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On lui refuse une dernière douche avant sa mort

Il était pourtant possible de faire une telle requête humanitaire malgré la COVID-19

Denis Thibault
Photo courtoisie Le patient décédé Denis Thibault.

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Les proches d’un homme en fin de vie déplorent qu’il n’ait même pas eu droit à une douche pendant les semaines qu’il a passées aux soins palliatifs avant de mourir.

« Il l’a demandé à plusieurs reprises et ça a toujours été “non”. Pour lui, c’était un besoin fondamental et un soin de confort, rendu là », se désole Natacha Chouinard, son ex-conjointe et proche aidante. 

Admis à l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Sainte-Croix, à Drummondville, au début du mois de décembre, Denis Thibault y est mort le 4 janvier des suites d’un cancer généralisé. 

Une de ses dernières volontés aurait été de prendre une douche, lui qui devait porter une culotte d’incontinence et se laver à la débarbouillette depuis son admission.

  • Écoutez la réaction de Paul Brunet, président-directeur général du Conseil pour la protection des malades, à QUB radio

« Pour être bien, ça prend un minimum [d’hygiène] », juge son fils, Steve Thibault. 

Sauf qu’une infirmière questionnée par Mme Chouinard lui aurait dit qu’une douche était simplement hors de question en raison de la COVID. 

« En tant que préposée aux bénéficiaires depuis 15 ans, ça m’a fait mal au cœur d’entendre ça », se rappelle-t-elle. 

Son offre de donner elle-même une douche à l’homme de 71 ans a aussi été refusée. 

Il était possible de prendre une douche dans des cas humanitaires à l’hôpital Sainte-Croix, à Drummundville, malgré l’équipement supplémentaire relié à la COVID entreposé dans certaines salles de bain.
Photo courtoisie
Il était possible de prendre une douche dans des cas humanitaires à l’hôpital Sainte-Croix, à Drummundville, malgré l’équipement supplémentaire relié à la COVID entreposé dans certaines salles de bain.

Alerte COVID

Le 7e étage de l’établissement où était hospitalisé M. Thibault était sous le coup d’un protocole spécial depuis le 9 décembre en raison de la présence de cas potentiels de coronavirus 

Une incompréhension des mesures en place ou un excès de zèle pourrait expliquer le refus essuyé par le septuagénaire, puisque les douches y étaient toujours permises dans des cas humanitaires. 

« Les éclosions entraînent une charge [de travail] supplémentaire. Avec le manque de personnel, cette demande de prendre une douche a pu ne pas se concrétiser », admet Guillaume Cliche, agent d’information du CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec. 

Quant aux proches, ils doivent absolument être accompagnés d’un employé pour prodiguer des soins, peu importe leur titre d’emploi, souligne-t-il.  

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:  

Inadmissible

À la tête du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet voit dans cette histoire un autre exemple de décision « rapide, irréfléchie et inhumaine » causée par la panique entourant la pandémie. 

« On a pris certaines décisions parce qu’on a manqué de temps et de ressources. Ça peut les expliquer, mais ça ne les excuse pas », soutient le porte-parole. 

Malgré son cancer et l’impossibilité de prendre une douche, Denis Thibault gardait sa bonne humeur. 

« Même avec la maladie, mon père ramenait tout au côté positif. Il appelait ça “ses petits bobos” », se souvient son fils Steve, resté à son chevet jusqu’à la fin.