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Une femme craint le pire après sa chirurgie annulée

Le délestage des interventions à cause de la COVID risque de coûter des vies

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Photo courtoisie Véronique Gagnon, âgée de 44 ans, devait être opérée au cœur le 11 décembre.

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Une femme de la Rive-Sud, dont la chirurgie prioritaire au cœur a été reportée avant Noël à cause de la pression exercée par la COVID-19 sur le réseau de la santé, craint de sévères répercussions sur sa santé.

« Je vivais tellement de rage à l’intérieur [...] La peur de mourir, de ne plus être opérable, que [l’attente] endommage encore plus mon cœur, c’est tout ça qui m’est passé par la tête », confie Véronique Gagnon, quand elle a su qu’elle faisait les frais de la pandémie.

Elle devait être opérée le 11 décembre au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, soit juste après qu’un premier délestage massif eut été annoncé dans les hôpitaux débordés à cause du nombre de patients souffrant de la COVID-19.

Nouvelle valve

La résidente de Sainte-Catherine de 44 ans est suivie depuis sept ans en cardiologie, à la suite du retrait de son poumon gauche, détruit par une tumeur carcinoïde. Sans cet organe pour l’appuyer, son cœur s’est torsadé, nuisant à la valve tricuspide.

Mme Gagnon souligne que ses derniers examens cet automne ont montré que le temps était désormais venu de l’opérer pour réparer ou remplacer la valve, avant que trop de dommages ne soient causés à son cœur.

Ainsi, la date avait été choisie pour la disponibilité des deux chirurgiens nécessaires à son intervention. « Je me sentais en sécurité, car c’est dur d’avoir une date pour les deux en même temps », dit-elle.

Mais, deux jours avant, le couperet est tombé. 

« Ma chirurgienne, tout aussi désespérée que moi, m’a dit que je faisais partie du délestage », se rappelle-t-elle.

« On m’a dit que j’étais la priorité de ma chirurgienne, la première sur sa liste », poursuit-elle.

Le lit des covidiots

Or, puisqu’à la suite de son opération, elle aura besoin d’être hospitalisée pour environ une semaine, il est impossible de lui trouver un lit aux soins intensifs. 

« Ce sont les covidiots qui prennent mon lit aux soins intensifs et c’est ça qui est frustrant, déplore Mme Gagnon. Ce n’est plus juste une question des gens qui sont infectés par la COVID-19, mais aussi les autres qui payent. »

Elle précise qu'elle ne cherche pas à faire la morale, mais bien faire réfléchir. Les lits sont pleins en ce moment, car trop de gens ne font pas attention, poursuit-elle.

Un mois après l’annulation de son opération, pourtant urgente, elle regarde l’augmentation fulgurante des cas de COVID-19 et des hospitalisations et se demande si elle arrivera réellement à se faire opérer bientôt.

Ne sachant toujours pas quand ce moment arrivera finalement, elle s’inquiète des répercussions qu’aura ce retard sur son cœur. Elle vit « stress par-dessus stress » à se demander si elle risque de subir une intervention plus complexe dans les mois à venir, par exemple.

« C’est lourd de conséquences », laisse-t-elle tomber.

Mme Gagnon dit s’être coupée du monde depuis mars dernier. Avec un seul poumon, elle craint les impacts que pourrait avoir le coronavirus sur son système respiratoire affaibli. Elle n’a pas vu son fils depuis. 

En télétravail, ses seules sorties étaient à l’hôpital pour ses examens.

Elle a aussi tenu à décrocher des réseaux sociaux, se disant choquée par les comportements égoïstes et insouciants de ceux qui ne respectent pas les mesures sanitaires.