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Le départ de Trump ne réglera rien

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En 1986, le journaliste Neil Sheehan publiait L’innocence perdue : un Américain au Vietnam. L’auteur y explique mieux que quiconque l’éveil de la population américaine aux atrocités de la guerre, aux mensonges des administrations successives ainsi qu’aux tentatives de dissimulation.

Probablement par déformation professionnelle, c’est à ce titre que j’ai immédiatement pensé en assistant, hébété, à l’assaut des manifestants sur le Capitole dans la journée de mercredi.

Un incident prévisible

Malgré le caractère soudain de l’événement, on ne pouvait parler de surprise. Ce qu’on annonçait ou dénonçait depuis presque quatre ans prenait forme à une vitesse accélérée, les images rapidement relayées sur les réseaux sociaux. 

Il faut espérer que ces images qui circulent depuis hier aient l’effet d’un électrochoc et qu’elles secouent la classe politique. Indifférents ou opportunistes, trop de républicains ont ignoré les signes annonciateurs de la catastrophe ou, pire, ont nourri la bête.

Qu’on ne se trompe pas, Donald Trump et les réseaux sociaux n’ont été que des accélérateurs, suspendre le compte Twitter du président ou attendre son départ le 20 janvier ne réglera rien. On se contenterait alors d’éliminer les manifestations les plus spectaculaires d’un mal profond, se condamnant ainsi à attendre une répétition de ce spectacle navrant dont les ennemis des États-Unis sauront tirer profit.

Donald Trump a galvanisé ses partisans en évoquant les menaces extérieures de l’immigration mexicaine ou des immigrants en provenance de pays de confession musulmane, mais le mal qui ronge cette nation est intérieur. On ne verse pas dans le sensationnalisme en évoquant l’autodestruction. 

La société américaine est malade depuis longtemps et on préfère encore trop souvent ignorer un vrai diagnostic et des traitements adéquats. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas pire patient que celui qui refuse de reconnaître sa maladie ?

Un déni de la réalité

Si des problèmes comme le besoin de réformes politiques, le racisme, la violence, les inégalités ou l’accès à des soins de santé et à une éducation de qualité sont connus depuis longtemps, ce qui est nouveau et qui marque la fin de l’innocence, c’est qu’une partie importante de la population américaine vit dans une réalité alternative.

Pour plusieurs politiciens, le réveil est brutal. On ne parle soudainement plus d’un électorat à récupérer pour continuer à dominer le vote des Blancs des banlieues ou des zones rurales, mais bien de forcenés convaincus de l’existence d’un complot. QAnon et les suprémacistes ne sévissaient pas sur Facebook mercredi, ils avaient les pieds sur le bureau de Nancy Pelosi.

Encore ce matin, de très nombreux Américains considéraient que l’action des émeutiers était justifiée, alors que d’autres banalisaient cette attaque sérieuse contre l’institution et les valeurs qu’elle incarne. Quel espoir entretenir quand une large part de la population vit dans le déni ou dans un univers parallèle qui échappe à la raison et aux faits ?

Nous manquons de perspective, le nez collé sur la vitrine, mais continuer à ignorer des signaux qui me semblent évidents n’est pas sain et je suis inquiet.