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Couvre-feu: résolution ou désespoir?

Neige
Photo le journal de montréal, Martin Alarie

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Nous saurons donc aujourd’hui quelle sera l’ampleur du reconfinement auquel les Québécois seront obligés de se soumettre pour le prochain mois, au moins. Il s’annonce généralisé. On s’y attendait. 

J’espère que nous tiendrons compte de la situation des gens seuls malgré tout.

Mais apparemment, le gouvernement pense serrer la vis encore un peu plus que prévu. Il joue avec l’idée d’un couvre-feu. C’est apparemment un conseil de la santé publique. L’embrassera-t-il vraiment ou la fait-il circuler pour donner un air de modération à ses autres mesures ? Nous verrons. 

Marcheurs

On comprend que le gouvernement veut envoyer le signal qu’il est prêt aux grands moyens, et même aux très grands moyens, pour enfin casser l’épidémie, en prenant une mesure inédite. On ne sait toutefois pas si cette mesure incarne la résolution ou le désespoir. 

Car il n’a probablement pas échappé aux autorités que nous sommes au Québec, et que si une chose n’a pas changé en près d’un demi-millénaire passé sur ce territoire, c’est bien qu’on gèle en janvier et février. 

Rares sont ceux qui se réjouissent à l’idée de sortir de leur domicile à 21 h ou 22 h, sauf pour aller décompresser, marcher avec leur partenaire de vie ou promener un animal de compagnie.

Est-ce que la petite marche de santé est désormais dans la mire de la santé publique ? 

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

En jouant avec cette idée, à tout le moins, en la laissant circuler, le gouvernement n’en vient-il pas tout simplement à démontrer son impuissance à gérer la crise ? On cherchait les dernières libertés à suspendre et on vient de les trouver. Confine ! Confine encore ! Confine plus fort ! Nos gouvernements, apparemment, ne connaissent plus que le confinement comme manifestation de leur autorité. À Ottawa, ils impriment aussi de l’argent en quantité. 

Mais à se vouloir tout-puissant, on peut devenir ridicule.

On nous le répète en boucle : si tout le monde était discipliné, il ne serait pas nécessaire d’aller aussi loin. Cela va de soi. La discipline sanitaire est une nécessité. 

Mais les humains ne sont pas des robots et l’immense majorité d’entre eux n’ont pas fait vœu de réclusion. Nous sommes quand même dans une traversée historique qui aura condamné l’amitié à la clandestinité. 

Il peut être tentant, dans les circonstances, de prendre la population de haut et de condamner sévèrement ceux qui ne suivent pas intégralement les règles. 

Camaraderie

On leur répète qu’ils n’auraient pas fait long feu dans les tranchées en 1916 ou en Normandie en 1944. Naturellement. Un mauvais esprit pourrait quand même répondre que les hommes, soumis aux tirs ennemis, ne se faisaient pas priver des plaisirs élémentaires de la camaraderie.

Si ce confinement radical est efficace, tant mieux. J’espère quand même que s’il y a un couvre-feu, personne ne pensera à dénoncer pépère et mémère à la police parce qu’ils sont allés prendre de l’air après le souper pour sortir Milou. 

Je l’écrivais hier : ne reste plus qu’à réussir la campagne de vaccination. Celle-là, le gouvernement n’a pas le droit de la manquer.