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Traqueuse de virus

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Photo courtoisie Pandémie : Traquer les épidémies, du choléra aux coronavirus
Sonia Shah
Éditions Écosociété

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Cet ouvrage, écrit en 2016, donc avant l’éclosion du nouveau coronavirus, fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle édition avec une préface qui l’actualise en tenant compte de la pandémie du COVID-19.

Au début, explique l’auteure, on n’y a pas cru. Même l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) refusait d’utiliser le mot pandémie, lui préférant l’expression « flambée épidémique sans précédent », pour parler du virus qui s’échappait de la ville de Wuhan, en Chine, en décembre 2019, gagnant rapidement d’autres contrées comme la Grèce et la Nouvelle-Zélande. Bientôt, des images funèbres occuperaient tout l’espace de nos écrans. On n’avait jamais rien vu de tel. L’idée d’un complot a fait au même moment son apparition. Cette malédiction ne pouvait surgir que d’un laboratoire clandestin. Bill Gates n’avait-il pas prédit l’avènement d’une épidémie en 2015 ?

Pourtant, d’autres pandémies auparavant avaient causé des ravages tout aussi importants, sinon plus, mais, nous dit l’auteure, c’est comme si nous n’avions rien retenu de ces expériences funestes. Notre train de vie est demeuré le même.

Sonia Shah, l’auteure de cet ouvrage, est, pourrait-on dire, une traqueuse de pandémie. En 2010, en Haïti, elle a vécu de l’intérieur l’épidémie de choléra, « l’un des rares agents pathogènes – avec la peste bubonique, la grippe, la variole et le VIH – qui, dans les temps modernes, ont été capables de provoquer des pandémies, c’est-à-dire des contagions qui se propagent largement parmi les populations humaines [...] avec une capacité toujours intacte à tuer et à déranger ». Mais elle a aussi visité, pour ses recherches, les « marchés humides » d’animaux vivants du sud de la Chine, les centres chirurgicaux de New Delhi, les arrière-cours des banlieues de la côte est étatsunienne et d’autres milieux hostiles à la présence humaine, « en proie à une fertilité diabolique ».

Au XIXe siècle, nous apprend-elle, le choléra a tué des centaines de millions de personnes partout sur la planète, frappant aussi bien les pauvres que les plus riches. Son meilleur remède, c’est l’accès à de l’eau propre. Pour vaincre cette maladie, il a donc fallu réorganiser les villes en les alimentant d’eau potable et en gérant de meilleure façon les déchets et les eaux usées. C’est le côté positif de cette maladie : elle a forcé la société à mieux prendre en charge l’hygiène publique.

On a longtemps cru qu’avec ces développements scientifiques et le modernisme, c’en était fini des pandémies, qu’elles faisaient désormais partie de l’histoire ancienne. Or, de nouveaux agents pathogènes se préparaient à entrer en action, grâce à l’industrialisation accélérée qui causait plus de pollution et entraînait des changements climatiques. On voyageait davantage et jusqu’aux confins les plus éloignés de la Terre, transportant dans nos valises et sur nous des visiteurs insoupçonnés : bactéries, virus, protozoaires, champignons et algues microscopiques.

C’est ainsi qu’est apparu, au début des années 1980, le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Puis d’autres ont suivi : le virus du Nil occidental, le SRAS, l’Ebola, et de nouveaux types de grippes aviaires capables d’infecter les humains. « De vieux microbes nouvellement ragaillardis apprirent à contourner les médicaments que nous utilisions pour les contenir et réveillèrent des maladies qu’on pensait révolues : la tuberculose pharmacorésistante, le paludisme résurgent et le choléra lui-même. » 

En 2016, on prévoyait déjà l’imminence d’une pandémie. « De nombreux experts pensent qu’une pandémie similaire au choléra se profile. Dans une enquête menée par l’épidémiologiste Larry Brilliant, 90 % de ses collègues ont déclaré qu’une pandémie qui rendra malades 1 milliard de personnes, en tuera jusqu’à 165 millions et déclencherait une récession mondiale qui pourrait coûter jusqu’à 3000 milliards de dollars se produirait dans les deux prochaines générations. »

Cet ouvrage se lit comme une longue enquête dans des lieux insolites, comme cette visite hallucinante dans un marché illégal d’animaux vivants à Guangzhou, en Chine : « Une tortue de 15 kilos dans un bac en plastique blanc trempait tristement dans une flaque d’eau grise à côté de cages de canards sauvages, de furets, de serpents et de chats sauvages. Rangée après rangée d’animaux qui s’étaient rarement, voire jamais, rencontrés dans la nature étaient ici, respirant, urinant, déféquant et mangeant les uns à côté des autres. » C’est dans ce milieu glauque qu’était né le SRAS, quelques années auparavant.

Je recommande fortement cet ouvrage captivant à tous les sceptiques et complotistes. 

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