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Le premier soir

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C’était plein de monde à l’épicerie, hier après-midi. Sans retrouver la même ambiance de fin du monde qu’en mars, lorsque tout le monde se garrochait sur le papier de toilette, on sentait que les gens s’étaient donné rendez-vous pour éviter d’avoir à ressortir.

Rendez-vous il y a eu encore, lorsque le couvre-feu est entré en vigueur à 20 h. Plusieurs voisins avaient pris prétexte d’allumer une cigarette pour sortir sur leur perron et voir de quoi la rue aurait l’air à cette heure.

  • Écoutez la chronique de Claude Villeneuve au micro de Richard Martineau sur QUB radio:

Souveraineté nocturne

Comme pour revendiquer le privilège, plein de gens sont sortis dans la rue avec leur chien, précisément à cette heure. 

« Tu veux-tu me le louer ? » crie un senteux depuis son balcon. 

« Wouaf ! Wouaf ! », répond le chien. 

« Ho ! Je pense qu’il est pas d’accord ! » 

Les toutous aussi tiennent à leur bulle familiale.

Sur la chaussée se déroule un ballet de voitures de livraison. Le casse-croûte du coin, Doordash et Uber Eats revendiquent leur souveraineté nocturne sur les rues.

Quelques retardataires passent en trombe, mais quelques marcheurs vaquent encore, désobéissants, indifférents ou distraits.

Le fond de l’air est cru

Dans mon quartier, un rodeur inquiète, ces temps-ci. Depuis la fin de l’été, on en est à dix incendies criminels, généralement allumés dans des conteneurs à ordures ou des cabanons. Tout le monde se demande si le couvre-feu amènera le mystérieux pyromane à se calmer ou s’il sera plus facile de l’attraper.

C’est donc à surveiller par notre châssis ou depuis notre balcon que nous vivrons ce durcissement du confinement. Sans malveillance, à se demander quelle est l’histoire de ce marcheur qui se presse ; à considérer l’adoption d’un chien pour l’amener faire ses besoins ; à écouter le silence assourdissant de la ville ; à se demander combien de temps ça va durer.

Il ne faisait pas si froid, pour ce premier soir de couvre-feu. Il y avait néanmoins quelque chose qui rendait le fond de l’air un peu plus cru.