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Notre télé n’a pas sa pareille

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Lorsqu’on dit que les Québécois forment un peuple à part, rien n’en fait la preuve comme notre télévision.

Aucun pays du monde ne peut revendiquer une écoute de la télévision comparable à la nôtre. Dans ma chronique de mardi dernier, me basant sur les statistiques de l’année précédente, j’avais estimé qu’à Radio-Canada, les quatre émissions de la veille du jour de l’An rallieraient plus de sept millions de téléspectateurs. J’étais dans les patates.

L’écoute combinée d’En direct de l’univers, d’À l’année prochaine, d’Infoman et du Bye Bye a atteint 10 690 000. Elle devrait donc dépasser largement les 11 millions lorsque seront compilées l’écoute en rattrapage et celle des enregistrements.

Selon les données de Numéris, 3 814 000 personnes ont regardé le Bye Bye en direct et 3 038 000 Infoman, cette revue de l’année qui tient presque à un seul homme, Jean-René Dufort. La spéciale du jour de l’An d’En direct de l’univers a rejoint 1 998 000 spectateurs et À l’année prochaine, une simple émission de radio transposée à la télévision, 1 843 000. C’est du jamais vu.

MIEUX QUE LE SUPER BOWL

Qu’une émission comme le Bye Bye ou Infoman réunisse chacune la moitié de toute la population francophone du Québec représente un exploit hors de l’ordinaire. Pour mesurer ce que cela signifie, il faudrait pour égaler ces résultats que le spectacle du Super Bowl rejoigne 50 % plus de téléspectateurs que l’an dernier (102 millions) et les Oscars, sept fois plus ! Le Super Bowl est pourtant l’émission américaine la plus regardée, très loin devant les Oscars ou toute autre grande émission de sport.

Jusqu’à quel point doit-on à la pandémie ces cotes d’écoute spectaculaires ? Probablement moins qu’on pourrait le croire. Confinés à la maison et invités à s’asseoir devant la télévision par le premier ministre du Québec lui-même, un peu plus de Québécois qu’à l’habitude ont regardé en direct les émissions de la veille du jour de l’An. L’écoute des reprises ou des enregistrements devrait donc être moindre que celle des années précédentes, encore qu’il soit plus sage de ne faire aucune prédiction. Comme je l’ai appris à mes dépens, mardi !

UNE TÉLÉ NORMALE À L’AUTOMNE 

La saison prochaine, nos émissions devraient pouvoir être enfin produites sans les restrictions sanitaires auxquelles elles sont contraintes depuis le printemps dernier. 

Personne ne se plaindra de voir les flics de District 31 se parler enfin dans le nez plutôt que d’un bout à l’autre de leur pupitre. On reverra tous avec plaisir les personnages de nos téléromans s’étreindre et s’embrasser à bouche que veux-tu. Personne ne regrettera les émissions d’affaires publiques de LCN ou de RDI où les invités sont présents en studio plutôt que dans leur chambre à coucher ou leur cuisine. On oubliera vite les reporters du téléjournal qui tendent à leurs interlocuteurs un micro poilu au bout d’une pôle de six pieds.

Créateurs et producteurs n’ont pas réinventé la télévision durant la pandémie. On ne réinvente pas la roue. Leur créativité aura juste réussi à nous faire oublier par moments que nous regardions une télévision que les contraintes sanitaires réduisaient souvent à sa plus simple expression. 

Malgré cela et malgré l’omniprésence des richissimes contenus de Netflix, Disney+ ou Amazon Prime, nous n’avons jamais cessé de regarder notre télévision, comme le démontrent avec éloquence les statistiques d’écoute du 31 décembre.