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Le CRTC est forcé de jouer les imposteurs

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Les audiences pour le renouvellement des licences de Radio-Canada se sont ouvertes, hier. En virtuel. Elles dureront deux semaines.

Ces audiences furent reportées deux fois. D’abord, a-t-on dit, parce que Catherine Tait venait d’être nommée PDG, puis parce que le CRTC était en consultation publique, puis parce que les experts de Janet Yale, chargés de réviser nos lois de la radiodiffusion et des télécommunications, étaient en pleine cogitation, enfin parce que le coronavirus est venu bouleverser le processus.

Les audiences auraient dû être reportées de nouveau. Cette fois, pour permettre au gouvernement fédéral de prendre enfin position sur les recommandations du comité de Janet Yale concernant Radio-Canada. Avec son projet de loi C-10, Ottawa a fini par se faire une tête sur la question bien plus compliquée des géants du net, mais sur Radio-Canada, sur qui il a pleine autorité, il n’a rien fait.  

Le gouvernement de Justin Trudeau ne peut pas invoquer sa situation minoritaire pour garder les bras croisés. Toute mesure qui préciserait le mandat du diffuseur public, qui garantirait son financement ou qui favoriserait Radio-Canada, même indûment, serait appuyée par le Bloc québécois et le NPD. Même celle plus controversée du retrait graduel de la publicité, qui exigerait pourtant des crédits supplémentaires.

UN RAPPORT TRÈS CLAIR

Radio-Canada ne peut ignorer à quel point l’absence de publicité a rendu ses chaînes de radio incomparables. Sa direction a pourtant une peur bleue de voir disparaître la publicité à la télévision. Le rapport Yale ne peut être plus clair. Il recommande que le gouvernement prenne des engagements financiers d’au moins cinq ans et que Radio-Canada élimine graduellement la publicité de tous ses supports de diffusion au cours des cinq prochaines années, en commençant par les contenus de nouvelles.

Le rapport recommande aussi que la loi soit modifiée pour que le rôle du CRTC soit de surveiller toutes les activités de CBC/Radio-Canada liées au contenu, plutôt que d’accorder des licences à ses services individuels. Qu’en outre, le CRTC présente chaque année au ministre du Patrimoine canadien un rapport sur la façon dont le diffuseur public s’acquitte de son mandat.

UNE PÉNIBLE MASCARADE 

Que fera le CRTC au cours des deux prochaines semaines ? Rien de tout cela, puisque rien n’a changé suite au rapport Yale. Pour l’instant, le CRTC ne réglemente même pas les plateformes numériques de diffusion.

Ironie du sort, il entendra néanmoins Radio-Canada défendre bec et ongles la nécessité d’accorder de plus en plus d’importance à ses plateformes numériques. Il entendra aussi Radio-Canada évoquer une fois de plus ses bonnes intentions quant à l’inclusion des handicapés et des LGBTQ+, à l’écran et dans son personnel, sans oublier la sacro-sainte diversité et les minorités francophones hors Québec. 

Plus de 70 individus, organismes et réseaux de télévision concurrents dénonceront les pratiques commerciales du diffuseur public, son empiétement sur ce qui devrait être la chasse gardée du privé et la concurrence déloyale à laquelle se livre Radio-Canada malgré les riches crédits qu’on lui accorde.

En somme, une mise en scène qui a toutes les apparences d’une mascarade, car il aurait fallu que le gouvernement décide d’abord de l’avenir du diffuseur public avant qu’on ne tienne ces audiences. Comme on a mis la charrue devant les « beus », les commissaires du CRTC se sentiront sans doute comme des imposteurs puisqu’ils n’ont rien à voir avec le mandat et le financement de Radio-Canada dont discuteront surtout les intervenants.