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COVID-19: les patients atteints du cancer ne doivent pas être laissés pour compte

Louise Binder, avocate, cofondatrice du Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements et consultante en politiques de la santé.
Photo Courtoisie Louise Binder, avocate, cofondatrice du Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements et consultante en politiques de la santé.

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J’ai fait du bénévolat dans la communauté du VIH pendant près de 20 ans après mon diagnostic en 1994. C’était une période affreuse pour beaucoup de personnes. Il y avait des funérailles toutes les semaines, les décès touchant des personnes de milieux différents, souvent très jeunes. Il nous fallait un vaccin ou, au moins, des traitements. Pour plusieurs, ces derniers n’ont pas été développés assez rapidement, et la découverte d’un vaccin se fait encore attendre. 

Pendant toutes ces années, je n’ai jamais comparé la situation des personnes vivant avec le VIH à celle de personnes atteintes d’autres maladies potentiellement mortelles. On m’a souvent demandé si, à mon avis, les gens vivant avec le VIH étaient mal traités par les gouvernements, comparativement à ceux atteints d’autres maladies. Ma réponse a toujours été et demeure: «Toute personne qui est malade devrait pouvoir obtenir ce dont elle a besoin pour rester en vie et avoir une qualité de vie raisonnable».

Un système de santé affaibli par la COVID-19

Je ne m’attendais pas à avoir ces discussions de nouveau, en une période encore plus tragique pour la planète entière. La COVID-19 a affaibli les systèmes de soins de santé, les économies et les réseaux sociaux. La santé mentale et le bien-être physique ont grandement écopé, et ce, tant au niveau individuel que collectif. Nous devons faire l’éloge des fournisseurs de soins de santé et de services connexes, qui ont déployé des efforts surhumains pour refouler la propagation de ce fléau et pour guérir et réconforter ceux qui en sont directement touchés.

Parmi la myriade d’impacts de la COVID-19, un ressort du lot: dans le cadre des efforts systématiques visant à combattre le virus, d’autres maladies potentiellement mortelles ont été reléguées au deuxième rang, dont le cancer.

En septembre, lors de la conférence de la Société européenne d’oncologie médicale, une étude effectuée auprès de 356 centres oncologiques du monde a révélé que 88,2% d’entre eux avaient constaté des conséquences négatives considérables et répandues en raison de la COVID-19. Même avant l’éclosion du virus, les services de soins oncologiques au Canada frôlaient un point de rupture et, dans certains cas, étaient complètement dépassés par les événements. Dans de telles circonstances, comment les répercussions de la pandémie auraient-elles pu être différentes?

Nous devons résoudre le problème dès maintenant. Si nous attendons, nous risquons d’assister à une autre crise de santé publique.

Conséquences graves pour les gens atteints de cancer

En juin dernier, le directeur du National Cancer Institute des États-Unis a formulé une prévision alarmante. Dans le cadre d’une entrevue avec ABC News, il affirmait que, même si le cancer est diagnostiqué moins fréquemment pendant la période en cours, le nombre de nouveaux cas demeure le même. Il expliquait que ces nouveaux cas seraient diagnostiqués plus tard et que ces diagnostics tardifs rendraient ces maladies plus difficiles à traiter et plus susceptibles d’être fatales.

Au Canada, on prédit qu’un habitant sur deux recevra un diagnostic de cancer pendant sa vie. C’est bien connu que plus une maladie est diagnostiquée et traitée tôt, meilleures sont les chances de survivre et d’avoir une qualité de vie raisonnable. Au cours des huit derniers mois, des récits ont fait leur apparition d’un bout à l’autre du pays, décrivant des salles d’urgence bondées, l’annulation d’interventions, et des retards en matière de dépistage, de diagnostic, de traitement et de chirurgies du cancer. Les chirurgiens de l’Ontario rapportent une hausse marquée du nombre de personnes qui se présentent à l’hôpital avec un cancer avancé, conséquence involontaire de la fermeture soudaine, au printemps, des services de santé non urgents dans le sillage de la COVID-19.

En fait, le British Medical Journal a signalé, dans le cadre d’une étude publiée en octobre 2020, qu’un simple retard d’un mois dans le traitement du cancer peut exposer les patients à un risque de décès considérablement supérieur, soit de 6% à 13% plus élevé. Plus l’attente est longue, plus le risque est prononcé.

Selon les chercheurs, un délai de douze semaines pour l’obtention d’un traitement contre le cancer du sein pourrait mener à 1400 décès de plus au Royaume-Uni et à 700 de plus au Canada sur une période d’un an. De plus, cette étude laisse présager une hausse d’environ 20% des risques de décès prématurés advenant des retards de dix à douze semaines pour les chirurgies du cancer colorectal. Une intervention chirurgicale retardée de quatre semaines accroît les risques de décès de 6% à 8% pour les patients atteints d’un cancer de la vessie, du côlon, du rectum, des poumons, du col de l’utérus et de la tête et du cou.

Des solutions

Pour composer avec ces retards, certaines solutions de rechange ont été adoptées. Par exemple, un processus visant la transmission des biopsies liquides du domicile des patients aux équipes de soins de santé permet le maintien des programmes de dépistage et de détection précoce. En Colombie-Britannique, un consortium a été formé pour aider les personnes atteintes de cancer à l’étendue du pays à obtenir des tests et traitements cruciaux. Les soins virtuels, aussi appelés télémédecine et télésanté, sont devenus des outils importants.

Des groupes de patients oncologiques ont uni leurs forces pour payer les frais de déplacement des patients devant se rendre à des rendez-vous dans certaines grandes villes et pour leur fournir des renseignements liés à la pandémie, dont des ressources de soutien en santé mentale.

Ces interventions sont temporaires, mais le problème du cancer au Canada exige des solutions à long terme. Il y a des organismes de lutte contre le cancer dans toutes les provinces et une stratégie contre le cancer émanant du gouvernement fédéral.

Nous exhortons ces leaders et ces décisionnaires à réunir les intervenants en matière de cancer, dont les représentants des patients, afin d’élaborer un plan viable, efficient, efficace et adaptable pour assurer un accès rapide à des services de soins de santé essentiels pour tous les patients atteints de cancer et, en fait, pour toutes les personnes qui en ont besoin.

Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est de se réveiller après le cauchemar de la COVID-19 pour se retrouver face à une autre crise de santé publique dévastatrice causée par le cancer. Nous pouvons toujours rectifier notre tir, mais les gouvernements doivent agir maintenant, avant qu’il soit trop tard, pour veiller à ce que les systèmes de soins de santé soient bien outillés pour protéger tous les Canadiens dans la lutte contre le cancer.

- Louise Binder, avocate, cofondatrice du Conseil canadien de surveillance et d’accès aux traitements et consultante en politiques de la santé

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