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Le maquillage comme métaphore de la vie

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Photo courtoisie Daphné B

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Qui aurait cru que le maquillage aurait pu être le point de départ d’analyses et de discussions aux accents sérieux, politiques et radicaux ? « J’utilise le maquillage comme une lunette pour regarder le monde », explique la poète et écrivaine Daphné B. Essai lyrique et personnel, Maquillée prouve que derrière ce qui peut sembler être le plus futile des sujets se trouve souvent matière à de grandes réflexions.

Ce n’est pas d’hier que Daphné B porte un regard sur sa propre consommation. Ce regard critique et d’analyse — qui date d’aussi longtemps qu’elle se maquille — lui a entre autres valu de voir, adolescente, son premier article publié dans les pages du Devoir

« Cela parlait de la surconsommation et de ce premier réflexe, lorsque ma sœur avait eu une peine d’amour, qui avait été de l’amener à la pharmacie acheter du maquillage », se souvient-elle. 

Poète, écrivaine et traductrice, la jeune femme de 30 ans écrit depuis un bon moment. « À 10 ans, je voulais être écrivaine, dit celle qui a aussi une sœur jumelle. J’en parle un peu dans mon livre, j’ai grandi dans une famille dysfonctionnelle. Mais à travers cela, j’avais quand même la lecture et l’écriture. Je suis la personne que je suis aujourd’hui parce que j’ai pu écrire. »

Elle est tombée amoureuse de la littérature au contact de Vély, inoubliable professeur de 3e année d’origine haïtienne. « Il m’a fait réaliser que c’était une chance d’avoir accès aux livres qu’il fallait les traiter comme des objets précieux. »  

C’est à travers la poésie que la jeune femme née à Montréal a choisi de s’exprimer. Un style qu’elle a découvert en lisant les paroles des chansons de Jean Leloup et Daniel Bélanger, puis des œuvres de poètes d’ici et d’ailleurs, francophones comme anglophones. 

Entre un baccalauréat en littératures françaises, deux maîtrises (création littéraire et traduction), un blogue féministe baptisé Les Nounes en Dentelle et de nombreux vidéos poèmes, l’autrice a publié Bluetiful (2015) et Delete (2017).

Se maquiller — et écrire — pour ne pas s’oublier

Il y a d’abord eu le blogue Choses sérieuses et à travers celui-ci, la réalisation que diverses choses associées à la femme s’avèrent des sujets intéressants et sérieux méritant de l’attention. 

« À travers l’analyse de ces choses, on peut en découvrir beaucoup sur notre société. C’est ce que j’ai fait dans Maquillée. À partir du maquillage, je vais parler de sexisme, de racisme, de capitalisme... Je médite sur ce sujet à partir de mon expérience personnelle, mon vécu et mon rapport à cet objet. » 

Le but de l’exercice ? Tenter de déconstruire, dans une tantôt douce tantôt violente poésie, le dédain des gens pour le maquillage et les influenceurs. 

« J’expose les contradictions du maquillage qui peut être salvateur et nous aider à passer au travers la journée en nous faisant sentir bien, mais qui peut aussi avoir des effets nocifs et mortifères sur le monde. Je n’essaie pas nécessairement de les régler, car je pense que la contradiction est une partie presque fondamentale de notre expérience de vie en ce moment, au 21e siècle. » 

Le maquillage devient alors prétexte à des réflexions existentielles portant sur l’identité, l’espoir à travers le changement, la sexualisation de la femme ou encore l’écologie. Sur l’écriture qui lui est toujours salutaire aussi, elle qui partage sans complexe des moments émouvants et souvent éprouvants de sa propre vie.  

« Le maquillage est une écriture de soi. À partir du moment où tu t’écris, tu te mets au monde. Il y a un acte de prise de pouvoir qui te définit, car tu crées une voix qui t’appartient, un je que tu manipules. En tant que femme, il y a tellement de gens qui essaient de mettre un narratif sur toi. Pour moi, l’écriture est comme une façon de reprendre possession de mon corps. »

Maquillée<br/>
Daphné B<br/>
Éditions Marchand de feuilles<br/>
224 pages
Photo courtoisie
Maquillée
Daphné B
Éditions Marchand de feuilles
224 pages