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Le (vrai) problème avec les élus «voyageurs»

Pour le dire crûment, leur décision de voyager quand même pour des vacances, trahit une déconnexion stupéfiante du réel.
AFP Pour le dire crûment, leur décision de voyager quand même pour des vacances, trahit une déconnexion stupéfiante du réel.

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Les élus qui, pendant le temps des Fêtes, ont choisi de voyager à l’étranger en ont presque tous payé le prix.  

La plupart ont perdu leur titre de ministre ou de porte-parole d’un parti d’opposition.

Au fédéral et dans les parlements provinciaux, ils étaient moins d’une vingtaine à quitter le pays pour des vacances, mais, en pleine deuxième vague de la COVID-19, leur choix aura choqué de nombreux citoyens. 

Avec raison.

Retour sur ce qui, dans les faits, constitue un problème d’éthique très sérieux pour la plupart d’entre eux. Quelques-uns seulement ayant voyagé pour des raisons familiales graves.

Pourquoi donc est-ce un problème d’éthique aussi sérieux?

Première raison: même si le fédéral n’a pas interdit les voyages non essentiels à l’étranger, tous les premiers ministres et les chefs de parti d’opposition les ont «fortement déconseillés».

La formule est mollassonne, c’est vrai. Mais pour des élus, le devoir d’exemplarité faisant normalement partie de leur définition de tâches, elle était néanmoins claire. On reste au pays. Point.

Deuxième raison: pour le dire crûment, leur décision de voyager quand même pour des vacances trahit une déconnexion stupéfiante du réel. Soit de la réalité vécue – et endurée – par leurs propres électeurs depuis le début de la crise sanitaire en mars 2020.

À preuve, pendant que les gouvernements multiplient les publicités dans les médias pour exhorter les citoyens à «rester à la maison», se «mettre sur pause», «éviter les rassemblements» et «les déplacements non essentiels», ces mêmes élus ont décidé, sciemment, de prendre l’avion pour aller se faire dorer la couenne au soleil.

À lui seul, leur geste est celui d’une désolidarisation troublante face à leurs propres concitoyens en confinement. Bref, faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font...

Troisième raison: leur choix, il faut bien le dire, est également un affront, aussi involontaire fût-il, à tous ceux et celles qui sont décédés du virus. Souvent, en plus, seuls et dans des conditions indignes d’une société avancée. Et encore plus nombreux au Québec.

En cela, la pire «excuse» offerte par un élu en guise d’explication pour son voyage était, et de loin, celle du député du PLQ, Pierre Arcand.

Son explication? Lui et son épouse ont décidé d’aller à la Barbade, dit-il, «compte tenu de l’impossibilité de voir nos enfants et petits-enfants pendant la période de Noël». 

On s’en pince d’incrédulité. 

Quel affront à tous les gens qui, depuis presque un an, ont été coupés des leurs, malades ou mourants. Quel affront à tous ceux et celles qui n’ont pas pu voir de près leurs parents ou grands-parents, pour mieux les protéger du virus.

C’est pire que de la déconnexion. C’est de l’inconscience. 

Pour tous ces élus siégeant en plus au cœur même des parlements qui doivent gérer une crise pandémique planétaire, le phénomène est hallucinant.

Et leurs chefs? Voilà. Leurs chefs aussi portent leur part de responsabilité.

L’ordre formel d’interdire tout voyage non essentiel à l’étranger, c’était à eux de le donner aux membres de leur caucus.

Ce qui, par contre, ne dédouane en rien ces élus de leur propre décision de partir en vacances à l’étranger pendant que leurs concitoyens sont confinés. Que certains sont aux soins intensifs. Et d’autres décédés ou en train de mourir de la COVID-19. Sans oublier le personnel de la santé, épuisé jusqu’à l’os.

Peut-être que ces mêmes députés voyageurs devraient aussi en parler avec certains de leurs collègues élus qui, eux et elles, en 2020, ont plutôt choisi d’offrir leur aide dans des CHSLD en pleine éclosion de COVID.

Peut-être que ça les aiderait à se reconnecter à la vraie vie.