M$, selon Cap Friendly, ça risque de se compliquer l’an prochain, il s’est déjà compromis pour 65 M$ et ça implique 14 joueurs. Huit attaquants exigeront une nouvelle entente, du groupe on note Phillip Danault, joueur autonome sans restriction, sans oublier que Kotkaniemi sera joueur autonome avec restriction.

À partir de dimanche, les joueurs se retrouveront dans une compétition uniquement à l’interne, puisque les équipes de la Ligue nationale ne disputeront aucun match préparatoire.

Ce sera intéressant. Un entraîneur ne peut souhaiter un meilleur scénario. Il connaît déjà qui sont les joueurs d’impact, mais il voudra en savoir davantage sur les patineurs acquis au cours des derniers mois.

Dans cet esprit, Claude Julien et ses adjoints devront s’assurer que la chimie s’installera rapidement tout en gardant en perspective que son équipe disputera les six premiers matchs du calendrier à Toronto, à Edmonton (2) et à Vancouver (3).

En mars, on s’interrogeait à savoir si Bergevin et les décideurs allaient réussir à sortir l’équipe de la médiocrité dans laquelle elle était empêtrée depuis quelques années. Le Tricolore s’apprêtait, à ce moment-là, à rater les séries pour une quatrième fois en cinq ans.

Quelques mois plus tard, on a chassé les doutes. On croit que le CH sera l’une des meilleures formations de la division canadienne. Que Bergevin a colmaté les brèches tout en donnant à son équipe plus de profondeur et surtout plus de talent.

Subitement, les attentes sont élevées...

La fin d’une longue association 

Jamais on n’avait envisagé un tel scénario.

Zdeno Chara a quitté les Bruins de Boston. Il a confirmé la nouvelle sur sa page Facebook, soulignant qu’il avait signé une entente d’un an avec les Capitals de Washington.

Il faut croire que l’intérêt des Bruins pour le géant slovaque était on ne peut plus mitigé. En réalité, cherchait-on un moyen pour mettre un terme à une longue association avec Chara sans soulever la colère des partisans de l’équipe, après tout, n’était-il pas le valeureux capitaine de cette équipe ? C’est plausible. 

À Washington, il agira comme employé de soutien, ou plutôt, comme écran de sûreté. Il ne peut plus jouer 20 minutes par match, les Bruins le savaient et les Capitals le savent.

J’imagine que Patrice Bergeron a accueilli la nouvelle avec tristesse parce qu’il y avait une belle complicité entre les deux athlètes. Ils ont connu de bons moments avec cette organisation.

Quant aux Bruins, ils amorceront la saison sans Chara, sans Torey Krug, et en principe sans David Pastrnak. On ignore également si Brad Marchand sera en mesure de participer aux premiers matchs du calendrier.

Gardons-nous une petite gêne quant à leur chance de participer aux séries éliminatoires.