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COVID-19: Les plus fragiles paient toujours le prix fort

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La COVID-19 s’acharne particulièrement sur les personnes très âgées ou en mauvaise santé. De la même façon, les mesures gouvernementales pour répondre à la pandémie n’affectent pas tout le monde de la même façon. C’est pourtant une réalité bien connue en santé publique. Les choix politiques et la répression qui y est associée ne sont pas neutres : les plus fragiles paient toujours le prix fort.

Il y a d’abord une ligne de démarcation évidente entre ceux qui ont accès au télétravail et les autres. Les risques de contracter le virus sont bien différents que l’on soit dans le confort de son domicile ou encore en constante interaction avec les autres.

Marc André Bodet
Photo Stevens LeBlanc
Marc André Bodet

Il s’avère en plus que les privilégiés devant leurs écrans ont généralement des emplois plus sûrs, de meilleurs salaires et la possibilité de s’occuper au besoin de leur progéniture. Les travailleurs précaires ne peuvent pas se réfugier chez eux au gré des confinements et des isolements.

Les moyens financiers

Il y a ensuite une différentiation de nature économique qui fait que les foyers plus à l’aise financièrement ont pu se permettre dès le début l’accès à des moyens technologiques pour tous les membres de leur famille. Cela a permis aux enfants de profiter d’un ordinateur personnel pour continuer à apprendre, surtout si leur école privée avait mis en place des activités que le système public n’offrait pas. Encore une fois, les moins nantis qui dépendent le plus du système scolaire public pour réduire l’écart souffrent davantage.

L’espace disponible est aussi un marqueur important. On peut bien demander aux gens de s’isoler au sous-sol en cas de symptômes et à leurs enfants de jouer dans la cour, encore faut-il qu’il y ait un sous-sol et une cour pour le faire.

Pour bien des Québécois et des Québécoises, la promiscuité imposée par un logement trop petit augmente le risque de contagion. Et jouer dehors est hors de portée lorsqu’un balcon est le seul luxe accessible. Les plus jeunes ont alors des comportements à risque pour s’évader d’un environnement exigu, sinon violent.

Viennent finalement s’ajouter des décisions gouvernementales qui se vivent très différemment selon les familles. La déscolarisation (tout comme l’école en ligne) affecte bien davantage les enfants les plus démunis, ceux en francisation ou encore ayant des besoins particuliers. En plus, leurs parents devront les faire garder par des personnes de leur entourage et espérer s’en sortir sans un test positif à la clé.

Mesures gouvernementales

On gouverne souvent avec son électorat en tête. Il s’avère que dans le cas du parti au pouvoir à Québec, cet électorat est issu d’une classe moyenne résidant en banlieue. Ces électeurs ont de bonnes chances de pouvoir s’occuper de leurs enfants dans une maison confortable, tout en conservant leur emploi. Cette image mentale d’un Québec qui ressemble à Repentigny ou à Cap-Rouge ne représente pas du tout le reste du territoire.

Pourquoi est-ce nécessaire de rappeler tout cela ? Car en plus de cet électoralisme de petite semaine, l’idéologie aveugle les décideurs. Dans ce cas-ci, on préfère la répression à l’atténuation des causes. Comme si imposer l’abstinence avait fonctionné pour stopper la propagation des infections transmises sexuellement ou la multiplication des grossesses non désirées. Comme si la criminalisation de l’itinérance ou des drogues avait mené à une amélioration de l’ordre public. Comme si donner des amendes salées à ceux qui souffrent déjà allait mener à des comportements vertueux.

Il faut aller au-delà des idiots utiles qui font les manchettes et comprendre pourquoi le confinement généralisé et autre couvre-feu ne sont pas des solutions rationnelles.

Marc André Bodet, Professeur agrégé en science politique, Université Laval

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