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Les gérants d’estrade devraient se calmer

Conférence de presse Covid-19
Photo courtoisie, Émilie Nadeau François Legault

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Comment ne pas être derrière François Legault en ces temps troublés ? La pandémie commande aux citoyens d’oublier leurs états d’âme personnels, leurs divergences politiques et leur impulsivité à critiquer systématiquement toutes les décisions émises par ceux qui, aussi imparfaits qu’ils soient, incarnent l’autorité de l’État.

Rien n’est normal depuis que l’apparition de ce virus mortel nous a obligés à rompre avec nos vies d’avant, du temps où nous étions heureux sans le savoir.

Pire, on a l’impression de s’enfoncer davantage en frôlant le découragement pour plusieurs. Surtout chez nombre de Québécois qui n’ont plus de temps à perdre, car ils se retrouvent dans le décompte de leur âge. Pour leur part, les adolescents ont le sentiment réel de se faire voler leur jeunesse, cette période entre l’enfance et l’âge adulte où tout semble possible. « Cet âge entre deux âges où le cœur se retourne vers je ne sais quelle Asie », comme nous le répétaient nos enseignantes au siècle dernier.

Paroles rassurantes

Depuis le début, François Legault a réussi à rassurer la population. Il a choisi non pas d’imposer ses directives, mais d’inciter les Québécois à respecter celles-ci. Devant les débor-dements, il a persisté en refusant la voie autoritaire que réclamaient plusieurs.

Il a admis publiquement certaines erreurs dans sa gestion de la crise. Et surtout, il s’est personnellement excusé pour la catastrophe dans les CHSLD, héritage des politiques irresponsables, voire criminelles des politiciens de tous les partis qui ont dirigé le Québec depuis des décennies. 

La situation actuelle est très inquiétante. François Legault n’a pas hésité mercredi à tancer le premier ministre Trudeau au sujet de sa responsabilité quant au retard actuel dans la distribution des vaccins, seul espoir réel de mettre fin à la COVID-19.

Tous les responsables québécois sont préoccupés par le nombre de citoyens qui sont devenus des admirateurs de Trump ou des militants complotistes antimasques et antivaccins qui nient l’existence même du virus et qui représenteraient plus de 20 % de la population.

Ces déstabilisateurs sociaux, qui ont encore manifesté devant l’Assemblée nationale durant les Fêtes et qui ont dû applaudir mercredi à la tentative d’insurrection au Capitole à Washington, sont friands des critiques de tous genres contre le gouvernement Legault.

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Têtes brûlées

C’est pourquoi, dans cette phase aiguë de la pandémie avec couvre-feu en prime, les gérants d’estrade devraient restreindre leurs coups de gueule à l’endroit du gouvernement caquiste. Qu’ils sachent qu’ils deviennent en quelque sorte des alliés objectifs des têtes brûlées qui ont vibré devant les images du Capitole.

François Legault a besoin de l’appui fervent de la majorité des Québécois pour contrecarrer ces « libertaires » se croyant investis d’une mission simple : défier le couvre-feu qui débute aujourd’hui en répandant encore leurs théories apocalyptiques nourries de leurs angoisses et de la haine des autres.

Parmi ces gens-là, on retrouve des croisés maudits qui n’ont que le mot liberté à la bouche. Or, la liberté a des exigences. Le chemin qui y mène est fait du respect des autres et des contraintes à défaut desquelles une société est ingouvernable.

François Legault, avec la gravité qui l’habite, nous aide en quelque sorte à espérer. Beaucoup de peuples n’ont pas eu cette chance. Nos voisins américains au premier chef.