/news/society
Navigation

Ils ont trouvé l’amour malgré la barrière du confinement

Des couples racontent leur histoire d’amour, née malgré les contraintes imposées par la crise sanitaire

GEN - BARBARA ALVAREZ PAREDES ET BENOIT BINETTE
Photo Martin Alarie Benoit Binette n’aurait probablement jamais rencontré Barbara Alvarez Paredes s’il n’avait pas été déployé comme militaire réserviste dans un CHSLD frappé par le virus, où cette dernière travaillait comme préposée aux bénéficiaires.

Coup d'oeil sur cet article

Il a fait partie des militaires venus à la rescousse des CHSLD, elle était préposée aux bénéficiaires. Ils ont trouvé l’amour en zone COVID-19, comme bon nombre de couples qui se sont formés malgré les obstacles de la crise sanitaire.

Vêtus de l’uniforme de protection complet, cachés derrière leur masque et leur visière, ils nettoyaient l’urine des planchers et s’occupaient de résidents atteints de démence ou du nouveau coronavirus.

C’est dans ce contexte, à des années-lumière du cliché romantique, que Barbara Alvarez Paredes, 23 ans, et Benoit Binette, 19 ans, se sont rencontrés en mai. « Je ne voyais même pas de quoi elle avait l’air », relate en riant M. Binette.

Dur, dur de rencontrer

Le Journal a retrouvé plusieurs couples qui se sont formés au printemps.

Chacun était alors confiné chez soi, d’autres travaillaient d’arrache-pied comme « anges gardiens ». Développer une chimie amoureuse était alors très loin dans les priorités collectives.

Étonnamment, la plupart des amoureux interrogés considèrent que la pandémie a favorisé l’éclosion de leur relation, bien plus qu’elle leur a mis des bâtons dans les roues.

Sans la COVID-19, Barbara Alvarez Paredes et Benoit Binette ne se seraient probablement jamais rencontrés. Résidente de Montréal, Mme Alvarez avait étudié pour devenir infirmière. Elle s’est donc portée volontaire pour prêter main-forte au plus fort de la crise.

De son côté, M. Binette habite à Trois-Rivières, en Mauricie, où il étudie en technique de génie mécanique. Il est réserviste dans la Marine royale canadienne depuis deux ans.

En avril, c’est l’hécatombe dans les CHSLD du Québec. Le gouvernement demande aux Forces armées canadiennes d’envoyer 1000 soldats en renfort pour s’occuper des résidents.

« J’ai dit oui : mettez mon nom, relate M. Binette. J’étais content de faire ma part ».

C’est en travaillant de nuit dans un CHSLD de la métropole, sur l’aile la plus « difficile », que leurs chemins se sont croisés, conte Mme Alvarez.

Même s’ils pouvaient à peine voir le visage de l’autre, ils pouvaient jaser musique, voitures et télé. Et surtout, ils voyaient tout de leur attitude. Elle pouvait constater à quel point il était dévoué envers les résidents. « C’est ça que j’aimais de lui », se souvient-elle.

Il pouvait observer son énergie à elle, son rire. « Je n’avais jamais ressenti ça, vraiment », dit-il. 

Leurs premiers tête-à-tête à l’extérieur du boulot se sont déroulés dehors, avec couvre-visage pour ne pas prendre de risque.

Pas mariés, mais...

C’est une résidente qui les a mis devant le fait accompli, lors d’une nuit plutôt calme : elle leur a demandé depuis combien de temps ils étaient mariés. Quand ils ont répondu qu’ils ne l’étaient pas, elle a renchéri : « mais vous sortez ensemble, au moins ? »

C’est alors qu’ils ont échangé un regard et qu’il s’est aventuré à déclarer : « oui ». 

Depuis, ils n’ont pas cessé de se voir les week-ends, malgré la distance. 

La solitude qui pousse à rencontrer  

De nombreux célibataires se sont inscrits sur une application de rencontre parce qu’ils se sentaient isolés en raison du confinement et sont ainsi tombés en amour par surprise.

« J’étais tellement seule, je travaillais à distance [...] Si la COVID n’avait pas existé, je n’aurais pas installé cette application [Tinder] que je n’aime pas du tout », dit Marie-Ève Mc Nicoll, 26 ans.

C’est sans doute la phrase que Le Journal a le plus entendue en parlant avec des gens qui ont trouvé l’amour en confinement. Bon nombre de célibataires qui cherchaient simplement à se désennuyer ont intégré le marché du dating avec très peu d’attentes.

Avec l’impossibilité de socialiser en personne, les rendez-vous galants ont été remplacés en général par de longs appels vidéo.

« En trois minutes, juste de la voir par caméra, je le savais que ça marcherait », relate Marie-Dominique Duval, 35 ans, qui a ainsi fait connaissance avec sa nouvelle conjointe.

Car même à distance, elle avait accès au non-verbal, elle pouvait sentir l’énergie de son interlocutrice.

Gabrielle Goulet, 26 ans, abonde. « En un mois, je me suis entichée d’un gars que je n’avais jamais vu en personne. »

Prendre son temps

L’interdiction de contacts aurait même eu du bon, selon plusieurs.

« Ça m’a permis d’apprendre à le connaître d’un point de vue très personnel et sentimental avant d’avoir quelque sorte d’intimité physique. Et ça, ça n’a pas de prix », témoigne Laurence Villeneuve, 24 ans.

La sexologue Mahault Albarracin, cofondatrice du site Sexualis, n’est pas étonnée par ces affirmations.

« Dans un contexte où on ne peut plus multiplier les relations rapides ou superficielles, on se dit : ‘‘je vais prioriser les gens qui ont vraiment envie de passer du temps avec moi’’ » dit-elle.

Ironiquement, la pandémie peut même avoir rendu service à certains utilisateurs en limitant leurs options.

Pour certains, le fait de ne pas travailler, de ralentir leur rythme de vie habituellement effréné leur a donné le temps de s’y consacrer, ont remarqué plusieurs amoureux interviewés.

Reste que pour tous ces couples formés, on peut penser qu’il y a aussi des célibataires qui ont délaissé le dating, y voyant plus de contraintes que de possibilités, note Mme Albarracin.

S’envoyer un vêtement par la poste  

GEN - BARBARA ALVAREZ PAREDES ET BENOIT BINETTE
Photo courtoisie

Après un mois de discussions virtuelles, Gabrielle Goulet a proposé à Gabriel Clerk qu’ils s’envoient un vêtement par la poste. « Je me disais : j’aimerais ça savoir c’est quoi son odeur », relate la jeune femme de 26 ans.

Elle est artiste-peintre, il est artisan. Ils se sont rencontrés sur Instagram, intrigués par leurs œuvres respectives.

Comme elle habite chez ses parents, il était impensable pour eux de contrevenir aux règles sanitaires, jusqu’à ce que sa mère la prenne par surprise et lui dise d’inviter M. Clerk, un soir d’avril.

Pendant le trajet de Saint-Jérôme à Saint-Eustache, il lui parlait au téléphone, la radio ne suffisant pas à calmer sa nervosité, se souvient l’homme de 27 ans.

À peine était-il sorti de sa voiture qu’ils ont échangé un premier baiser « doux et parfait. »

Une rencontre digne d’un film, qui a même été captée par les caméras de surveillance de la demeure. Quelques minutes plus tard, ils se disaient « je t’aime ».  

Ils habitaient le même immeuble de condos   

GEN - BARBARA ALVAREZ PAREDES ET BENOIT BINETTE
Photo Ben Pelosse

Julie Hébert et Alexandre Dumoulin-Mallet se sont « espionnés » à travers leurs rideaux pendant des mois, alors que le confinement a ravivé les relations de voisinage. Tous deux séparés et parents de deux jeunes enfants, ils avaient emménagé dans le même édifice de condos à Otterburn Park, en Montérégie, en octobre 2019. Elle est éducatrice en garderie, il est apprenti machiniste.

« Je le checkais tout le temps quand il sortait », se souvient la femme de 27 ans, qui a même pensé lui laisser un mot sur le parebrise de sa voiture, mais n’a pas osé.

Avec la pandémie, ils ont commencé à se croiser en allant au parc, à s’échanger des couches pour bébés.

Vers la fin juin, M. Dumoulin a remarqué que sa voisine était sur son balcon. Leurs enfants se sont mis à jouer ensemble, les parents à jaser.

« Après une semaine, ma brosse à dents était chez elle », relate l’homme de 29 ans. La famille reconstituée de six personnes a depuis déménagé dans une maison à Saint-Mathias-sur-Richelieu.

Le doux amour après un printemps « macabre »  

GEN - BARBARA ALVAREZ PAREDES ET BENOIT BINETTE
Photo courtoisie

Serge Gariépy a été ébranlé par ce qu’il a vu comme préposé aux bénéficiaires.

Heureusement, cette période sombre a été adoucie par la rencontre d’Anita Couture.

Chacun seul, ils se sont connus grâce à Facebook Rencontres.

De mars à juin, ils ont correspondu par téléphone et texto.

Cet ancien paramédic à la retraite prêtait alors main-forte comme préposé dans la zone COVID-19 d’un hôpital.

« Emballer des morts, jouer au Tetris à la morgue [...] ça joue sur le moral », avoue l’homme de 61 ans.

Il revenait du boulot attristé, avait de la difficulté à dormir. « De jour, je parlais à Anita et la douleur s’estompait. »

« Le 19 juin, je l’ai invité chez moi, à Sainte-Agathe-des-Monts [dans les Laurentides], relate la femme de 62 ans, qui travaille en entretien ménager. Il n’est jamais reparti depuis. »

« Il a de bonnes valeurs. C’est un bon papa, un bon grand-papa. Il est comme moi. On dirait mon âme sœur. »

Deux coachs réunis parmi des milliers d’inconnus  

GEN - BARBARA ALVAREZ PAREDES ET BENOIT BINETTE
Photo Martin Alarie

Ils étaient seuls et indépendants. Ils sont aujourd’hui partenaires, en amour comme en affaires.

« J’étais seule en confinement avec mon chat. Je m’ennuyais beaucoup », raconte Camylle Beaulieu-Chiasson, 22 ans. Comme elle est coach en fitness, toutes ses activités étaient arrêtées.

Elle a donc lancé l’idée d’un FaceTime de groupe sur la page « Résilience – Flash tes lumières », sans sujet précis.

Sur les milliers de membres de ce groupe Facebook, sept ont participé.

Et parmi ces sept se trouvait Eliecer Caisse, 35 ans, aussi coach en fitness.

Ils se sont rencontrés en personne à la fin mars, après 14 jours de quarantaine.

« Je tremblais comme une feuille. J’en perdais mes moyens », raconte-t-elle à propos de ce coup de foudre instantané. 

« Quand je suis arrivée, il m’a donné un smoothie. Je n’arrivais pas à [le] tenir. »

En cette période où les déplacements entre régions étaient découragés, il a rapidement emménagé chez elle, à Sainte-Julie, en Montérégie.

« C’est comme un conte de Walt Disney », résume-t-il.

Elle cherche des données... et trouve une blonde  

GEN - BARBARA ALVAREZ PAREDES ET BENOIT BINETTE
Photo Audré Kieffer

Marie-Dominique Duval s’est inscrite sur Tinder afin de réaliser une étude sur les comportements de séduction pendant la pandémie.

Or, la chercheuse en communications s’est finalement elle-même laissée prendre au jeu.

Sa première rencontre virtuelle avec Edith Doyon portait sur l’étude.

« Une fois l’enregistrement stoppé, on a jasé, jasé, jasé. » 

Les deux femmes de 35 ans, qui vivent en Estrie, avaient beaucoup de choses en commun : le fait d’être mères, leurs intérêts musicaux, un amour pour la bière de microbrasserie.

Leur première discussion a duré trois heures. Leur deuxième, cinq heures.

Au début avril, elles ont commencé à se fréquenter officiellement.

« On vivait dans la peur. On se sentait très illégales », évoque Mme Doyon, qui avait même demandé à Mme Duval de se stationner à reculons pour qu’on ne voie pas sa plaque d’immatriculation.

En même temps, ces interdits ajoutaient une couche de « piquant », avoue Mme Duval.

Depuis, elle a vendu sa maison.

Elle emménagera au printemps dans un appartement du triplex de sa nouvelle conjointe.