/misc
Navigation

Ne nous alarmons pas avec le variant sud-africain

Coup d'oeil sur cet article

L’infection par le coronavirus génère une réponse immunitaire très forte, caractérisée par une production de plusieurs anticorps neutralisants qui ciblent spécifiquement une protéine présente dans la couche externe (spicules) du virus.

Puisque cette protéine (appelée protéine S) est absolument essentielle au virus pour pénétrer à l’intérieur de nos cellules et s’y reproduire, ces anticorps permettent donc d’empêcher l’infection à la source et le développement de la COVID-19. Cette protéine S peut donc être considérée comme le talon d’Achille du coronavirus et c’est pour cette raison que tous les vaccins actuellement disponibles ou en développement sont basés sur la production d’anticorps contre cette protéine.

Mutations

Ces anticorps neutralisants créent une énorme pression évolutive sur le virus qui favorise la sélection des mutants les plus aptes à échapper au contrôle immunitaire pour permettre au virus de reproduire son matériel génétique (ce qui demeure l’objectif premier d’un virus). Le mutant récemment identifié en Afrique du Sud comporte une de ces mutations bénéfiques pour le virus, soit un acide glutamique remplacé par une lysine en position 484 (E484K). Selon des analyses récentes, ce mutant réduit d’environ 10 fois la capacité de neutralisation par les anticorps présents dans le sérum de certains patients (1). Avant de trop s’alarmer, il faut mentionner que cette baisse d’activité n’est pas observée chez tous les patients, et que même dans les cas où la réactivité des anticorps est diminuée, elle n’est pas abolie et une immunité résiduelle peut être mesurée. Ceci est important, car plusieurs études ont montré que même dans les cas où la réponse immunitaire générée contre le virus n’est pas très forte, elle demeure suffisamment importante pour empêcher le développement de formes sévères de COVID-19. Il est donc probable que l’immunité générée par les vaccins actuels demeure adéquate pour neutraliser ce mutant. 

Donc, quels que soient les mutants de coro-navirus en circulation, la priorité absolue demeure de vacciner le plus rapidement possible la population, en particulier les personnes à risque. La réponse immunitaire générée par ces vaccins est excellente et, à l’heure actuelle, tout indique qu’ils peuvent neutraliser l’ensemble des virus actuellement en circulation, même les formes les plus contagieuses. Le plus tôt on pourra immuniser le plus grand nombre de personnes, meilleures seront nos chances de conserver notre avantage face au virus et de parvenir à contrôler cette pandémie. 

(1) Greaney AJ et coll. Comprehensive mapping of mutations to the SARS-CoV-2 receptor-binding domain that affect recognition by polyclonal human serum antibodies. bioRxiv, publié le 4 janvier 2021.