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Trump et les médias: une troublante histoire d’amour-haine

À force de mettre continuellement Donald Trump en scène pour des cotes d’écoute payantes, des médias américains, à divers niveaux, ont contribué eux aussi à sa montée.
Photo AFP À force de mettre continuellement Donald Trump en scène pour des cotes d’écoute payantes, des médias américains, à divers niveaux, ont contribué eux aussi à sa montée.

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Dès son saut en politique comme candidat à l’investiture du Parti républicain en 2015, le multimilliardaire Donald Trump a fasciné les médias américains. Tous les médias. CNN y compris.

On le donnait perdant, mais on en parlait en ondes sans arrêt. Puis, contre toute attente, il a remporté l’investiture et est devenu candidat à la présidentielle.

Encore là, les médias américains, de droite ou de centre, n’en avaient que pour lui. 

On le donnait à nouveau perdant, mais on en parlait encore en ondes sans arrêt.

Puis, contre toute attente, à la fin 2016, il a remporté la présidentielle américaine. 

Encore là, mais nettement plus s’il s’en fallait, les médias américains, de droite ou de centre, n’en avaient que pour lui. 

Pour tous sauf Fox News, niché très à droite, il avait beau les traiter d’«ennemis du peuple», réduire leur travail à des «fake news», insulter ou bloquer des journalistes à ses points de presse, la fascination n’a fait que s’accentuer.

Le Trump Show, si on peut l’appeler ainsi, partout, sur les chaînes américaines d’information en continu, c’était quasiment du 24/7. Même chez CNN. 

On pouvait les syntoniser à n’importe quelle heure de n’importe quel jour, les analystes parlaient de Trump. Les images de Trump tournaient en boucle. Trump par ici et Trump par là.

L’impression était que, pour ces médias, la terre avait carrément cessé de tourner. Comme s’il ne se passait plus rien aux États-Unis – ou dans le reste du monde. Que du Trump servi à toutes les sauces. 

Du jamais-vu. 

Imaginez une seule seconde, si, au Canada, dès que vous regardiez LCN, RDI, CBC ou CTV, quelle que soit l’heure, on vous parlait continuellement de Justin Trudeau. Ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, etc. 

C’est inimaginable. Heureusement!

Or, aux États-Unis, du Trump, on nous en servait à temps plein, à temps supplémentaire et à temps double. En l’aimant ou en le détestant, il était toujours à l’écran.

L’impression qui s’en dégageait était celle d’un véritable culte médiatique de la personnalité. Qu’il soit à la négative ou à la positive.

Maintenant, pourquoi?

Essentiellement parce que Trump, dès son arrivée en politique, s’est avéré être un véritable aimant à cotes d’écoute. Donc, payant.

L’auditoire américain, lui aussi, polarisé en pro et anti-Trump, s’en abreuvait en bonne partie parce que ses grandes chaînes d’information en continu ne lui servaient que ça.

Bref, c’était l’œuf ou la poule. L’auditoire regardait-il du Trump 24/7 parce qu’il le désirait, ou parce que c’était tout ce qu’il trouvait en ondes sur les chaînes d’information continue?

En cela, ces mêmes chaînes américaines auraient un sérieux examen de conscience à faire pour l’avenir.

À force de mettre continuellement Trump en scène pour des cotes d’écoute payantes, ces mêmes médias, à divers niveaux, ont contribué eux aussi à sa montée.

Maintenant que Donald Trump devra quitter bientôt la Maison-Blanche, la prochaine fois qu’un potentat narcissique se pointera sur la scène politique américaine, seront-ils capables d’en tirer la leçon? 

Ou, au contraire, seront-ils à nouveau tentés de céder aux sirènes envoûtantes des cotes d’écoute?