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Montréal, du désamour au divorce

Montréal, métropole du Québec, se vide peu à peu de son monde, de son essence, de sa vie, de sa sève. Ou, du moins, d’une part croissante de son monde.
ELSA ISKANDER/24 HEURES/AGENCE QMI Montréal, métropole du Québec, se vide peu à peu de son monde, de son essence, de sa vie, de sa sève. Ou, du moins, d’une part croissante de son monde.

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Depuis les débuts de la pandémie, Montréal se vide. Sourdement et lourdement.  

Elle se vide non pas seulement parce que ses tours de bureaux, comme partout ailleurs, sont désertées pour cause de télétravail. Non. 

Elle se vide de l’intérieur, peu à peu, dans ses quartiers où la vie quotidienne fut déjà nettement plus agréable.

Bref, elle se vide de son monde, de son essence, de sa vie, de sa sève. Ou, du moins, d’une part croissante de son monde.

Pour tout le Québec – Montréal étant sa métropole économique et la seule grande ville «francophone» du continent, bien qu'elle l’est de moins en moins –, c’est une très mauvaise nouvelle. 

Radio-Canada rapporte en effet que selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), «le taux d’accroissement de la population montréalaise s’établit à seulement 2 pour 1000, un des plus faibles de toutes les régions, en comparaison à 18 pour 1000 en 2018-2019, un des plus élevés cette année-là.»

Pour la métropole, c’est son plus gros déficit démographique en vingt ans! La Terre appelle la mairesse Valérie Plante... Notre appel est-il «très important» pour elle, comme disent les boîtes vocales qui pullulent? 

Selon l’ISQ, une partie de l’explication résiderait dans la baisse «du nombre d’immigrants et de résidents non permanents depuis la fermeture des frontìères internationales en mars 2020, mais aussi des flux migratoires importants de résidents montréalais vers d’autres régions du Québec».

C’est donc 35 900 personnes qui, en 2019-2020, ont quitté Montréal pour s’établir dans une autre région – le «plus lourd déficit depuis que les données sont disponibles, en 2001». 

Ouch.

En juillet, dans une chronique intitulée Montréal, ville fantôme, j’abordais justement le sujet de l’exode croissant des Montréalais. Les données toutes chaudes de l’ISQ confirment le phénomène. Bien malheureusement. 

Force est donc de revenir sur le sujet. 

Montréal ne va pas bien. Les élections municipales auront lieu cet automne. L’enjeu de l’exode risque fort de soulever les passions.

Pour ma part, en tant que Montréalaise de naissance et étant moi-même de moins en moins attirée par ma ville, que j’ai pourtant déjà aimée d’un amour fou et fier, mon hypothèse était – et demeure –, celle-ci : «L’accès à une première propriété en ville à un coût raisonnable tenait déjà de la mission impossible. Avec le virus, ça ne donne plus le goût d’essayer.

Pour ceux qui, nombreux, ne peuvent pas acheter de propriété, la pénurie grave de logements fait le reste. À ce chapitre, l’hypocrisie des autorités municipales depuis des années, tous partis confondus, a fait des ravages.

Les yeux bien fermés, elles ont laissé pulluler les évictions et les Airbnb, ces mines d’or pour proprios entrepreneurs. Résultat : le «parc» de logements de qualité a fondu comme neige au soleil.

Montréal est maintenant une ville de spéculateurs et d’entrepreneurs obsédés par la maximisation des profits. Quand on voit des condos neufs annoncés à 500 000$ pour 500 pieds carrés (!), on en voit toute la rapacité.

Payer un demi-million pour une cage à poules? Non merci.

Montréal offre de moins en moins un vrai milieu de vie vibrant et tournant autour de quartiers eux aussi bien vivants. Et que dire du dépérissement de ses rues commerciales, à de rares exceptions près?

Durant la pandémie de COVID-19, une nouvelle fracture sociale parmi tant d’autres s’y est même ajoutée. D’un côté, la minorité choyée d’avoir une cour. De l’autre, la majorité isolée sur son balcon, ou pas de balcon du tout.

Sauf pour ses quartiers cossus, la ville est également sale. Sans compter le cauchemar préexistant des chantiers sans fin amplifié par la multiplication erratique, cet été, de rues dites piétonnières.

Sous l’administration de Projet Montréal, dont l’idéologie antivoiture est notoire, la crise sanitaire sert en effet de prétexte. On fait sauter des places de stationnement à coups de centaines.

Le «plan de relance» du centre-ville annoncé par la mairesse, Valérie Plante, tient quant à lui du cataplasme sur une plaie ouverte.

Bref, parce qu’elle est un puissant révélateur d’une ville sur le déclin en termes élémentaires de qualité de vie, pour de plus en plus de Montréalais, même de naissance, la crise sanitaire est la goutte qui fait déborder le vase.

Ce n’est plus du désamour, mais une demande de divorce. Encore faut-il cependant avoir les moyens et la possibilité de la quitter.