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Soins de santé: tant que les ressources ne seront pas infinies, il faudra choisir

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Dans le dossier des modalités de la vente du cannabis suivant sa légalisation canadienne, le gouvernement de François Legault s’est fait remarquer par son refus d’écouter les spécialistes de la santé publique. Cautionné par la présence à ses côtés du neurologue pédiatrique Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, il a tenu jusqu’au bout à la ligne dure des 21 ans, malgré toutes les données probantes accumulées à l’effet qu’une telle mesure politique n’atteindrait pas les objectifs visés.  

J’applaudis le premier ministre du Québec pour son approche différente face à la COVID-19. Cette fois, plutôt que de négliger la santé publique, il lui a donné une place à ses côtés lors de toutes les conférences de presse en la personne du Dr Horacio Arruda. L’apprentissage que semble avoir fait le chef de la CAQ, c’est que la science ne peut être négligée. Le bon leader n’est pas celui qui repose sur les lauriers de sa popularité : c’est celui qui l’utilise pour convaincre de vérités inconfortables ceux qui sont disposés par elle à l’écouter. Le meilleur politicien est le pédagogue du peuple. 

Les vrais chiffres

C’est ce que j’appelle François Legault à être, une fois de plus. Mais pas dans le sens du couvre-feu qu’il vient d’annoncer. Pas dans le sens du calcul tel que nous avons tous appris à le faire depuis mars 2020. Car les chiffres que nous regardons ne sont pas les bons. 

Il y a un certain temps déjà que l’organisation des soins de santé a pris un virage mathématique différent et, plutôt que de compter en personnes, compte en personnes-années. Ses données probantes, ce sont des années potentielles de vie perdues, des années de vie pondérées pour la qualité (quality-adjusted life-years [QALY]), etc. 

Ce n’est pas de l’âgisme de dire que la vie d’une personne de 100 ans vaut moins que celle d’une personne de 1 an. Dans les deux cas, on évalue seulement le nombre d’années qui les sépare de l’espérance de vie, soit ce qu’on peut s’attendre à sauver par les soins : et c’est cette évaluation qui détermine l’allocation la plus efficace des ressources. 

Cette vérité n’est pas plaisante à énoncer. Mais tant que les ressources ne seront pas infinies, il faudra choisir. Tant qu’il faudra choisir, il faudra des critères décisionnels. Ces critères décisionnels étaient appliqués avant la crise. Il est bien sûr plus facile de dire que la vie est plus importante que tout, d’oublier la qualité de vie, de faire s’équivaloir la vie d’un ainé et d’un enfant pour éviter de sembler vouloir sacrifier les bâtisseurs du Québec moderne. 

Le gouvernement doit assumer ses responsabilités

Je demande à la politique de se rappeler ces critères. Je demande à la CAQ d’assumer les grandes responsabilités qui viennent avec ses grands pouvoirs et, au lieu de couvrir le feu d’un débat nécessaire sur la juste place sociale des soins de santé, de le mener en utilisant les bons chiffres.

Je demande à François Legault de devenir la figure de proue de la santé publique nationale, de s’éduquer à propos de ses principes organisationnels et de continuer d’être un excellent éducateur populaire.

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