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Détresse étudiante: calmons-nous le pompon

Plagiat - Fin de session
Photo d’archives, Chantal Poirier Mon sentiment est que la crise est venue accentuer la fragilité des étudiants déjà fragiles pour toutes sortes de raisons.

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L’enseignement universitaire et collégial se fait entièrement en ligne.

Dans la seule édition d’hier de notre journal, on avait droit à une avalanche de témoignages négatifs de la part d’étudiants qui n’ont pas été dans une « vraie » classe depuis des mois. 

« À la limite du tolérable », « J’ai beaucoup de la misère » (sic), « j’ouvre mes livres et j’ai envie de vomir », « le mal prend toute la place », etc.

Je ne balaie pas ces sentiments du revers de la main.

Mais comme on n’entend que ceux qui ont des difficultés, cela crée la fausse impression que la détresse est généralisée chez nos jeunes cégépiens et universitaires.

Ce n’est pas le cas.

Nuances

J’écoute, j’observe, je questionne mes étudiants, ceux de mes collègues, mes propres enfants.

Et je dis : du calme, ce n’est pas l’apocalypse.

Nous sommes tellement à la recherche de nouvelles croustillantes qu’on ne voit plus la grande majorité d’étudiants qui n’a pas grand-chose à dire parce que ça se passe globalement bien pour elle. 

Certes, je ne m’appuie pas sur une vaste étude scientifique pour dire cela.

Mais ce n’est pas non plus le cas de ceux qui disent qu’on vit une hécatombe psychologique.

Plusieurs demandent aux cégeps et aux universités d’en faire encore plus.

Quoi de plus ?

Pas besoin de gratter longtemps pour réaliser que, dans l’esprit des demandeurs, que les établissements en fassent plus est un langage codé qui revient à demander qu’ils exigent moins.

Moins de travaux, moins d’examens, moins d’exigences pour passer au seuil suivant, etc.

Je prédis que beaucoup vont demander que les allègements faits pour cause de pandémie... deviennent permanents.

Qu’on ne vienne pas me dire que l’enseignement en ligne est moins efficace et motivant que l’enseignement en classe, sauf pour les étudiants matures et autonomes.

Je le sais.

Qu’on ne vienne pas me dire que la situation actuelle n’est pas idéale.

Je le sais.

Qu’on ne vienne pas me dire qu’une minorité de profs a commis l’erreur d’en demander plus sous prétexte que les étudiants avaient plus de temps.

Je le sais. 

Je dis seulement que la réalité n’est pas aussi catastrophique que le portrait médiatique.

Où sont les récits de la majorité qui s’est globalement bien ajustée ?

Ce n’est pas facile ? Euh, c’est parce que ce n’est pas supposé être facile, des études supérieures. 

Il s’en trouve même pour dire qu’elles étaient déjà trop faciles – du moins dans certains programmes peu exigeants – avant le passage à l’enseignement virtuel. 

Épreuve

Mon sentiment est que la crise est venue accentuer la fragilité des étudiants déjà fragiles pour toutes sortes de raisons. 

Oui, il faut s’en préoccuper. Mais n’en concluons pas que la détresse est généralisée.

Il est vrai que, pour beaucoup, c’est leur première épreuve dans la vie, la première fois que leur environnement n’est pas ajusté en fonction de leurs sentiments.

Mais des épreuves, la vie leur en réserve d’autres.  

« Génération sacrifiée » ?! Qu’on se calme le pompon.