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D’Iberville, le héros de roman idéal

D’Iberville contre vents et marées
Photo courtoisie D’Iberville contre vents et marées
Magali Favre
Boréal
312 pages
2020

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Comme son héros, ce roman est plein d’allant ! Iberville met les voiles et nous entraîne dans un monde d’aventures comme il n’en existe plus.

L’auteure Magali Favre le dit, et nul historien ne la contredira : Pierre Le Moyne d’Iberville, grand défenseur de la Nouvelle-France, est un héros de roman idéal. 

On s’étonne même que cet Iberville n’ait pas davantage inspiré les écrivains, car il y a chez lui de la matière pour nourrir bien des bouquins – à l’image de la série télévisée qui lui avait été consacrée à la fin des années 60. Albert Millaire, qui l’incarnait, a d’ailleurs laissé une image impérissable aux téléspectateurs de l’époque.

Mais depuis, d’Iberville est tombé dans l’oubli, si on excepte le roman Corsaire d’hiver de Jean-Marc Beausoleil, paru en 2019. 

Magali Favre a voulu secouer cette indifférence. Pour ce faire, elle a choisi de nous faire traverser toute la vie de d’Iberville, de sa petite enfance jusqu’à son décès à La Havane à la veille de ses 45 ans. 

Techniquement, ce roman est destiné aux adolescents, mais il est si bien documenté – l’auteure a tout lu sur son sujet – qu’il fera la joie du grand public. 

Les amateurs de psychologie passeront toutefois leur tour : on est ici dans l’action, et c’est déjà énorme, tant il n’en manque pas. 

D’Iberville est l’aîné des Lemoyne, et avec sa grande fratrie, tous nés en Nouvelle-France, il s’est donné pour mission de combattre les Anglais qui veulent conquérir ce nouveau pays.

De plus, le cœur de l’Amérique du Nord est un territoire que se disputent les puissances occidentales du temps. À nouveau, d’Iberville mène les troupes et donne la charge au nom du roi de France.

C’est un monde de batailles, donc cruel, mais aussi d’alliances avec les peuples autochtones – car d’Iberville entend occuper le territoire en bonne intelligence avec eux. Après tout, l’ennemi commun, c’est l’Anglais aux noirs desseins. Fi des nuances, et à la guerre comme à la guerre !

Les traces d’un géant

Favre n’a d’ailleurs pas cherché à réécrire l’histoire pour la rendre conforme à nos analyses du 21e siècle. Ainsi, elle emploie le mot Sauvages pour parler des autochtones parce que telle était alors l’expression usitée, et les femmes passent comme des ombres.

Et puis, ce n’est pas un portrait de société qu’il s’agit de dessiner, mais bien d’arpenter un territoire immense et implacable, que l’auteure nous fait admirablement sentir.

On gèlera donc avec les troupes d’Iberville à la baie James, ce qui ne les empêche pas d’y batailler hardiment, tout comme on combattra en raquettes dans le coin d’Albany.

À l’inverse, la mission que Louis XIV confie à d’Iberville en 1698 de trouver l’embouchure du Mississippi le mènera dans d’accablantes terres tropicales. Mais d’Iberville, qui n’a jamais perdu une bataille contre les Anglais et qui est aussi robuste que rusé, saura s’adapter. 

C’est d’ailleurs la partie la plus prenante du récit. Cette Amérique quasi française fut bel et bien défendue par un géant.