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Le trumpisme et les conservateurs

Annonce Erin O'Toole Arrêt Jordan
Photo d'archives

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On le sait, le trumpisme est bien présent au Canada. Il se concentre principalement dans l’Ouest et au sein du Parti conservateur.

Est-ce un problème pour son nouveau chef, Erin O’Toole ? 

Évidemment. Mais les événements des derniers jours aux États-Unis recèlent aussi une opportunité. J’y reviendrai. 

Difficile équilibre

L’équilibre est délicat, pour M. O’Toole. Une large partie de sa base d’électeurs se dit séduite par les idées véhiculées par Donald Trump, qui, au contraire, rebute une vaste majorité de Canadiens. 

Selon les sondages, plus de 40 % des électeurs conservateurs auraient préféré Donald Trump à Joe Biden. En comparaison, au Québec, la proportion tombe à un peu plus de 10 %, et à l’échelle canadienne, c’est 16 %.

Un autre sondage publié l’automne dernier indique que 41 % des électeurs conservateurs croient que les résultats de la présidentielle américaine devaient être contestés.

Ces données ne sont pas nouvelles, mais elles permettent de mieux comprendre comment le Parti conservateur s’est mis dans l’embarras depuis le saccage du Capitole, la semaine dernière. Un saccage orchestré par des partisans du président, sous son impulsion. 

Mauvaises nouvelles

En quelques jours, les conservateurs ont été forcés de gérer une série de mauvaises nouvelles qui minent ses efforts pour plaire à une masse critique de Canadiens plus centristes. 

Il y a eu ce message retiré du site web du parti datant de l’an dernier qui laissait entendre que Justin Trudeau s’apprêtait à « truquer » les prochaines élections en sa faveur.

Ce discours vous rappelle quelque chose ? 

Il y a aussi eu cette photo de la députée manitobaine Candice Bergen, avec une casquette Make America Great Again vissée sur la tête, qui a refait surface. 

Le cliché aurait été pris il y a plusieurs années et le chapeau ne lui appartenait pas, s’est-elle défendu. Mme Bergen détient un rôle très important dans le caucus conservateur, étant la chef adjointe.

Rebel News

Et puis cette semaine, M. O’Toole s’est retrouvé dans l’embarras pour une entrevue par courriel accordée par son bureau à un média d’extrême droite, Rebel News.

La nouvelle a fait du bruit dans le Canada anglais. Difficile de comprendre pourquoi les porte-parole de M. O’Toole ont cru bon répondre aux questions de Rebel News, que le parti boudait depuis 2017. 

À l’époque, le précédent chef Andrew Scheer avait décidé de couper les ponts avec le média de droite radical, tombé en disgrâce après sa couverture sympathique de la manifestation néonazie de Charlottesville, en Virginie.

Quelques heures après la publication de l’entrevue controversée, le Parti conservateur a de nouveau choisi de bouder le média de droite. Mais le mal était fait.

Faire partie de la solution

Son chef, encore méconnu, joue sur plusieurs tableaux. Il se dit « progressiste », mais adopte souvent un ton populiste et flirte avec des théories du complot. 

Même certains conservateurs se demandent en quoi croit vraiment leur chef. 

Au-delà des calculs politiques, M. O’Toole doit prendre acte du chaos qui se vit au sud de la frontière, et des dangers qu’il pose à notre démocratie, comme nous tous d’ailleurs. 

M. O’Toole a certes condamné les manifestants qui ont piétiné le Capitole, mais on se demande encore à quelle enseigne il loge.

Osera-t-il faire partie de la solution pour faire baisser la tension, quitte à déplaire à certains de ses électeurs ?