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Le dernier épisode du «Trump show»

Le dernier épisode du «Trump show»
Photo AFP

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Rien chez Donald Trump ne justifie un rapprochement avec les grandes tragédies classiques ou les drames shakespeariens. Sa famille – à lire le livre de sa nièce –, tout comme sa carrière de promoteur immobilier, puis d’animateur improvisé de « reality-show », l’ancrent solidement dans la « pop culture » la moins sophistiquée.

Une toute simple bande dessinée m’a longtemps fait réfléchir. Je ne me souviens malheureusement pas du dessinateur, mais on y voyait un personnage assis sur un semblant de trône portant maladroitement une couronne, le visage affolé. Face à lui, un autre personnage, se débarrassant d’un bonnet de fou du roi, lui révélait : « Il n’y a pas de royaume. Tu n’es pas le roi Dagobert [ou quelque chose du genre] et Robert, il est temps de rentrer à la maison. »

Sa présidence, nous le savions tous sauf lui apparemment, tirait à sa fin. Sa gestion de la pandémie a été apocalyptique, comme le montre le nombre persistant d’infections et de décès ; son incompétence politique l’a empêché de recruter de nouveaux partisans qui auraient pu lui assurer un second mandat ; au bout du compte, il a perdu l’élection présidentielle et ç’aurait dû suffire.

Il lui fallait un coup de grâce et il est venu de son propre camp, de ses plus fervents disciples : l’assaut contre le Capitole l’a inscrit à jamais parmi les présidents ayant perdu toute légitimité constitutionnelle. Et tard vendredi soir, les responsables de Twitter sont allés cracher sur sa tombe.

La torture par tweets

Sans Twitter, le « roi est nu », pour citer le fameux conte d’Andersen. Donald Trump a usé et abusé de cette tribune pour insulter, menacer et intimider amis et adversaires. Il parvenait en 140 caractères à effrayer les esprits les plus crédibles et les politiciens les plus compétents.

Difficile d’imaginer média social plus adéquat que Twitter pour le président déchu : désintéressé de la gestion de l’État, mal informé, paresseux intellectuellement, il passait de longues heures – plusieurs témoins l’ont confirmé au fil des ans – à s’épancher en courts commentaires, tout en s’imprégnant des divagations réactionnaires de FOX News.

Sans cette tribune, il perd l’ultime moyen de garder dans le rang les élus républicains, rendus dociles par le chantage et l’intimidation.

Complices par voyeurisme

Sa présidence aura été le Truman Show inversé. Trump se croyait au cœur d’une émission de téléréalité, gérant les participants à sa guise. Il s’est entouré de gens qui l’ont, consciemment ou non, conforté dans l’illusion de son autorité et de crédibilité. Ceux pris à le remettre en question ont vite été limogés.

La réalité a fini par le rattraper, non sans être passé auparavant par l’humiliation de voir le siège de la démocratie américaine, le Capitole, être attaqué par une bande d’illuminés. L’aboutissement de cette longue bouffonnerie nous aidera à nous réconcilier avec le fait que l’ennui tombera sur la politique américaine à compter du 21 janvier. Ce n’est finalement pas plus mal. 

D’anciens ministres limogés  

Ce qu’ils ont dit de Donald Trump au fil des ans 

Rex Tillerson 

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  • Ex-PDG d’ExxonMobil 
  • Ex-secrétaire d’État (2017-2018) 
  • Il a été limogé via Twitter.  

Après que Trump eut demandé une multiplication par dix de l’arsenal nucléaire américain, Tillerson l’aurait traité de « fucking moron ». 

John Bolton 

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  • Ex-ambassadeur à l’ONU 
  • Ex-conseiller à la Sécurité nationale (2018-2019)  

Dans son livre The Room Where It Happened, il décrit le président comme ignorant les réalités géopolitiques de base et prenant des décisions motivées par sa réélection.

Trump, en contrepartie, l’a dénoncé comme « incompétent » et dépeint comme un « vieux fou ennuyeux »

John Kelly 

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  • Général des Marines à la retraite 
  • Ex-secrétaire à la Sécurité intérieure 
  • Ex-chef de cabinet (2017-2019)  

Il a été limogé, lui aussi via Twitter, quelque temps après avoir, selon le journaliste Bob Woodward, qualifié son patron d’« idiot »

H.R. McMaster 

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  • Lieutenant-général de l’armée à la retraite 
  • Ex-conseiller à la Sécurité nationale (2017-2018)  

Qualifié par le magazine Time de « guerrier-penseur par excellence du 21e siècle », McMaster n’a occupé son poste que pendant treize mois, le président le jugeant trop sec et condescendant. 

James Mattis 

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  • Général des Marines à la retraite 
  • Ex-secrétaire à la Défense (2017-2019)  

Six mois après son renvoi, James Mattis, un des officiers les plus respectés de l’armée américaine, écrivait : « Donald Trump est le premier président de ma vie à ne pas essayer d’unir les Américains. Il essaie de nous diviser. Nous vivons les conséquences de trois années sans leadership mature. »