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Libérée de l’emprise de son père incestueux

Une victime témoigne de son expérience dans le système judiciaire qui lui a permis de retrouver le bonheur

Valérie Morin
Photo Agence QMI, Guy Martel Porter plainte a permis à Valérie Morin de refaire sa vie.

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Après 20 ans à vivre sous le joug de son bourreau, dont quatre ans dans une relation incestueuse, une victime a trouvé le courage de déposer une plainte contre son père. Elle brise aujourd’hui le silence pour témoigner de son parcours.

« Pousser une porte de poste de police pour porter plainte, ça prend beaucoup de courage », glisse Valérie Morin, qui a fait lever l’ordonnance de non-publication pour raconter son histoire à visage découvert.

Le 9 décembre dernier, son père, François Racine, a reconnu sa culpabilité au palais de justice de Québec, après plusieurs années à nier les accusations d’agressions sexuelles sur sa fille pendant plusieurs années.

La mère de famille de 34 ans pèse ses mots quand elle relate son cauchemar des 20 dernières années, depuis ses retrouvailles avec un père qu’elle n’avait jamais vraiment connu avant.

« J’ai emménagé chez lui à 14 ans, et un mois plus tard, l’inceste commençait. Ça a duré jusqu’à ma majorité, quand j’ai mis mon pied par terre pour dire que ça ne fonctionnait pas, que ce n’était pas normal », relate-t-elle doucement.

Debout pour sa fille

Mais les violences psychologiques et les menaces, elles, n’ont pas cessé à 18 ans. Son bourreau a gardé son emprise sur sa vie et sur ses relations amoureuses.

« Il a toujours dit qu’il voulait une blonde comme moi, et il a pris ma fille comme si c’était la sienne. Il m’a privée d’un papa, et il a fait en sorte que mon aînée soit privée du sien aussi, pendant six ans. »

C’est en 2015 qu’elle a finalement trouvé le courage de pousser les portes du poste de police et déposer sa plainte, craignant que sa fille ne vive la même chose qu’elle.  

« Ça n’a pas été facile, mais je suis encore debout aujourd’hui, et c’est ça que je veux véhiculer, souligne Valérie Morin. Peu importe la peine en bout de ligne, si ça s’est rendu en cour, c’est que la victime a été crue et entendue, et c’est ça l’important. Un procureur ne prend pas un dossier s’il ne croit pas qu’il peut prouver hors de tout doute que c’est vrai. »

Les mots « je suis coupable » qui ont franchi les lèvres de l’accusé lui ont permis de respirer à nouveau, elle qui s’attendait à se faire attaquer en contre-interrogatoire.

« C’est sûr que ce n’est aucunement facile, les démarches, on s’entend. [...] J’avais l’impression que ça allait être mon procès, et non le sien », décrit celle qui s’est fait traiter de menteuse et de folle pendant des années.

« Mais les victimes doivent le faire et doivent reprendre le contrôle de leur vie, martèle-t-elle. On dirait que tant et aussi longtemps qu’on n’en parle pas, ça ne fait pas mal [mais] il faut redonner à l’agresseur ce qui lui appartient, et arrêter de s’en vouloir. »

Droit au bonheur

Elle souligne au passage le travail acharné de l’enquêteuse et de la procureure à son dossier, ainsi que celui des intervenants du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels (CAVAC), qui l’ont crue dès le début.

Aujourd’hui, Mme Morin a renoué avec le père de son aînée, avec qui elle a désormais quatre enfants. « Je devais porter plainte pour avoir la vie que j’ai aujourd’hui : un conjoint, des enfants, une maison. Parce que si je n’avais pas porté plainte, je n’aurais pas eu droit à ce bonheur », croit-elle.