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Soyons prudents: gardons les écoles ouvertes

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Depuis le début de la pandémie, le principe de prudence est souvent évoqué par les autorités de santé publique pour justifier des mesures de type confinement dans l’objectif de mieux contrôler la COVID-19. Alors que des mesures très strictes se justifiaient lors de la première vague quand on connaissait peu le SARS-CoV-2, on en sait maintenant beaucoup plus sur les modes de transmission du virus.

Concernant les écoles, le principe de prudence devrait maintenant s’appliquer différemment: garder les écoles ouvertes, peu importe la situation épidémiologique, semble éthiquement et scientifiquement la meilleure décision.    

  • Écoutez l'entrevue de Catherine Dea, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive avec Benoit Dutrizac sur QUB radio:   

Notre groupe composé de plus d’une centaine de médecins de différentes spécialités appuie sans réserve la position récente des pédiatres qui réclament la réouverture complète des écoles primaires et secondaires le 11 janvier prochain, car nous sommes inquiets pour les enfants et les jeunes du Québec.

Fermer les écoles: une mesure peu efficace

À ce jour, on n’a aucune donnée épidémiologique pour affirmer que la réouverture des écoles primaires et secondaires augmentera significativement le fameux Rt (taux de reproduction efficace). En effet, les fermetures des écoles, ou leurs variantes (ex.: réouverture partielle avec ou sans enseignement à distance, devancement ou prolongement des congés scolaires), font partie des mesures dont l’efficacité pour contrôler le virus est très mal documentée. Pourtant, les conséquences négatives sur le bien-être des enfants et leur réussite éducative sont, quant à elles, bien démontrées. 

Au Québec comme ailleurs, les écoles sont des milieux qui restent relativement peu à risque, comparativement à d’autres milieux (ex. rassemblements privés, milieux de travail). La transmission dans les écoles est avant tout le reflet de la transmission communautaire, sans y contribuer fortement. Malgré que les écoles soient fermées depuis trois semaines, on n’a vu aucun ralentissement dans le nombre quotidien de cas déclarés de COVID-19. Si les écoles étaient au cœur de la pandémie, les cas auraient chuté de manière importante durant le temps des Fêtes. Attention, cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de transmission dans les écoles. Juste avant les vacances en décembre, il y avait un grand nombre d’éclosions en milieu scolaire, mais la grande majorité d’entre elles étaient de faible envergure (5 cas ou moins). Les données publiques sur les cas de COVID-19 dans les écoles semblent souvent impressionnantes, car on diffuse le nombre de cas qui exposent une classe, et non pas le nombre de cas acquis dans une classe... La nuance est très importante. Des études à l’international tendent à montrer que les cas liés aux écoles sont peu associés aux cas sévères de COVID-19 (hospitalisations et décès), ceux qui nous intéressent réellement.

Pourquoi les écoles sont-elles des milieux à faible risque?

Deux explications se dégagent de la littérature publiée sur cette question de grand intérêt. D’une part, les enfants, surtout les plus jeunes, sont moins atteints par la COVID-19 que les adultes. Ils font des symptômes plus légers et de plus courte durée, ce qui expliquerait qu’ils transmettent moins le virus que les adultes. D’autre part, les écoles sont des milieux où l’identification des cas et l’intervention auprès des contacts sont faites très rapidement (souvent en moins de 24h). Grâce à la bonne collaboration entre la Santé publique et le milieu scolaire, les éclosions dans les écoles sont facilement détectées et contrôlées. Les écoles sont également «victimes» d’une surveillance accrue et très médiatisée. Contrairement à d’autres lieux où les éclosions sont probablement sous-détectées (ex. des rassemblements clandestins entre adolescents), les écoles sont des milieux contrôlés où il est facile de comptabiliser tous les cas et les éclosions.

Non seulement les fermetures des écoles semblent peu efficaces pour limiter la transmission communautaire de la COVID-19, mais on observe même sur le terrain des effets paradoxaux pouvant mener à une augmentation de la transmission du virus. Par exemple, certains parents mal pris doivent absolument aller travailler et font garder leurs enfants par les grands-parents. Les fermetures d’école peuvent aussi contribuer aux pénuries de personnel de la santé, car plusieurs travailleurs de la santé doivent faire des choix déchirants entre leur travail et leur rôle parental. Et que dire des adolescents qui n’en peuvent plus d’être privés de leurs amis et qui défient les consignes en se rassemblant sans masque ni distanciation lorsque les écoles sont fermées?

Des conséquences négatives bien démontrées sur les enfants

Alors que les données épidémiologiques d’ici et d’ailleurs montrent que les fermetures d’école sont peu efficaces pour limiter la propagation de la COVID-19, des études sortent chaque jour sur les conséquences inacceptables qu’elles entraînent chez les jeunes. Du côté scolaire, une hausse importante d’échecs et de décrochage est anticipée partout. À chaque semaine d’école manquée, les écarts se creusent chez les élèves défavorisés et ceux qui sont en difficulté d’apprentissage. Malgré tous les efforts faits par les enseignants, l’enseignement à distance ne peut remplacer l’école en présentiel. 

Les impacts sur l’éducation ne sont que la pointe de l’iceberg des effets négatifs de la fermeture des écoles sur le développement socioaffectif et la santé mentale des enfants. Depuis le début de la pandémie, les consultations médicales sont en grande augmentation pour des troubles anxio-dépressifs chez les adolescents. La littérature montre que plus l’isolement social est long, plus les impacts sur la santé mentale des jeunes sont graves et durables. Les écoles jouent également un rôle crucial pour protéger les enfants contre la violence et la pauvreté. Les fermetures des écoles sont non seulement associées à des situations plus à risque de violence à la maison, mais également à une baisse importante des signalements à la DPJ par les intervenants scolaires. Pour les enfants vivant en situation de précarité socioéconomique, chaque semaine d’école manquée entraîne son lot de stress toxique supplémentaire.

Des solutions pour améliorer la situation de nos écoles

Garder les écoles ouvertes même lorsque la transmission locale est élevée ne signifie pas qu’il ne faut rien faire de plus dans le milieu scolaire, mais il est possible d’améliorer la situation dans nos écoles sans sacrifier la santé et le développement des enfants. Par exemple, on pourrait recommander le port du masque en classe pour les enfants vivant avec une personne vulnérable (ex. un aîné, une personne avec maladie chronique). On pourrait aussi encourager le plus possible les enseignants à sortir dehors avec les groupes-classes, pour des activités sportives et éducatives, même en plein hiver. Ce serait gagnant pour faire bouger davantage nos enfants tout en limitant les contacts dans les classes. Il serait également souhaitable d’améliorer la ventilation dans nos écoles, vu la contribution des aérosols qui est plus grande que ce qu’on pensait initialement.

À ce stade-ci de la pandémie, chaque décision gouvernementale doit faire l’objet d’une analyse en profondeur pour viser le double objectif de freiner la transmission du virus tout en protégeant nos enfants des effets pervers des mesures de santé publique. À notre avis, la fermeture des écoles primaires et secondaires n’est pas une option acceptable considérant le manque de preuves qu’une telle mesure aiderait à diminuer significativement les cas graves de COVID-19. Connaissant les nombreux impacts négatifs à priver les enfants d’école plus longtemps, notre analyse scientifique et éthique fait pencher la balance pour une réouverture immédiate des écoles, malgré la situation épidémiologique actuelle. 

*Les références scientifiques soutenant les faits rapportés dans cette lettre peuvent être fournies sur demande, contacter catherine.dea@umontreal.ca. 


Auteure principale: Dr Catherine Dea, professeure adjointe de clinique, Département de médecine sociale et préventive, École de santé publique de l’Université de Montréal, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive

Cosignataires (et leur spécialité médicale):

1. Dr Élyse Allard (omnipraticienne)

2. Dr Madeleine Auclair (gastro-entérologue)

3. Dr Christine Bastien-Chrétien (psychiatre)

4. Dr Kim Beauchemin (omnipraticienne)

5. Dr Mélanie Beauregard (gynécologue-obstétricienne)

6. Dr Virginie Bédard (omnipraticienne) 

7. Dr Maud Bélanger (chirurgienne plastique)

8. Dr Dominique Belisle (psychiatre)

9. Dr Myriam Bellazzi (omnipraticienne)

10. Dr Anne-Catherine Belliveau (omnipraticienne)

11. Dr Mona Ben M’rad (néphrologue)

12. Dr Francis Bonenfant (cardiologue)

13. Dr Catherine Bouchard (omnipraticienne)

14. Dr Isabelle Bouchard (médecin d’urgence)

15. Dr Marie-Christine Boucher (omnipraticienne)

16. Dr Solange Bourque (néphrologue)

17. Dr Sophie Breton (soins palliatifs)

18. Dr Nadine Brunet (omnipraticienne)

19. Dr Hélène Bustamante (omnipraticienne)

20. Dr Rosemarie Chénard-Soucy (psychiatre)

21. Dr Jihane Cherkaoui (chirurgienne générale)

22. Dr Caroline Couture (interniste)

23. Dr Émilie Croteau (physiatre)

24. Dr Josiane Demers (omnipraticienne)

25. Dr Catherine Deschênes (omnipraticienne)

26. Dr Isabelle Deschênes (rhumatologue)

27. Dr Hélène Desens (omnipraticienne)

28. Dr Julie Desjardins (omnipraticienne)

29. Dr Andreanne Dion (omnipraticienne)

30. Dr Véronique Dion (médecin d’urgence)

31. Dr Marc-André Dorais (médecin d’urgence et soins intensifs)

32. Dr Nicole Dorion (omnipraticienne)

33. Dr Marie-Laure Drivod (omnipraticienne)

34. Dr Julie Drouin (rhumatologue)

35. Dr Geneviève Dubuc (omnipraticienne)

36. Dr Myriam Dubuc (anesthésiologiste)

37. Dr Geneviève Dumais (médecin d’urgence)

38. Dr Catherine Dumont (omnipraticienne)

39. Dr Marie-Eve Fontaine (omnipraticienne)

40. Dr Marie-Chantal Fortin (néphrologue)

41. Dr Catherine Hamel-Pâquet (omnipraticienne)

42. Dr Isabelle Gagné (pathologiste)

43. Dr Véronique Gauthier (médecin d’urgence)

44. Dr Jeanne-Marie Giard (hépatologue, MPH)

45. Dr Sarah Giraldeau (omnipraticienne)

46. Dr Myrrha Goulet (omnipraticienne, spécialité itinérance et toxicomanie)

47. Dr Maud Gravel (omnipraticienne)

48. Dr Stéfanie Grenier (orthopédiste)

49. Dr Lynda Hammam (omnipraticienne)

50. Dr Anaïs Heneman (omnipraticienne en CHSLD)

51. Dr Caroline Henry (omnipraticienne)

52. Dr QueChi Hoang (omnipraticienne)

53. Dr Anne-Sophie Houle (omnipraticienne)

54. Dr Geneviève Labelle (gynécologue)

55. Dr Marie-Josée Lacelle (interniste)

56. Dr Guillaume Lafond (gastro-entérologue)

57. Dr Laurie Lafontaine (médecin d’urgence)

58. Dr Judith Lajeunesse (omnipraticienne)

59. Dr Marie-Josée Laganière (omnipraticienne)

60. Dr Isabelle Latreille (omnipraticienne)

61. Dr Julie Laverdure (pédopsychiatre)

62. Dr Caroline Lavigne (omnipraticienne)

63. Dr Mélanie Lavigne (omnipraticienne)

64. Dr Janie Lavoie (ORL)

65. Dr Majorie Lavoie (omnipraticienne)

66. Dr Géraldine Layani (omnipraticienne)

67. Dr Maude Lebel (médecin d’urgence)

68. Dr Rachel Leclerc (omnipraticienne)

69. Dr Isabelle Lecours (médecin d’urgence)

70. Dr Junie Lecours (radiologiste)

71. Dr Marc Lee (omnipraticien)

72. Dr Isabelle Lepage (médecin d’urgence)

73. Dr Jordan Leroux-Stewart (omnipraticien)

74. Dr Marie-Pier Levreault (omnipraticienne, urgence et CHSLD)

75. Dr Nathalie Major (urgentologue)

76. Dr Benoit Malouf (médecin d’urgence)

77. Dr Marie-Hélène Masson-Roy (omnipraticienne)

78. Dr Marie Mathieu (omnipraticienne)

79. Dr Marie-Ève Mondor (anesthésiologiste)

80. Dr Audrey Moreau (omnipraticienne)

81. Dr Audrée Morin (pédopsychiatre)

82. Dr Maya Naccache (omnipraticienne)

83. Dr Véronique Ouimet (omnipraticienne)

84. Dr Maude Pagé (cardiologue)

85. Dr Isabelle Paradis (omnipraticienne)

86. Dr Andrée-Anne Paré-Plante (omnipraticienne)

87. Dr Amélie Phan (omnipraticienne)

88. Dr Kim Pion (médecin d’urgence)

89. Dr Marie-Claude Poulin (omnipraticienne)

90. Dr Gabriel Proulx-Chantal (omnipraticien)

91. Dr Stéphanie Racine (médecin d’urgence)

92. Dr Audrey-Morin Robitaille (omnipraticienne)

93. Dr Christiane Roy (omnipraticienne)

94. Dr Sarah Russell (neurologue)

95. Dr Judith Simoneau-Roy (endocrinologue)

96. Dr Irena Stikarovska (pédopsychiatre)

97. Dr Mariève Tétreault-Deslandes (omnipraticienne)

98. Dr Caroline Têtu (psychiatre)

99. Dr Sylvie Théodore (neurologue)

100. Dr Jade Thériault (psychiatre)

101. Dr Audrey Thibault (omnipraticienne)

102. Dr Émilie Thibault (omnipraticienne)

103. Dr Maryse Tremblay (anesthésiologiste)

104. Dr Sophie Truchon (radiologiste)

105. Dr Majorie Vadnais (pédopsychiatre)

106. Dr Catherine Vaillancourt (omnipraticienne)

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