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Qu’en sera-t-il de l’Amérique latine avec Jo Biden ?

Qu’en sera-t-il de l’Amérique latine avec Jo Biden ?
AFP

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Le 20 janvier, dans moins de deux semaines, à moins d’un coup d’État ou d’une guerre civile, Jo Biden prendra possession de la Maison Blanche et deviendra le 46e président des États-Unis d’Amérique. Changement d’habit pour un même corps. Un corps malade, soit, avec plus de 21 millions de cas de covid-19, quelque 360 000 décès dus à cette maladie et une économie en perte de vitesse. Tout sera dans la manière de présenter la nouvelle mouture d’un même plat archiconnu. Car avec le nouveau président, il ne faut pas s’illusionner, l’empire ne se fera pas hara-kiri et son appétit et sa voracité demeureront les mêmes, surtout avec l’arrivée de la Chine comme première puissance économique d’ici quelques années.

La doctrine Munroe ne sera pas tablettée, loin de là, et plus que jamais l’Amérique latine, pourvoyeuse de biens et de matières premières vitales, demeurera l’arrière-cour de l’empire, afin d’éviter un nouveau Cuba. Avec ses quarante millions de personnes plongées dans une pauvreté extrême, en raison de la pandémie, la situation risque d’être explosive. Mais ne jouons pas les prophètes de malheur inutilement et regardons de plus près les changements qui se produiront nécessairement ou fort probablement.

Le cas de Cuba, en premier lieu. Un conflit non pas vieux de 62 ans, mais qui dure depuis 1898 alors que les États-Unis ont voulu frustrer les indépendantistes cubains de leur victoire contre l’Espagne en débarquant dans l’île pour l’occuper. Pendant ses quatre années à la Maison-Blanche, le président Trump et sa garde rapprochée se sont acharnés avec une rare cruauté, contre l’île socialiste, déjà exsangue avec soixante ans de blocus économique et financier, sachant qu’une de ses principales sources de devises, le tourisme, était désormais inopérante. Une après l’autre, les mesures d’apaisement mises en place par l’ex-président Obama sont tombées. Rarement a-t-on vu une telle cruauté à l’égard d’un pays qui ne menace personne et dont le seul « danger » potentiel est son exemple de résistance et de résilience. Le moins qu’on puisse espérer, c’est le retour des ententes signées du temps d’Obama, alors que Joe Biden était son vice-président. Et vite, car le temps presse, Cuba luttant, jour après jour, contre le nouveau coronavirus au prix d’immenses sacrifices à cause du blocus qui le prive des outils nécessaires.

Le Venezuela, autre point chaud de l’hémisphère et cible No 2 de l’administration Trump, devra, lui aussi, bénéficier du climat d’apaisement qui gagnera la région. Joe Biden aura tout intérêt à reconnaître la nouvelle Assemblée nationale et à renouer ses relations diplomatiques avec cette puissance pétrolière, durement touchée, à l’instar de Cuba, par un blocus maritime qui l’empêche de vendre son pétrole et par une guerre larvée avec son voisin colombien. Si le gros bon sens prime, Biden tendra la main à Maduro, l’exemple bolivien étant assez éloquent, qui a signé l’échec d’un coup d’État mou ou d’une « révolution de couleurs ».

Le Brésil est un autre joueur important sur l’échiquier latino-américain. Joe Biden devra prendre ses distances du président Bolsonaro, qui était un peu trop copain-copain avec son prédécesseur. Dans l’état actuel des choses, alors qu’il est fort probable que l’ex-président Lula remporte les prochaines élections présidentielles, en 2022, Bolsonaro, dont les jours sont désormais comptés et qui a plongé son pays dans une véritable catastrophe écologique, devra s’accommoder entre-temps d’un chef d’État modéré, pour ne pas dire progressiste.

Si ta tendance se maintient, l’Équateur devrait basculer de nouveau à gauche. Lenin Moreno, véritable Caligula des temps modernes, ne peut se représenter et doit céder la place. Andrés Aurauz, dauphin de l’ex-président de gauche Rafael Correa, a de fortes chances de l’emporter, le 7 février prochain, selon les derniers sondages. Le Pérou, pays voisin, ira aux urnes le 11 avril, après avoir vu défiler trois présidents en 2020. Dans ce pays instable, qui a été secoué par des manifestations violentes, l’électorat est profondément divisé et aucun leader ne semble en mesure de se démarquer des autres candidats.

Enfin, en novembre, le Chili élira son nouveau président. On peut espérer un gouvernement de gauche pour ce pays andin, si on tient compte des manifestations monstres qui ont secoué le Chili en 2019 et la victoire des forces progressistes au référendum sur une nouvelle constitution qui doit remplacer celle de Pinochet.

Il ne faudrait pas oublier l’Amérique centrale, où le Guatemala fait figure de véritable poudrière. Ni le Mexique qui a offert l’asile politique à Julian Assange, un geste qui honore son président Lopez Obrador, même si l’Angleterre refuse pour l’instant de le libérer.