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Trump banni de Twitter, c’est inquiétant

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La nouvelle a frappé fort, et plusieurs ont cru bon d’applaudir : Donald Trump a été chassé de Twitter. L’ubuesque personnage s’est fait bouter hors de l’empire numérique qui s’impose aujourd’hui à la manière d’un espace public planétaire.

Mais cette expulsion devrait nous inquiéter, quoi qu’on pense de l’expulsé. 

Censure

C’est un immense pouvoir qui est ainsi concédé aux entreprises numériques, qui se donnent le droit de décider qui peut participer au débat public, et qui doit en être exclu, comme s’ils avaient la fonction de régulateurs idéologiques mondiaux.

Qui sera le suivant ? S’il faut nettoyer les réseaux sociaux des opinions dérangeantes, en en bannissant ceux qui les avancent, c’est à une purge qu’on assistera. 

Imaginons : que se passera-t-il si demain, un parti que les médias qualifient de « populiste » s’approche du pouvoir en Europe occidentale, ou même emporte les élections ? Les industries numériques seront-elles tentées de limiter sa liberté d’expression ? 

S’ils en avaient eu le pouvoir en 2016, les empires numériques auraient-ils chassé de leurs réseaux les partisans du Brexit ?

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

S’il y a un référendum sur l’indépendance du Québec dans dix ans, et que la presse anglo-saxonne présente les nationalistes québécois comme d’infréquentables intolérants, auront-ils toujours accès aux réseaux sociaux ?

On sait quand la censure commence, jamais quand elle s’arrête.

Twitter 

Par ailleurs, les dirigeants de Chine, de Turquie et d’Iran disposent toujours de leur compte Twitter. Faut-il comprendre qu’ils sont moins dangereux que le président déchu de Washington ?

Twitter et Facebook représentent aujourd’hui des empires numériques qui surplombent les États et exercent sur eux une souveraineté potentiellement tyrannique. On y verra une prise de pouvoir qui ne dit pas son nom, et malheureusement encensée par ceux qui y voient une prise de responsabilité civique. 

Autrement, aux États-Unis, il a fallu casser les trusts. Tôt ou tard, nos sociétés vont devoir démanteler les empires numériques. La démocratie l’exige.