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La pandémie qui enrichit

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Collectivement, les ménages québécois se sont littéralement « enrichis » lors de la première vague de la pandémie du coronavirus, c’est-à-dire lors des trois premiers trimestres de 2020.

À la lumière du dernier relevé des Comptes économiques du Québec, celui du troisième trimestre 2020, le « revenu disponible » des ménages a augmenté de 24 milliards de dollars au cours des trois premiers trimestres, comparativement à la même période en 2019.

On parle ici d’une augmentation de revenu disponible de 12,4 % en pleine pandémie ! Précisons ici que le « revenu disponible » représente le revenu dont disposent les ménages pour consommer, et ce, après avoir déduit les impôts et cotisations sociales des revenus bruts gagnés par les ménages.

Autre indicateur d’enrichissement collectif encore plus frappant en cette période de pandémie ? Les Québécois ont réussi à épargner lors de ces trois trimestres de guerre contre la COVID-19 quatre fois plus que lors de la précédente année. Ils ont épargné 47,3 milliards $, comparativement à 11,6 milliards $ en 2019.

C’est rien de moins que 35,7 milliards $ d’épargne nette de plus que lors de la précédente année.

  • Écoutez la chronique économique de Michel Girard sur QUB radio:

Explications

Comment peut-on expliquer un tel « enrichissement collectif » alors qu’on traversait la plus grave crise économique de l’histoire à la suite du premier confinement déclenché en mars dernier ?

Le « secret » de cet étonnant enrichissement pendant la crise sanitaire et la crise économique réside en fin de compte dans le fameux « Plan d’intervention économique du Canada pour répondre à la COVID-19 » que Justin Trudeau a mis en place au début de la pandémie.

Ce sont notamment la Prestation canadienne d’urgence (PCU) versée aux particuliers et la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) octroyée aux entreprises pour garder au travail leurs employés qui ont joué un rôle déterminant dans le niveau de revenu des ménages lors des neuf premiers mois de l’année 2020.

Les deux millions de Québécois victimes de la crise économique engendrée par la COVID-19 ont pu arrondir leurs fins de mois avec les 18,5 milliards $ de revenus tirés au seul chapitre de la PCU. Et comme on sait, une portion de ces bénéficiaires ont encaissé avec la PCU un revenu supérieur à ce qu’ils gagnaient avant la pandémie !

À ces bénéficiaires de la PCU s’ajoutent les 957 000 salariés québécois qui ont pu conserver leurs emplois par l’entremise de l’alléchante subvention salariale (SSUC) que le fédéral a versée à leurs employeurs au cours de la période allant du 15 mars au 26 septembre dernier.

La SSUC a rapporté en six mois la somme de 10,3 milliards de dollars au chapitre de la rémunération des ménages québécois. Ainsi, en dépit de l’impact hautement négatif de la pandémie, la rémunération encaissée par les salariés québécois a légèrement augmenté lors des trois premiers trimestres. Au lieu de chuter compte tenu de la paralysie de plusieurs secteurs économiques...

Décompte

Outre la PCU et la SSUC, d’autres mesures d’aide financière fédérale ont aidé les ménages les plus touchés par la COVID-19 à survivre.

Au bout du compte, voilà pourquoi les ménages québécois se sont retrouvés à la fin de septembre dernier avec un revenu disponible supérieur de 24 milliards $ à la même période de 2019.

Et si au final l’épargne nette dépasse de 35 milliards $ l’épargne accumulée en 2019, c’est parce que les ménages ont également réduit leurs dépenses de consommation de 11 milliards $ au cours de cette période.

Notez que la même tendance à l’enrichissement des ménages pendant la pandémie a été observée dans l’ensemble du pays.